‹ Microzymas et microbesChapitre 77 sur 86 · TABLEAU: W · texte numérisé non relu

TABLEAU: W

Influence du régime végétalisé sur la quantité de néfrozymase.

De la comparaison des déterminations de ces deux tableaux il résulte que l’influence du régime apparaît

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bien plus nettement lorsque l’on considère les matières minérales éliminées. En effet, si, en valeur absolue, la néfrozymase paraît légèrement augmentée dans le régime animalisé, sa quantité est sensiblement la même, en valeur relative, pour l’urine des vingt-quatre heures rapportée au litre. Au contraire, l’augmentation des matières minérales dans le régime végétalisé apparaît aussi bien en valeur absolue qu’en valeur relative.

J’ai analysé les matières minérales qui sont précipitées de l’urine avec la néfrozymase et je les ai trouvées composées de sulfates et de phosphates sans aucune trace de chlorure. On trouvera ces analyses dans le Mémoire de 18fiS; j’en ferai seulement ressortir la conclusion la plus générale que voici : dans le régime animalisé le rapport de l’acide phosphorique des phosphates à l’acide sulfurique des sulfates est de 9/8, c’est-é-dire plus grand que l’unité, tandis que ce rapport dans le régime végétalisé .était '1/4, bien plus petit que l’unité ; ce qui signifie que, pendant le régime animalisé, l’acide phosphorique l’emporte sur le sulfurique, et dans le régime végétalisé le sulfurique sur le phosphorique, l’acide phosphorique dans les deux cas étant uni à la chaux et à la magnésie. Je ne prétends pas que ces résultats sont l’expression d’une relation nécessaire entre les phosphates et les sulfates de l’urine éliminée sous l’influence des deux régimes qui ont fait l’objet de cette étude : il faudrait pour cela un plus grand nombre de déterminations; mais ce que je veux consigner ici, comme pouvant contribuer au progrès de l’analyse de l’urine, c’est que la précipitation des phosphates alcalino-terreux de l’urine par l’a-lcool est si complète, dans les conditions des expériences, qu’il n’en reste que des traces négligeables dans le liquide séparé du précipité par le filtre. .

Mais, je. reviens à la matière alhuminoïde-ferment de l’urine.

Les dosages que j’ai faits et les exemples que j’ai rapportés, en 1865, ne sont peut-être pas assez nombreux pour révéler toutes les variations dont la néfrozymase est susceptible dans sa quantité pendant l’état

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de santé parfaite et sous les influences variées que j’ai citées ; mais, un fait en découle certainement, c’est que l’urine normale, physiologique de l’état de santé, contient toujours cette zymase particulière, quels que soient l’âge, le sexe, le tempérament, le régime, le repos, le travail intellectuel ou corporel, la fatigue et le moment de la journée où elle est émise. En un mot, la néfrozymase existe dans l’urine aussi constamment que l’urée; et j’aurais pu fortifier cette conclusion en prouvant que la néfrozymase existe dans l’urine de toutes les phases de la grossesse normale ; mais je préfère consacrer à cette étude un paragraphe spécial, qui précédera celui que je consacre à la néfrozymase dans l’état pathologique.

Une telle constance ne prouvait-elle pas que l’existence du ferment soluble dans l’urine y est aussi nécessaire que celle de l’urée elle-même ? C’est ce que j’ai admis comme certain dans mon travail de 1865 et c’est ce que j’établirai en m’efforçant de démontrer que la néfrozymase est un produit normal de la fonction de nutrition des reins, les uretères en étant les canaux excréteurs en même temps que des autres produits, pour lesquels rien n’empêche d’admettre que le rein est un simple émonctoire ou appareil de filtration. En effet, le nom que j’ai donné à la matière alhuminoïde-ferment de l’urine lui suppose le rein pour origine et non le sang. En disant comment le problème a été résolu, j’expliquerai comment le rein est perméable à ce ferment soluble.

