Bulletin de l'Académie, 3® série, t. XXVIII, p
4. Millard. Quelques observations sur la reconnaissance de petites quantités d’albumine dans l’urine et sur l’existence delà soi-disant albuminurie physiologique, Bulletin de V Académie, ibid., p. 245.
LES ALBUMINUBIES
rexprimait si nettement M. Jaccoud, que les processus pleurétique, ascitique, albuminurique sont « des actes purement passifs où l’activité des i^éléments anatomiques n’intervient en rien^ où tout se passe en vertu des lois de l’endosmose et de la filtration. »
Mais comment ne pas faire observer, au sujet de cette passivité dont parlait M. Jaccoud, du moins en ce qui concerne le rein, que Gubler reconnaissait la nécessité de quelque simple changement. dans le filtre rénal, d’où résulte la perméabilité de ses capillaires, pour que la faculté diosmotique de l’albumine pût s’exercer et le traversât pour passer dans Furine !
Quoi qu’il en soit, il est constant, et il faut le retenir, que l’on admettait et que l’on admet encore que, naturellement, l’albumine du sérum ne filtre pas à travers le rein, et que, lorsqu’elle le traverse, ce n’est que grâce à quelque altération anatomique qui, néanmoins, la laisse passer intacte.
Pour moi, je ne suis pas surpris que chimistes et . cliniciens se soient rencontrés pour exprimer exactement la même manière de voir touchant la nature de l’albumine dans les liquides d’épanchements et dans l’albuminurie. Selon moi, il y avait à cet accord deux motifs. Le premier, c’était les idées erronées que l’on avait sur l’organisation et la vie et l’ignorance où l’on était concernant l’activité chimique des éléments anatomiques et dans ceux-ci des microzymas; activités en vertu desquelles les matières albuminoïdes et autres, des humeurs, peuvent être transformées, et le sont nécessairement d’une certaine manière dansl’état de santé et d’une autre manière dans l'état pathologique. Le second, c’était la connaissance imparfaite et seulement superficielle de ce que l’on appelait l’albumine et les albuminoïdes en général. Oui, cette connaissance était si incomplète que les plus grands chimistes nommaient albumine et analysaient comme des principes immédiats incomplexes des corps bien divers qui n’étaient que des mélanges de. plusieurs substances albuminoïdes différentes. Mais ici un peu d’histoire devient indispensable.
Je demande pardon à l’Académie des détails un peu délicats dans lesquels je vais entrer pour arriver à
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établir la différence qui existe entre une albumine physiologique et une albumine pathologique. D’ailleurs, où mieux que devant elle, la grave question que je vais traiter peut- elle l’être plus utilement, puisque je dois montrer par quelle suite ininterrompue de recherches et de déductions j’ai été amené à la découverte de l’albuminerie physiologique.
DES albuminoïdes EN GÉNÉRAL, AU POINT DE VUE PHYSIOLOGIQUE NORMAL
Les matières albuminoïdes, ces principes immédiats si intéressants qu’on découvre à l’origine de tout être vivant, dès avant ce qui sera l’ovule qui deviendra l’œuf de l’animal, la graine du végétal, la spore de tel ou tel microprganisme. Sans doute, d’autres principes immédiats divers, organiques ou minéraux, concourent avec elles à l’organisation, grâce au microzyma que le protoplasma contient et sans lequel il ne serait pas ; mais tel ou tel principe immédiat y peut faire défaut, tandis que les matières albuminoïdes ne manquent jamais et paraissent si nécessaires que J. -B. Dum.as les nomma les matières azotées de l'organisation. La grandeur de leur rôle et son universalité a paru tel â un biologiste célèbre, M. Huxley, qu’il a pensé et dit que « tout protoplasma est semblable à la protéine ; or, dit-il, le blanc d’œuf ou albumine étant un des composés les plus communs de la protéine à peu près pure, nous ■pouvons dire que toute matière vivante est plus ou moins semblable à l'albumine » ; c’est là une des conséquences les plus éloignées de l’importance aperçue de ces substances ; — mais les matières albuminoïdes ne sont pas intéressantes seulement pour le naturaliste biologiste, elles le sont tout autant pour le chi-
LES ALBUMINURIES
miste appelé à les mieux faire connaître. D’abord elles sont, parmi des principes immédiats végétaux et animaux, les substances les plus remarquables, non seulement par leur composition, que l’on dit quaternaire, mais qui est quinaire, car le soufre est un de leurs composants élémentaires, mais aussi, comme je le montrerai, par leur constitution chimique, la plus compliquée que Ton connaisse; compheation telle qu’elle fait comprendre à la fois les modifications et les transformations si nombreuses qu pes peuvent subir sous l’influence et des réactifs du laboratoire et de l’organisme vivant, cet autre laboratoire incomparablement fécond dans l’état physiologique et dans l’état pathologique.
