PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES — ANALYSES CLASSIFICATION
L'eau de Miers, puisée à la source, est incolore et d’une limpidité parfaite. Elle ne paraît nullement gazeuse; cependant, si on abandonne à l’air libre un verre rempli de cette eau, les parois de ce verre se recouvrent bien vite de très nombreuses bulles. À la surface de l'eau ainsi abandonnée il n'apparaît aucune pellicule : la limpidité reste la même et il n° y a au fond du verre aucun dépôt. À la fontaine même, l’eau qui suinte des robinets mal fermés laisse, sur la pierre des réservoirs, une teinte ocreuse due à un peu d'oxyde de fer.
Mise à l'abri de l’air, l’eau de Miers se conserve très longtemps absolument intacte. Par suite, elle supporte très bien l’exportation. Au dire de Labat, de l’eau mise en bouteilles en 1866 était encore en état parfait de conservation en 1871. Cette propriété de résister à l’altération moyennant un bon bouchage avait, du reste, déjà été signalée par Buc’Hoz.
Elle répand une très légère odeur sulfurée due à la présence d’acide sulfhydrique. L'apparition de cet acide sulfhydrique est tout à fait secondaire et accidentelle. C'est le résultat de la décomposition des sulfates dissous dans le liquide par les matières organiques tenues en suspension. Cette réaction ne se produit pas toujours, les matières organiques pouvant manquer. Aussi cette
odeur sulfurée n'est-elle pas toujours facilement perceptible, et, 4 C
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quand elle existe, est-elle très faible, très éphémère est très fugace.
Sa saveur n’est pas désagréable, à peine laisse-t-elle après elle le goût salé et l’amertume spéciale du sulfate de soude.
La température de la source prise en diverses saisons, par les régisseurs de l'établissement, et reprise par le D' Labat, a toujours été trouvée de 15° centigrades.
À 19°, l’eau pèse 1004 50.
Elle bleuit légèrement le papier rouge de tournesol.
Les propriétés purgatives de l'eau de Miers, facilement constatées, ont depuis longtemps poussé les savants à rechercher sa composition chimique.
Fabry, cité par Carrère, croyait qu’elle contenait « un sixième d'alun, deux de soude et trois de nitre ».
Raulin caractérise sa composition d’un mot : « les Eaux de Miers sont vitrioliques », c’est à dire renferment surtout des sulfates.
. Jusqu'en 1836, les auteurs pouvaient bien avoir leurs idées sur la composition chimique de l’eau de Miers, mais il n’en existait aucune analyse officielle. Delpon, dans sa Séafistique du département du Lot, ouvrage considérable paru en 1831, assimilait cette eau à celle d'une localité voisine, Gramat, analysée en 1818 et reconnue sulfatée calcique et magnésienne faible. Il ajoutait que, d’après certaines expériences, Miers paraissait contenir des atomes de fer.
En 1836, le docteur Duval, médecin-inspecteur des eaux de Miers, provoqua l'analyse officielle. Elle fut faite au laboratoire de l’Académie de médecine par Boulay, nommé rapporteur de la Commission des eaux minérales et par Henry, chef des travaux
chimiques de l’Académie.
Voici les parties les plus saillantes du rapport lu par Boulay à l’Académie, dans la séance du 17 janvier 1837 :
« L'eau qui nous a été remise était limpide, sans odeur et ne contenait aucune espèce de dépôt ocracé ou floconneux. Sa saveur était d’une amertume analogue à celle du sulfate de soude. Les réactifs y ont indiqué la présence de carbonates, de sulfates, de chlorures, de la chaux, de la magnésie, etc. Les essais préliminaires démontrent qu'elle contient de la silice, de l’alumine, du sulfate de soude, de l'oxyde de fer; mais aucunes traces de sels de potasse, de nitrates, de phosphates, d'iodures ou de bromures alcalins. Les carbonates de chaux étaient tenus en dissolution par une petite quantité d'acide carbonique qui les constitue bi-carbonates, dans l’eau intacte, et ils se sont précipités à l’état de carbonates insolubles quand l’eau a été soumise à l’ébullition…
1000 grammes d’eau de Miers évaporés à siccité à 120° centigrades ont fourni un résidu blanchâtre, amer au goût, dont le poids était de 5%21.