Toutes choses égales d’ailleurs, relativement au sexe^ c’est l’homme qui sécrète le plus de néfrozymase. Relativement à l’âge, c’est dans l’enfance que la sécrétion en paraît être le plus abondante; mais il y a des variations . dans toutes les phases de l’existence. Etant donnée l’équation personnelle de chaque sujet, cela se conçoit. L’urine est, en définitive, le produit où retentissent les phases diverses de la nutrition, celui où sont rejetés le plus grand nombre des composés chimiques de la désassimilation, constituant certainement le mélange le plus variable, non seulement pour les divers sujets, mais pour la même personne, suivant une foule de conditions de son exis-

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tence normale. Quoi d’étonnant que la néfrozymase, si intimement liée aux albuminoïdes, albumine ellemême, varie en quantité comme les autres principes immédiats que l’analyse y peut constater. ,

Quelle que soit l’origine delà néfrozymase, — c’est un problème que je m’étais proposé de résoudre et je dirai comment il a été résolu, — un fait est certain, c’est qu’elle est un principe immédiat albuminoïde, une albumine douée de fonction zymasique ; c’est qu’il y a une albuminurie physiologique constante et, par suite, nécessaire pour l’état de santé parfaite.

Comment un si grand fait a-t-il été pendant si longtemps méconnu et, après sa publication, pourquoi a-t-il été comme non avenu ou, du moins, si complètement ignoré des médecins? C’est ce qu’il faut^ dire, pour compléter son histoire, avant d’aborder l’étude des albuminuries pathologiques et celle de l’origine rénale de l’albumine-ferment urinaire.

LES ZYMASES EN GÉNÉRAL ET LA NÉFROZYMASE EN PARTICULIER : SIMPLE PAGE d’histoire A PROPOS DE LA MÉTHODE DE DOSAGE DE M. DUBOURG.

J’ai dit, en commençant, comment de la découverte du ferment soluble sécrété par les moisissures qui naissent des germes de l’air dans l’^au sucrée et qui l’intervertissent, je me suis élevé à la découverte du ferment soluble de la levure de bière, à celle du ferment soluble des parties colorées des plantes, à celle de la néfrozymase et enfin à celle des zymases en général qui accompagnent dans l’organisme les albumines physiologiques. Enfin, j’ai dit comment tous les ferments solubles sont liés à l’existence et à la fonction des microzymas des divers centres d’organisation .

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J’ai (lit aussi que tout cela n’avait pas été reçu, parce que cela heurtait les opinions admises. ^

M. Elisée Dubourg, dans la thèse citée, sur ce quil appelle V amylase de V urine, s’exprime, en effet, comme ceci : « De nombreuses recherches ont été faites, dans ces derniers temps, concernant les diastases de l'urine, en Allemagne surtout ; mais il semble que les expérimentateurs aient concentré tous leurs efforts sur l’étude de la pepsine qu’on a trouvée également dans l'urine, et c’est à peine si les ouvrages les plus récents mentionnent l’existence de la néfrozymase : je citerai les traités de physiologie de Beaunis, de Küss et Duval, la chimie biologique de .Wurtz; le volume de Schlagdenhauffen et Garnier (Encyclopédie chimiowe}.» Cela est très vrai.

Cependant, la découverte n’avait pas passe inaperçue mais malgré sa publication dans les Comptes rendus et même dans la Gazette hebdomadaire, l’auteur <ie l’article « Zymase », dans le Dictionnaire de chimie de Wurlz, écrivait ceci, confondant zymases et microzymas ■ « Zymase, nom générique donné par A. Béchamp à 'divers ferments dont il admet l’existence dans les solides et les liquides del’économie. Lané/rozymase qui existerait dans les urines normales et p'athologiques, dissout l’amidon et le transforme lentement en sucre. .. Les microzj/ma* du sang formeraient la fibrine en s’associant entre eux, grâce à une matière albuminoïde. Les.microzymas du foie transformeraient l’alcool ordinaire en acide caproïque, l’alcool méthylicTue en acide acétique et acides gras supérieurs. La craie même contiendrait des microzymas aptes a produire la même transformation... Ces diverses transformations paraissent avoir été bien étudiées, mais leur mécanisme et l’existence elle-même des ferments auxquels A. Bécbamp a donné le nom de zymases restent fort douteux (1). » On ne peut pas être plus superficiel et rien ne démontre mieux ce que je disais, que la théorie du microzyma et celle de 1 origine des ferments solubles allaient contre toutes les idees reçues dans la science et dans les. livres !

i. Dict. dCjWurtz (1874).