Voici à quelle occasion j’ai entrepris une étude générale des matières albuminoïdes. Il y a de cela juste trente-six ans, un de mes condisciples et moi nous soutenions nos thèses devant la Faculté de Strasbourg. Picard traita de l’urée dans le sang des malades atteints de la maladie de Bright et d’albuminurie ; moi de la formation de l’urée par l’oxvdation des matièses albuminoïdes ; car, à cette époque déjà lointaine, on ne savait rien de la véritable origine de l’urée dans l’organisme et dont J.-B. Diiih is avait depuis longtemps constaté la présence dans le sang pour démontrer qu’elle ne se formait pas dans le rem, cette glande n’étant qu’un organe d’élimination pour elle. Or, à la même époque, dont mon âge m’a fait le contemporain, on tendait, de plus en plus, à restreindre le nombre des matières albuminoïdes pour le ramener à l’unité.
Le blanc d’œuf, sous le nom d’albumine, avait fini par être considéré comme le prototype des matières albuminoïdes, des solubles comme des insolubles, les unes et les autres n’étant que cette même albumine combinée ou plus ou moins mélangée, souillée par des substances étrangères^ minérales et organiques. L’albumine du sérum, la caséine, la fibrine, la musculine, l’hémoglobine même, l’albumine du cristallin, lalégumine, etc., n’étaient que la même albuinme du blanc d’œuf plus ou moins modifié par des additions étrangères. Liebig, Lieberkühn, Baudri-
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mont, Bouchardat étaient les créateurs de ce système auquel Ch.Gerhardt donna l’assentiment de son génie. C’est ce que j’ai appelé le système^ de l'unité substantielle ; il fut d’autant plus aisément admis par les chimistes, que ceuK-ci, et Ch. Gerhardt lui-même trouvaient sa justification jusque dans l’analyse élémentaire ; et le système prévalait encore il y a quelques années ; et il en était ainsi, d’un autre côté, parce qu’on trouvait à ces substances un certain nombre de propriétés et de réactions communes qui légitimaient les conclusions déduites de l’analyse élémentaire, dont les écarts étaient expliqués par l’impossibilité de débarrasser la substance fondamentale des impuretés qui étaient supposées la souiller, cette substance n’étant ni cristaîlisable, ni vola-
^'^Déjà dans ma thèse de 1856, je me suis élevé contre ce système pour faire voir qu’au sens chimique comme au sens physiologique, il était faux. La gomme, la fécule, le ligneux, disais-je, ont exactement la même composition élémentaire et un certain nombre de propriétés communes, pourtant les chimistes et les physiologistes ne les confondent pas dans une substance unique. J'étais arrivé à cette conclusion précisément en discutant la formation de 1 urée par l’oxydation de l’albumine et d’autres albuminoïdes. J’avais entrepris ce travail sur une observation faite par notre professeur de physiologie, 1 illustre hüss, qui, dans une leçon, nous parlant de la respiration, nous expliquait qu’il manquait un complément à la théorie de Lavoisier : c’était la façon dont 1 urée se formait dans le sang. C’est après avoir démontre que l’urée provient des albuminoïdes par un dédoublement à la suite d’une oxydation dans 1 acte respiratoire, que je me suis élevé à la notion de la pluralité spécifique contre le système de l’unité substantielle et à découvrir la constitution chimique des albumi-
°°On savait si peu de chose sur la constitution de l’albumine elle-même que M. Hunt tendait à la considérer comme une sorte de combinaison de la cellulose ou de la fécule et de l’ammoniaque avec élimination
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d’eau ; et on admettait sans difficulté que l’on pouvait considérerl’albumine, abstraction faite dusoufre, ce corps simple n’y existant en quelque sorte que comme un lieutenant de l’oxygène.