Ce résidu de substances fixes représente dans l’eau, au moment
où on la puise, les matières suivantes :
Bicarbonate:detchaux PRATAE rhume 08 208 » HOMMASTELE Eee cm ioninur +" "01120
» de soude anhydre..…........….. sors O O71 Sulfate desonde anhydre..... 4 os … 2 675 my de-chau stius PAT el HOT ... O 945 Chlorure de magnesium.....…. enter 0 750 » de sodium (traces)... RE re O 020 SC ts REA MES PES A 1.10 460 Alubine. eus RE REP O0 037 Oxyde ue tet (traces); RAR se D OO
Matière organique, pertes et traces d’acide
carbonique en excès... AAC RER ETS he 0 060
oi
noit, ingénieur des Mines.
L'analyse donna les résultats suivants :
Ech, n° 1
RÉSidu RAC UMR A MEANS 45 320 Acide carbonique libre................ O 0045 » des carbonates.. 0 1836 ACIde CRIOTRYOTIQUE PR O 0228 AIME SURUr QUE RSR EE 2 4168 Lt EDS LEARN rt nd DRE hs me ra O 0270 Péroxyde de ie alumine fire O OIIO Cosuy QUE PE AIR TN SR o 6150 Magnésie Lai LIRE 0 4393 Rétasse hs, ins Monter o 0086 DOM Bio ae Set o 6600 Matières organiques... O 0017
d'eau donna un résultat négatif.
En 1872, la Société propriétaire deseaux de Miers, menacée par les agissements d’un spéculateur, voulut essayer de faire déclarer la source d'utilité publique, ce qui lui aurait permis de l’entourer d'un périmètre de protection. À cet effet, elle provoqua une deuxième analyse officielle. Elle fut faite au laboratoire de l’école des Mines, sur deux échantillons recueillis et envoyés par M. Be-
L'échantillon n° 1 avait été pris au commencement du jaugeage, l'eau étant très basse dans le puits; l'échantillon n° 2 avait été pris
au moment où l’eau approchait de son orifice d'écoulement.
Ech. n° 2
o 0088 Oo 1696 0 0203 2 4717 O 0250 O 0090 o 6050 o 4466 O OI05 Oo 6770 O OO14
La recherche de l’iode et du brôme faite sur une petite quantité
La recherche du phosphate de soude ne put être effectuée, la quantité d’eau étant trop petite.
Le groupement hypothétique des éléments ne fut pas donné.
Les résultats de ces deux analyses sont un peu discordants. Le poids total de la minéralisation par litre, qui, pour Boulay, est de 5$21 n'est plus, dans l'analyse de l’école de Mines, que de 45 320 pour l'échantillon no 1 et de 4° 370 pour l'échantillon ne 2, soit une moyenne de 4 350. L'écart est considérable.
Le D: Fraisse, en 1878, opérant sur 10 litres d’eau, obtint après évaporation, un résidu pesant 53“76. Ce qui donne une minéralisation de 5376 par litre, chiffre qui se rapproche assez près de celui de Boulay.
J'ai repris moi-même, avec l’aide de mon camarade et ami, M. le pharmacien universitaire de 1re classe, Monmoine, pharmacien de la marine, l’étude de cette minéralisation. L'évaporation de 100 grammes d’eau minérale pratiquée au bain-marie nous a laissé un résidu qui, après dessèchement dans l’étuve de Gay-Lussac, pesait 0*493, ce qui donne 4930 par litre. Les chiffres
donnés par l'école de Mines paraissent donc être un peu faibles.
Ces deux analyses, celle de 1872 et celle de 1856, sont du reste critiquées par le Dr Labat. Labat fait remarquer, par exemple, que le chiffre de 48 centigramimes, donné pour la silice par Boulay, est évidemment erroné. Il y a là une erreur matérielle : c'est 48 milligrammes qu'il faut lire. Labat voudrait aussi que, dans le groupement hypothétique de Boulay, une partie du chlore du chlorure de magnésium fût considéré comme combiné au sodium et une partie de l’acide sulfurique du sulfate de soude mis
en combinaison avec la magnésie.