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Aussi n’ai-je pas été surpris de trouver, dans la thèse citée de M. Ghabrié, un tableau de la composition de l’urine, extrait du Cours de chimie de M. le professeur A. Gautier, t. 111, p. 608, ou la néfrozymase ne se trouve pas mentionnée, mais où est inscrite lapepsine au milieu d’une quinzaine de substances les plus diverses, dont la quantité, ensemble, est désignée comme très minime par l’expression « .très peu ». Ainsi, on écarte la néfrozymase qui est dosable et on inscrit la pepsine qui ne l’est pas et qui, de plus, physiologiquement, ne peut pas exister dans l’urine.

Comment les médecins auraient-ils connu la néfrozymase et l’albuminurie physiologique, quand celui qui a mission de faire connaître l’état de la science ne le connaît pas, ou ne le fait pas connaître ?

J’ai dit que la théorie générale de l’origine et de la fonction des zymases formait une partie de mon travail sur les albuminoïdes. Dans son rapport sur ce travail, J. -B. Dumas s’est exprimé comme ceci au sujet des ferments solubles, dont j’avais dû démontrer l’existence devant la Commission dont il fut le rapporteur :

« Le ferment découvert dans le blanc d’œuf par l’auteur explique quelques-uns des phénomènes qui se passent pendant l’incubation. Sa présence lui a donné l’occasion de le rechercher dans d’autres produits albuminoïdes, et l’on prend une idée générale de son travail en disant qu’il est parvenu à dédoubler ceux-ci en deux ou trois substances distinctes, possédant les propriétés des produits albumineux et en un ferment bien caractérisé. A quelle fin tous les liquides albumineux, sont-ils accompagnés de ces ferments? Quel rapport existe-t-il entre la matière animale abondante, coagulable, paraissant destinée à fournir les matériaux des organes, et ces ferments en petite quantité dont la présence semble toujours annoncer la destruction prochaine des combinaisons altérables auxquelles ils sont associés ? D’où viennent ces ferments, où vont-ils?Quel rôle ont-ilsà remplir? Autant de questions d’un intérêt considérable assurément : car on les observe dans le sérum du sang de tous les animaux, dans le blanc de l’œuf et dans le

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jaune, dans le lait, c’est-à-dire dans tous les liquides destinés à la formation ou à la réparation de nos organes. »

Je prie l’Académie de me pardonner cette citation ; mais c’est la pensée autorisée d’un homme supérieur qui avait, lui aussi, beaucoup étudié les albuminoïdes. Elle prouve que l’on connaissait mal ces substances, que l’on considérait comme incomplexes, et, en même temps, que l’on ne savait rien de la présence, de l’origine et du rôle des ferments solubles dans l'organisme. Cette vue supérieure d’un homme de génie, qui lui a appartenu, je la lui ai présentée pour la convaincre de la réalité des faits sur lesquels reposent les théories que je défends devant elle. On nie lesfaits, mais les nier ce n’est pas les supprimer; à ne pas admettre des modifications nécessaires dans l’état de nos connaissances c’est non seulement s’exposer à nier la réalité, c’est s’exposer aussi à enrayer le progrès de la science.

Eh bien, la présence d’un ferment soluble dans l’urine physiologique a été encore tout récemment confirmée dans le sens même du Mémoire de 1865, d’une part, par M. E.Dubourg, qui a également constaté sur l’urine, directement, sa propriété de fluidifier et de saccharifier l’empois de fécule ; d’autre part, par M. le D‘' Chahrié. J’avais fixé la température de 60 degrés centigrades comme étant celle où la néfrozymase isolée de l’urine possède sa plus grande activité saccharifiante. Or, M. Dubourg a trouvé que « à mesure que la température se rapproche de 60 degrés, la proportion de sucre va en augmentant pour diminuer dès que l’on s’en éloigne ». Il aurait pu observer que, à 100 degrés, non seulement il ne se formait plüs de sucre, mais que l’empois n’était même plus fluidifié. M. C. Ghabrié a noté que la même température de 60 degrés était celle de la fluidification limpide de l’empois et de la formation de la matière sucrée.

Je reviendrai sur le travail de M. Ghabrié en traitant delà fonction du rein, et j’insiste sur la thèse de M. E. Dubourg, parce qu’elle soulève la grave question du dosage de la néfrozymase et, en outre, parce

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qu’elle est écrite en vue d’un système à faire prévaloir^ pour lequel on cherche des faits.