Au contraire, en discutant certaines réactions et décompositions connues des albuminoïdes et en m’appuyant sur la physiologie et sur les recherches que je venais d’accomplir, d’où résultait l’urée, je faisais voir que la molécule de l’albumine constitue une molécule chimique très complexe, constituée- par un grand nombre de molécules incomplexes diverses, d’amides et de dérives amidés de la série grasse et de la série aromatique, parmi lesquels je faisais figurer l’acide taurocholique d’où dérive la taurine qui contient du soufre dans sa molécule, et un groupe ternaire non azoté, voisin des hydrates de carbone ordinaires. Et la constitution ainsi déduite des réactions dont je parlais était si expérimentale et rationnelle qu’elle a été en grande partie confirmée par M. P. Schutzenberger à l’aide d’une réaction qui est précisément fondée sur la notion que les albuminoïdes sont des dérivés amides et amidés. Le seul point que laisse à désirer la réaction de M. Schutzenberger et son interprétation, c’est que dans sa formule de constitution le soufre est absent. Or, une formule de constitution de l’albumine où le soufre ne figure pas est nécessairement incomplète. Enfin, plus tard, en considérant que l’urée est un des termes incomplexes nécessaire de la molécule de toute substance albuminoïde naturelle, tel ou tel autre pouvant manquer, et en m’appuyant sur la découverte des uréides par M.Grimaux, lesquels sont des dérivés par substitution de l’urée, j’ai émis l’opinion que les albuminoïdes sont des uréides très complexes, ce qui commence aussi par être admis.
Telles furent les conséquences immédiates de la thèse de 1856. Nous en verrons tout à l’heure les conséquences éloignées, savoir : la démonstration expérimentale de \& pluralité spécifique des albuminoïdes en général et des albumines en particulier.
Dirai-je maintenant que cette thèse me valut d’être présenté par la Faculté de médecine de Montpellier
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pour remplir la chaire vacante de chimie médicale et d’y être nommé ? Oui, car elle fixe la date de la transformation de renseignement de la chimie médicale et de la direction nouvelle de mes études. Jusqu’alors le cours de chimie médicale, les livres classiques de cette époque en témoigent, n’était qu’un cours de chimie plus ou moins appliqué à la préparation des agents chimiques employés à l’art de guérir et à quelques détails de l'analyse des humeurs et des empoisonnements. Le chapitre des matières albuminoïdes et celui des fermentations — même dans les Traités des maîtres — occupaient à peine quelques pages et la connaissance des ferments était des plus vagues.
Au contraire, d’accord avec M. Dumas, M. Donné, alors recteur à Montpellier et avec l’assentiment de mes collègues, mon cours devint un cours de chimie organique de plus en plus tourné à la chimie biologique où l’étude des ferments et des fermentations eut une large place. C’est ainsi que l’étude des microzymas, dont la découverte alors récente découlait des recherches commencées à Strasbourg, et celle des albumino'ides ont peu à peu été menées de front.
De ces études découla la découverte de l’origine des ferments solubles que j’ai appelés zymases. Cette découverte a été des plus fécondes pour le développement de la théorie du microzyma. Je m’y arrête un peu, car c’est elle qui a fait découvrir l’albuminurie physiologique.