Quoi qu'il en soit de cette théorie, le sulfate de soude reste en quantité assez considérable pour être la caractéristique des eaux de Miers. Froides, au point de vue de leur thermalité, moyennes ‘au point de vue de leur minéralisation, elles doivent, au point de vue chimique, être rangées et sont en effet rangées, en général,
parmi les eaux sulfatées sodiques.
Il est intéressant de se demander d'où provient ce sulfate de soude, 11 ne semble pas que l'on puisse invoquer ici, comme l’a pourtant fait Labat, une double décomposition qui aurait lieu sur place, dans le terrain schisteux, entre carbonates et sulfates. Les carbonates sont en trop petite quantité. Peut-être faut-il croire que l'eau de Miers, selon la théorie d’Anglada, contient d’abord des sulfures et qu’elle devient sulfatée par oxydation, par dégénérescence de ces sulfures. Quant à la soude, elle existe dans une foule de roches des terrains granitiques et en particulier dans le feldspath, l’un des éléments les plus abondants du granit. — Elle y existe à l'état de silicates. L'eau en vapeur, les gaz souterrains chauffés par le feu central, par les oxydations du voisinage, par leur propre mouvement désagrègent et décomposent ces silicates, mettent la silice en liberté et soluble et produisent des sels de soude parmi lesquels dans le cas actuel, les sulfures domineraient.
L'origine de l'eau de Miers serait donc ainsi dans le massif granitique qui se trouve à l'Est du département assez loin sans doute, puisque son travail de minéralisation demande une chaleur considérable et qu’elle arrive froide à son point d’affleurement.
Les eaux sulfatées sodiques, à prédominance nettement et fortement accusée, sont très rares en France. À peine peut-on citer Préchat, Evaux et quelques autres sources plus obscures. Valguéras-Montmirail, dont on parle quelquefois, est magnésienne autant que sodique; Brides-en-Savoie est plutôt sulfatée calcique.
Elles sont fréquentes en Bohême et, si l’on compare cette eau inconnue à ces eaux célèbres, ce n'est pas sans étonnement que l'on voit Miers prendre place dans la classification à côté de
Carlsbad, de Franzensbad, et de Marienbad.
Voici, en effet, l'anaylse de Franzensbad, telle que la donne Ber zelius :
SLCAAU SE 0 SCENE 38 18 Chiorure,de SOUIUM . er. à 4 I, 20 Carbonate de soude. .,.,,.... 0, 67 » TER res 0,004 » HO CHARS N 2 7 107200 » de'Maghesie tin. : 0,090 » TRIO AE RATES à 0,030 » de manganèse .... 0,005 Phosphates terreux . .... BÉLI0,004 Silcei Si nbaa I ÉMLNTE. - 0,060 Acide carbonique rie. A 1°°276
La température des eaux de Franzensbad est de 10 à 126. Le total de la minéralisation par litre est de 58480. Marienbad est un peu plus minéralisée. Le ÆXrunsbrunnen contient par litre 08"-:197, dont 48-95 de sulfate de soude : le Ferdinandsbrunnen 108.306 dont 58": 95 de sulfate de soude. Ces sources sont également froides.
La composition chimique de Carlsbad se rapproche davantage de celle de Miers, — minéralisation, 58-4307; sulfate de soude 28-3719; — mais les eaux de Carlsbad reçoivent de leur thermalité très élevée une physionomie toute particulière.
De cette analogie de composition on peut déjà conclure, sans vouloir établir une identité qui ne saurait exister, que les propriétés physiologiques et les indications thérapeutiques de l’eau de Miers doivent se rapprocher sensiblement de celles des eaux de Bohême. Et si l’on songe à la vogue universelle dont jouissent Marienbad, Franzensbad, Carlsbad, « le roi des eaux », on reconnaîtra que l’eau de Miers, suivant une parole répétée souvent, méritait peutêtre mieux, en effet, que l'oubli où elle est restée.