Pour comprendre M. Dubourg, il faut savoir, en effet, qu’il s’est inspiré des idées de M. Duclaux, touchant l’organisation et la vie; or, cela l’a conduit à méconnaître la véritable portée physiologique de la théorie générale des zymases, et à donner le nom à!amylase de l’urine à la néfrozymase. Mais ceci demande une explication.

Longtemps après que j’eus découvert la relation qui lie les ferments solubles aux ferments figurés ordinaires en y faisant entrer les moisissures en général et les microzymas atmosphériques aussi bien que ceux de la craie, et enfin lorsque j’eus démontré que les microzymas des organismes vivants dans nos organes, tissus et humeurs, sont les producteurs, les uns de la diastase salivaire, d’autres de la gastérase, de la pancréazymase, de la synaptase, etc., bref lorsque j’eus démontré que les ferments solubles ne sont point quelque matière albuminoïde en voie d’altération, mais des produits physiologiques de 1 activité fonctionnelle chimique des éléments anatomiques, M Duclaux se hâta, alors que M. Pasteur ne croyait pas même que la levure de bière possédât la propriété d’intervertir le sucre de canne, de tourner ma démonstration au profit des doctrines microbiennes et découvrit tout à coup que « les microbes » sont « de très actifs 'producteurs de diastase », et, comme M . Pasteur. il en vint à penser que, sans les microbes, nous ne digérerions pas, et que, sans eux, la vie deviendrait impossible I Bref, après la panspermie atmosphérique des microbes pathogènes qui nous rendent malades et nous tuent, la panspermie des microbes utiles et bienfaisants qui nous font vivre. Et, naturellement, pour faire perdre ,1a trace de la découverte de la véritable origine des ferments dont l’existence avait si vivement frappé J.-B. Dumas, M. Duclaux imagina de remplacer la nomenclature des ferments solubles d’après leur origine que j’avais établie, par une autre toute systématique.

11 remplaça d’abord le nom générique de zymases, qui indique', avec l’origine, la fonction générale du

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ferment soluble, sans rien préjuger sur ses fonctions particulières, par le nom générique de diastases. Montrons que ce mot va droit contre le précepte de Lavoisier qui disait que, dans la nomenclature scientifique,

« lô mot doit faire naître l’idée et que l’idée doit peindre le fait ». Or, le mot diasfase a été formé pour nommer le ferment soluble de l’orge germée qui saccharifie l’amidon. « Les diastases » signifient donc historiquement les ferments solubles qui saccharifient l’amidon. D’oü il suit que « microbes producteurs de diastases », veut dire, microbes producteurs des ferments solubles qui, comme celui de l’orge germée, saccharifient la matière amylacée. Or, il y a des microbes, je veux dire des microzymas, etc., qui produisent des ferments solubles qui ne possèdent pas cette pro priété. Première impropriété du mot qui, faisant naître une idée fausse, peut peindre des faits faux, et induire en erreur. M. Duclaux paraît avoir compris cela; alors, partant de l’opinion non fondée de M. Pasteur, selon laquelle un ferment figuré n’aurait qu’une fonction, comme d’être ferment lactique, par exemple, ou butyrique, il a admis que chaque ferment soluble était à fonction unique, comme d’intervertir le sucre de canne, de saccharifier l’empois, d’agir sur la caséine ; c’est dans cet ordre d’idées qu’il a formé les mots de caséase, de sucrase, à' amylase que M. Dubourg a adoptés. Montrons aussi l’impropriété de cette nouvelle nomenclature.

Soit, d’une part, le ferment soluble de la levure de bière et le ferment soluble du pancréas. Le premier, que l’on a nommé invertine, ferment inversif du sucre de canne, je l’ai nommé zythozymase c’est le nom que M. Duclaux a remplacé par celui de sucrase, en ne lui reconnaissant que cette fonction. Or, la zythozymase fluidifie aussi P^mpois de fécule : il l’aurait donc appelée amylase, si par hasard il avait d’abord connu cette propriété sans connaître l’autre. Le ferment soluble du pancréas, je l’ai appelé pancréazymase, parce que, comme les microzymas pancréatiques, il agit à la fois sur l’empois de fécule pour le saccharifier et sur les matières albuminoïdes pour les digérer à sa façon, tandis qu’il est sans action sur le