Én 1856, même encore longtemps après, les ferments solubles alors connus, la diastase, la synaptase, étaient confondus dans une appellation commune avec les insolubles appelés plus tard ferments figurés. Liebig les regardait également comme des produits de l’altération des matières albuminoïdes végétales ou animales, sous l’influence de l’oxygène considéré comme le primuni movens de l’altération. Claude Bernard était un adepte si convaincu du système qu’il refusa toujours de reconnaître que la diastase salivaire, cette découverte de Mialhe, était un produit autonome, physiologique de la salive humaine. Bref, la diastase, la synaptase n’étaient pas regardées comme des produits physiologiques autonomes de
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l’orge gérmée, des amandes. Or, à Montpellier, dès 1857, j’avais démontré que les moisissures qui naissent des germes de l’air dans les solutions aqueuses du sucre de canne, y sécrètent un ferment soluble qui intervertit le sucre de canne, c’est-à-dire le dédouble par hydratation dans les deux glucoses de peuvoii’s rotatoires inégaux et de sens contraire qui constituent ce que l’on nomme sucre interverti. Ce fait me conduisit à la démonstration que la levure de bière contient, et sécrète, au contact du sucre et qui l’intervertit, un ferment soluble très particulier, à l’occasion de la découverte duquel je formai le mot zymase (de ferment, pour indiquer l’origine,
avec le suffixe ase, pour rappeler l’analogie avec la diastase) et j’appelai le ferment soluble de la levure zythozymase. Après la découverte de la zymase des moisissures et de celle de la levure, certaines considérations de physiologie végétale me tirent découvrir une zymase dans les parties colorées de certaines plantes et dans la mûre du mûrier blanc : c’étaient l’anthozymase et la morozymase. Nous démontrions alors, Estor, Saintpierre et moi, que les microzymas de la salive humaine fludiflaient l’empois de fécule et le saccharifiaient avec autant d’intensité que la diastase salivaire elle-même. Je démontrai ensuite que les microzymas del’orge germée, ceux des amandes douces et amères, ceux de la levure de bière possédaient les mêmes activitésquela diastase, que la synaptase et que la zythozymase. Alors, réfléchissant à ces faits, j’en vins à affirmer que les zymases étaient les produits de l’activité respective de ces microzymas, sécrétés par eux, au sein des cellules, des tissus, des organes et des humeurs, chacun selon son espèce. De là à chercher et à découvrir l’origine du ferment soluble du foie, de la pepsine ou gastérase, de la pancréatine de Cl. Bernard ou pancréazymase, dans les microzymas du foie, des glandes gastriques et du pancréas, il n’y avait qu’un pas.
C’est ainsi que j’ai été amené à découvrir la nâphrozyniase et la fonction propre du rein qui, avec les albumines pathologiques, forment l’objet principal de ma communication. Etalons j’ai été amené à recher-
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cher les zymases des laits, la zymase du sang et les zymases des œufs, etc., etc.
J’ai dit que le blanc d’œuf était considéré comme essentiellement constitué par l’albumine, le principe prototype des albuminoïdes. Éh bien, le blanc des œufs est essentiellement quelque chose comme une humeur organisée que Ch. Robin considérait à tort comme un mucus. L’état filant du blanc d’œuf tient précisément à ce que, ce que l’on y appelle albumine y est contenu dans d’énormes vésicules. Lorsqu’après avoir délayé du blanc d’œuf dans l’eau, on le bat, ces vésicules sont rompues, la viscosité muqueuse disparaît et leur contenu se dissout. Le filtre sépare les membranes vésiculaires rompues. Dans la partie dissoute, l’analyse immédiate, par une méthode d’analyse nouvelle, découvre, au lieu d’une substance unique, trois matières albuminoïdes distinctes, irréductibles à une seule, dont l’une est une zymase. Dans le blanc de l’œuf de poule existent en effet, outre la matière albuminoïde insoluble des enveloppes des vésicules, les trois substances solubles suivantes :
La primovalbumine.
La secundovalbuminé.
La leucozymase.
La leucozymase pure est caractérisée par ses réactions albuminoïdes, par son incoagulabilité par la chaleur et par l’alcool, et surtout par sa fonction zymasique, puisqu’elle fluidifie, sans le saccharifler, l’empois de fécule. Quant aux deux autres substances, ce sont des albumines solubles, coagulables par l’alcool et par la chaleur, différenciées par leurs pouvoirs rotatoires, par d’autres propriétés chimiques et, nous le verrons, par leurs propriétés physiologiques. J'ajoute qu’aucune de ces substances ne peut être identifiée avec les albumines du sérum.
Le jaune de l’œuf de poule a d’abord été supposé ne contenir qu’une seule matière albuminoïde, la vitelline, que le physiologiste Lehmann identifiait avec la caséine, sous la désignation « alkali freies casein », caséine libre d’alcali. Plus tard on a fait plusieurs autres suppositions différentes. En réalité, le jaune d’œuf, débarrassé de lécithine et de corps
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gras, se re'sout par un simple traitement à l’eau en une partie soluble et une insoluble.