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sucre de canne. D’ôù il suit que M. Duclaux, en ne conside'rant que l’une des fonctions, le nommerait amylase, ou caséase, fibrxna%e, musculinase , en n’ayant égard qu’à chacune des autres. Je pourrais citer une foule d’autres exemples. Je n’en citerai plus qu’un. La synaptase, je l’ai nommée amyydalozxjmase, parce qu’elle est produite par les microzymas des amandes. Elle agit sur l’amygdaline pour Ja dédoubler par hydratation et elle agit sur la matière amylacée de l’empois pour la modifier isomériquement. Eh bien, M. Duclaux devrait l’appeler amygdalase quand elle agit sur l’amygdaline, et amylase quand elle agit sur l’empois !

M. Dubourg a donc donné le nom d’amylase à la néfrozymase, sous le prétexte, comme je l’avais démontré, qu’elle agit sur la fécule sans agir sur le sucre de canne; et il n’a pas vu que, si quelque jour on lui découvrait une autre fonction, le nom ne vaudrait plus rien.

Bu dosage de la néfrozymase selon M. Dubourg. — Mais j’arrive au procédé de dosage qu’il a proposé pour lanéfrozymase.llad’ab or d critiqué celui que j ’ai adopté . Ainsi, parlant du procédé qui m’a permis d’isoler la néfrozymase et de la doser, il dit : « G’esi, à peu de chose près, le procédé employé par Dubrunfaut pour obtenir la diastase du malt. Mais M. Béchamp est sans doute le premier qui ait utilisé cette méthode (la précipitation par l’alcool) pour un dosage. » Je pourrais d’abord faire remarquer que ce n’est pas Duhrunfaut qui, le premier, a employé l’alcool pour précipiter la diastase ; c’est Payen, Persoz, et d’autres : le procédé était classique. Mais le mérite n’était pas d’employer l’alcool pour découvrir la néfrozymase, c’était l’idée directrice qui me l’a fait rechercher et découvrir. Ce mérite, dont il paraît attribuer la paternité à M. Duclaux, qui n’y a été pour rien, appartient à la théorie du microzyma.

M. Dubourg a assuré que mon procédé « laisse à désirer de deux manières : d’une part, dit-il, on pèse, comme diastase, les matières albuminoïdes d’une nature différente, et, aussi, certains composés organiques (urée, urates, créatine, etc.) précipités par

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l’alcool. » Je laisse de côté l’urée que, sans doute, l’auteur a inscrite là par inadvertance ; mais il n’a pas lu mon travail, ou bien il ne l’a pas compris, car, précisément, j’ai fait observer qu’outre la néfrozymase, le précipité contient une autre matière albuminoïde, mais dont la quantité est négligeable pour le dosage au point de vue do l’albuminurie ; et précisément, aussi, J’ai directement démontré que l’acide urique et les urates, et par conséquent la créatine, n’étant pas précipités par l'alcool, ils n’influençaient pas le dosage. L’auteur parle ensuite de pertes résultant de ce que les filtres absorbent et retiennent la néfrozymase. Or, précisément encore j’opérais de façon à ne rien laisser absorber par les filtres, puisque je pesais le précipité après l’avoir lavé à l’alcool pour le peser sur le filtre après l’avoir fait sécher.

Il n’y a donc rien de fondé dans les critiques de M. E. Dubourg, et je recommande mon procédé de dosage avec confiance aux savants sérieux.

Gela dit, voici le procédé de dosage de M.E. Dubourg. Au lieu de se servir de la néfrozymase isolée et de la peser, il se sert directement de l'urine, et, notons-le, de l'urine non filtrée, contenant outre le mucus tous les éléments d' organisation, microzymas, etc., qui peuvent exister et existent en suspension dans l’urine. Cette urine, il la fait agir sur l’empois de fécule sous volume connu et il calcule la quantité de ferment de cette urine d’après la quantité de glucose formé. Sans doute, M. E. Dubourg emploie un agent antiseptique pour écarter l’erreur relative aux germes de Fair ; et alors, à l’aide des chiffres qu’il obtient, il trouve mes résultats erronés en ce qui concerne les variations de ta néfrozymase selon l’âge, le sexe, etc.

Un premier point mérite d’être particulièrement signalé dans cette méthode de dosage. L’action de l’urine et de la néfrozymase sur l’empois est instantanée et, au bout d’une heure ou deux, à 60 degrés, le phénomène est accompli. Les germes de l’air n’y sont pour rien et, comme preuve, je mets sous les yeux de l’Académie une expérience dans laquelle une urine très active, qui a été bouillie, ajoutée à un volume égal d’empois, formant un mélange à peine coulant, n’a

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fait éprouver à la fécule aucune transformation, quoique ayant été chauffée à 60 degrés, au contact de l’air, sans prendre aucune précaution contre les germes.

Au contraire, les expériences de M. E. Dubourg durent longtemps, jusqu’à vingt-quatre heures, Il ajoute à son mélange un antiseptique, le thymol au lieu de l’acide phénique ou du chloroforme pour annihiler l’influence des microbes de l’air. Mais il y a laissé les microzymas de l’urine qui peuvent agir sur l’empois; bref, pour peindre la réalité, je dis qu’il a écarté de son mélange un moucheron et y a laissé un éléphant.

Mais il faut encore signaler un autre défaut capital de la méthode de dosage de la néfrozymase selon M. Dubourg. Soit l’acide sulfurique : selon la, nomenclature de M. Duclaux, il est sucrase quand il intervertit le sucre de canne : quand il saccharifie Tempois de fécule après l’avoir liquéfié il est, au contraire, amylase ; eh bien, je le déclare, aucun chimiste ne se servirait de la quantité de glucose formé sous son influence pour doser cet acide.

Mais ce n’est pas tout: puisqu’il s’agit d’applications qui peuvent éclairer le diagnostic, il faut signaler le vice fondamental de la méthode, que voici :

Chevreul, et tous ceux qui, après lui, s’étaient occupés de la saccharification de la fécule par l'a diastase, ont constaté que la réaction, très active au début, se ralentissait de plus en plus. Eh bien, j’ai démontré que la matière amylacée de l’empois ne se transformait pas tout à coup en glucose, mais qu’il se produisait d’abord des modifications isomériques de la fécule : fécules solubles, dextrines, qui compliquent le milieu et dont l’abondance et la nature varient, selon la dose de diastase ; or, ces fécules solubles et ces dextrines sont inégalement saccharifiées par le ferment soluble et d’autant plus difficilement que la quantité de glucose formé, ou de maltose qui le précède, est devenu plus abondant. Mais quand, dans le produit de, la réaction, on dose le glucose parle réactif de Fehling, on suppose que ce glucose y est le seul agent réducteur, et c’est une grave erreur; en effet, la plupart des dextrines sont elles-mêmes réductrices.

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avec un pouvoir réducteur qui n’est pas le même pour toutes et, dans tous les cas, différent de celui du glucose. Or, M. Dubourg dosait le tout comme glucose. Non, le procédé de dosage de M. Dubourg n’est pas recevable et ses critiques tombent à faux.

Ces remarques devaient être faites afin de faire voir que le mémoire de 186S sur la néfrozymase reste entier et que M. E. Dubourg n’a fait que le confirmer dans ce qu’il a d’essentiel.

Il existe donc toujours de la néfrozymase, une albumine-ferment, dans l’urine normale et il y aune albuminurie physiologique de l’état de santé. ^ ^

Et maintenant, qu’un nouvel obstacle est écarte, je peux utilement entreprendre l’étude des albuminuries pathologiques pour arriver à la démonstration que la matière albuminoïde-ferraent de l’urine vient directement du rein.

DE LA NÉFROZYMASE DANS d’URINE DE LA GROSSESSE ET DANS l’urine pathologique, démonstration 'QUE DANS LES ALBU¬ MINURIES IL PEUT EXISTER PLUSIEURS aLBUNIMES DONT AUCUNE n’est la SÉRALBDMINE.