L’analyse immédiate de la partie soluble a donné deux substances 'albuminoïdes solubles :
La lécithoonine,
La lécithozymase,
que j’ai différenciées des albumines et zymase du blanc.
Quant à la partie insoluble, ce sont les microzymas vitellins, lesquels ont fourni, par un traitement approprié, deux substances albuminoïdes solubles : La lécimicroonime,
La lécimicrozymase,
distinctes des précédentes, et une substance insoluble également albuminoïde :
La lécihistoonine,
qui représente surtout la substance de l’enveloppe des microzymas et qui m’a paru elle-même encore complexe.
Ces résultats sont relatifs à l’œuf fécondé de poule, car j’avais eu grand soin de ne pas prendre des œufs quelconques.
M. le D'' J. Béchainp ayant appliqué la même méthode d’analyse aux œufs d’autres espèces a trouvé : Dans le blanc d’œuf d’oie : trois albumines et une leucozymase.
— de canard : trois albumines et une
leucozymase.
— de dinde : deux albumines et une leu¬
cozymase.
— de pintade : trois albumines et une
leucozymase.
— de pigeon : deux albumines et une
leucozymase.
— d’autruche : deux albumines et une
leucozymase.
— de vanneau ; trois albumines et une
leucozymase.
— de cygne : deux albumines et une leu¬
cozymase.
Et, dans les jaunes des mêmes œufs, une lecithoonine et une lécithozymase; dans leurs microzymas.
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une lécimicroonine et une lécimicrozymase ; enfin, une lécihistoonine. Et toutes les substances ainsi isolées sont tellement différentes les unes des autres et de celles de l’œuf de poule, que l’auteur a trouvé dans leurs caractères des différences telles qu’ils suffisent à spécifier l’espèce dont l’œuf provient. Je n’en citerai qu’un exemple : toutes les ovozymases dont il s’agit, sauf une, fluidifient, sans'le saccharifier, l’empois de de fécule; la leucozymase de pigeon fluide et saccharifie le même empois; enfin le blanc d’œuf de pigeon ne précipite pas par l’acide nitrique.
Que nous voilà loin de l’unicité de l’albumine type!
Je ne rapporterai plus que quelques exemples d’espèces déterminées' d’albumines et d’albuminoïdes suffisamment étudiées.
Dans le cristallin on n’avait vu qu’une albumine que l’on prétendait identifier avec le blanc d’œuf de poule. Eh bien! j’ai démontré que le cristallin de bœuf contient deux albuminoïdes solubles :
La cristalbumine, '
La phacozymase,
et une insoluble, celle des fibres cristalliniennes ; la cristalfibrinine.
J’ai démontré en outre que sous aucun rapport on ne pouvait confondre l’albumine du sérum avec aucune des albumines de l’œuf de poule ou d’autres espèces et qu’avec la séralbumine il y existait une hémazymase. Enfin, j’ai démontré que la fibrine du sang n’est point un principe immédiat, mais qu’elle est formée d’une matière albuminoïde insoluble spéciale enfermant comme dans une gangue les microzymas du sang.
J’ajoute que dans la chair musculaire de bœuf existent avec la musculine, si longtemps confondue avec la fibrine et que l’on a prétendu être une modification de l’albumine de l’œuf, mais qui constitue un principe immédiat spécial, existent, dis-je, deux albumines spéciales très particulières :1a carnalbumine et la carnisine.
Et l’Académie sait que dans toutes les espèces de lait que j’ai examinées existent des galactozymases, dont la galactozymase de femme est si particulière
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qu’elle saccharifie l’empois avec presque autant d’énergie que la diastase et de plus qu’il existe des laits à caséine et des laits sans caséine.
Mais, je ne peux pas tout citer, car il faudrait, à côté des albuminoïdes proprement dits, décrire les corps si voisiiis tels que l’osséine, la cartilagéine et les produits de leurs transformations, la gélatine, la chondrine, ce qui me conduirait à faire voir que le cartilage des poissons cartilagineux n’est pas la même substance chimique que celui des vertébrés supérieurs. Certainement quand on étudiera les matières albuminoïdes du sang des diverses espèces anirnales comme nous avons, M. J. Béchamp et moi, étudié les matières albuminoïdes des œufs, on y découvrira combien est prématurée la conclusion admise que la séralbumine est une seule et même substance dans tous les sangs rouges. Ne sait-on pas que la fibrine n’est pas identiquement la même substance dans les animaux très jeunes et les adultes?
J’ai parlé des carnalbumines de la viande debœuf, il y aurait à étudier les carnalbumines de la chair de poisson; cependant, ce que je sais de la chair de poisson, c'est que pour le muge la musculine est la même substance que celle du bœuf.
En résumé, mes recherches et celles de M. J. Béchamp, ont conduit à reconnaître comme espèces, y compris les zymases, qui sont bien des albuminoïdes, au lieu de l’espèce unique qu’on tendait à admettre, environ soixante espèces d’albuminoïdes solubles et insolubles et ces espèces sont absolument irréductibles à un substance unique qui serait l’albumine du blanc d’œuf de poule (1).
Dans le tableau que je viens de tracer ne figurent absolument que les matières albuminoïdes naturelles telles qu’elles existent dans les animaux sains. Que serait-ce si l’on y ajoutait les matières de même ordre des végétaux, et que serait-ce aussi si on y compre-
i. Pour les détails, voir : A. Béchamp, Mémoires sur les matières albuminoïdes, in Recueil des Savants étrangers de l'Académie des Sciences, t. XXVIII, n» 3, in-4» de 516 pages; J. Béchamp, Nouvelles recherches sur les albumines normales et pathologiques, i. -B. Baillière et fils.
27 6 les ALBUMIISDRIES
nait les albuminoïdes des cellules et f %mic™zymas de tant d’espèces animales et végétales? Dans mon Mémoire du Recueil des savants étrangers, j ai conclu
^ Ve^ne veux pas revenir sur la démonstration que i’ai donnée à l’Académie, concernant 1 existence autonome, autochtone et aborigène des micro/jn^^as dans toutes les parties de l’oi-ganisme ^
seulement qu’ils lui appartiennent en Pr°Pre. même titre que les albuminoïdes de ses differents cen très d’organisation, et que, sans ces microzymas, nous ne comprendrions rien aux transformatmns que les albuminoïdes doivent éprouver dans 1 intimité des organes pour satisfaire à l’assimüat on; sans Jesque s nous ne nous expliquerions point 1 existence neces saire de l’albuminurie physiologique
Et si j’ai insisté, comme je lai fait, sur * nistmre des matières albuminoïdes en général, c est pour ar ^ ver à ne laisser aucun doute sur le fait, que j ose anneler un grand fait, de l’existence physiologique, SLmat de santé parfaite, de cette albuminurie, laquelle prouve que le rein possède une P™‘
prl, comme le pancréas, la parotide, par exemple, e qu’il n’est pas simplement un appareil de filtration. U le fallait d^s l’intérêt de la science française et de ’h sS du Haut enseignement en France, puisque cS ton, "nlaboraloirS de 1. F.culté d»
de Montpellier que la démonstration en a été donnée fouTla premtoe fois. 11 le fallait pour P^^tre L faire connaître l’idée directrice qui me 1 a fait de
‘'°Enfin‘, si j’ai insisté comme je viens encore de le faire ce n'est pas en vue d’une vaine réclamation rétrospective, mais pour convaincre 1 Academie que j’ai Velque droit et quelque autorité pour parler
'^°Mais la démonstration du fait de Pepstence d’une albuminurie physiologique, c est- à- dire de pre Lnce constante d’une matière albuminoïde soluble dans l'urine normale ne suffit pas; elle serait stérile si je ne prouvais pas qu’elle est rationnelle autant que néce^ssaire, bref qu’elle ne pouvait point ne pas
LES ALBUMINURIES
exister. Alors, après cette preuve, nous pourrons^ en étudiant les albuminuries pathologiques, nous figurer en quoi diffèrent les albumines pathologiques des physiologiques, hn attendant, pour comprendre comment prennent naissance les albumines pathologiques en général, il faut connaître le mécanisme de la forrnation des albumines physiologiques, des matières albuminoïdes en général, dans l’animal. Or, pour cela, il faut connaître la théorie chimique de la nutrition, laquelle comprend essentiellement la digestion, l’assimilation et la désassimilation.