La néfrozymase existe dans presque toutes les urines d’origine pathologique, comme dans celles de l’état de santé, avec le même ensemble de propriétés et de caractères ; mais elle y peut varier dans des limites bien plus étendues! jusqu’à n’y plus exister dans certaines maladies. Je disais déjà dans le Mémoire de 1865 : « Les cliniciens verront quel parti ils pourront tirer de mes observations, soit pour le diagnostic, soit pour le pronostic de certaines maladies. » On a vu dans le précédent paragraphe comment mes recherches ont été traitées, quoique confirmées. Je ne suis

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pas moins convaincu que les résultats de ces recherches sont capables de faire cesser certains désaccords. Par exemple, il ressortait évidemment de mon travail qu’il n’y a pas une maladie méritant le nom d’albuminurie, mais des maladies nombreuses, dans lesquelles l’apparition de quelque albumine autre que la néfrozymase ne doit être considérée que comme un symptôme de ces maladies, symptôme singulièrement grave quand il est accompagné de cet autre symptôme : la diminution ou la disparition totale de la nMrozymase. C’est ainsi que longtemps avant M. Bouchard j’avais rayé V albuminurie, considérée comme maladie distincte, du cadre nosologique.

Je ne me dissimule point que la cause principale qui a empêché mon travail de porter ses fruits, c’est à la fois que ses conclusions allaient contre les idées reçues et que la méthode de recherche que j’avais appliquée, quoique très simple, exigeait un peu plus d’attention que les procédés vulgairement employés : la coagulation par la chaleur, la précipitation par l’acide nitrique ou par tel ou tel autre réactif. Eh bien, je le dis, sans aucune hésitation : il faut bannir tous ces procédés ; leur moindre défaut, c’est d’être purement empiriques, supposant toujours qu’il s’agit de retrouver l’albumine du sang dans l’urine ; mais ils sont incompletset insuffisants en ce qu’ils font méconnaitre la réalité, induisant le clinicien en erreur ; de plus ils altèrent les albumines qu’ils précipitent et ils laissent passer inaperçues les albumines souvent abondantes qu’ilsne précipitent pas.

Oui, je le dis bien haut, avec une conviction réfléchie, l’intérêt des malades, celui des cliniciens autant que de la science, exige impérieusement que l’on sorte de la voie parcourue jusqu’ici; il faut que l’on tienne compte, enfin, de travaux considérables qui ont éclairé ce sujet sous toutes ses faces. Et, en parlant ainsi, je n’oublie pas le lieu élevé d’où je parle, ni surtout les maîtres éminents devant qui j’ai l’honneur de parler.

Quelques exemples et le résumé en quelques tableaux de mes propres recherches, d’après le Mémoire de 1865, de celles de M. le D’’ Louis Leblond et surtout

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de M. le D’’ J. Béchamp, vont me permettre de légitimer ce langage et de tracer la marche à suivre pour découvrir les albumines qui existent dans 1 urine pathologique, pour les distinguer et pour les doser.

La méthode d’analyse et de dosage est fondée essentiellement, comme pour la recherche et le dosage de la néfrozymase dans l’urine normale, sur la précipitation par l’alcool.

Voici cette méthode telle qu’elle a été publiée par le D‘- J. Béchamp (1), qui l’a rendue aussi rigoureuse que possible en s’aidant de nos recherches sur les albumines en général.

On se procure, si cela est possible, 1 urine des vingt-quatre heures; et, recommandation dont nous nous sommes bien trouvés, en faisant ajouter à 1 urine pendant la miction une ou deux gouttes de créosote ou d’acide phénique par environ 100 centimètres cubes d’urine : de cette manière, dans l’intervalle de vingt-quatre à quarante-huit heures, l’urine, ses matières albuminoïdes, ne subissent aucune altération du fait des microzymas propres de l’urine ou de ceux de l’air (2). . .

A un volume de l’urine, soigneusement filtree pour éliminer le mucùs et le dépôt s il y en a un, on ajoute trois volumes d’alcool à 90 degrés centésimaux et rectifié. Si le précipité se fait rapidement et si le liquide surnageant devient limpide, toute l’albumine et la néfrozymase sont précipitées.Si, au contraire, le liquide alcoolique reste trouble ou seulement louche, il faut ajouter quelques gouttes d’une solution d’acétate de soude ou d’acétate d’ammoniaque (0 gr. 5 environ de ces sels p. 1.000 centimètres cubes de liquide alcoolique) ; par ce moyen, l’albumine restée en suspension qui troublait le liquide se dépose à son tour. M. J. Béchamp a donné l’explication du phénomène. . „ . .x» -x • x -

H est bien entendu que si 1 urine n était point a réaction acide et à plus forte raison si elle était alca-

1. J. Béchamp. Nouvelles recherches sur les albumines r, males et pathologiques, p. 196, in-S», J. Baillière et fils.

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