‹ Miers et son eau minéraleChapitre 9 sur 25 · ACTION PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ACTION PHYSIOLOGIQUE

Prise en boisson, le matin, à jeun, en petite quantité, c’est-àdire à la dose de 200 à 300 grammes, l’eau de Miers possède une action marquée sur les phénomènes de la digestion. Elle active les sécrétions gastriques, biliaires et intestinales, stimule les contractions du tube digestif et accroît légèrement l’excrétion urinaire.

S1 l’usage en est continué pendant quelques jours, l'appétit augmente notablement; la digestion devient plus facile, les selles sont plus régulières, la quantité d’urine émise plus considérable. En un mot, tous les phénomènes de la digestion paraissent s’accomplir dans des conditions meilleures.

Si l'eauest prise en plus grande quantité, 4, 6, 8 ou même 10 verres et plus, à intervalle d’un quart d'heure, il se produit très vite un effet laxatif où même purgatif qu'accompagne un effet diurétique. Les selles sont d’abord faciles, puis molles, puis liquides, bilieuses, noirâtres, répandant une odeur sulfurée. Elles arrivent très vite après l'absorption de l'eau. On observe dans le temps qui les précède quelques gargouillements, peu ou point de coliques.

L'action divrétique est constante : l’urine est incolore, elle reste en général acide, mais parfois cette acidité diminue (Exp. IV). Dans certains cas la diurèse est, en partie, remplacée par une diaphorèse abondante, Il s'établit également un balancement entre la quantité d'urine émise et l'intensité des effets purgatifs.

ou

On peut même, par le mode d'administration, faire prédominer, à volonté, l'effet diurétique, l'effet purgatif ou même l'effet diaphorétique. De fortes doses prises dans un temps très court seront surtout purgatives : des doses moindres et très largement espacées seront diurétiques ; enfin des sueurs abondantes apparaitront, si, après avoir bu, on prend le soin de se livrer à un exercice un peu violent.

Cette médication purgative peut être continuée pendant plusieurs jours et même plusieurs semaines. Elle constitue la cure habituelle à la station de Miers. La durée en est ordinairement de 10 jours, par suite d’une coutume espagnole transportée dans le midi de la France. Cela ne suffit pas : certains malades ont besoin de 2, 3 et même plusieurs semaines.

Pendant les premiers jours, il arrive parfois que l’eau n’est pas très bien supportée : la tête est lourde, le ventre ballonné; il y a des nausées et même quelques vomissements ; les effets ordinaires de l'eau ne se produisent pas. Mais dans ces cas, qui sont assez rares, du reste, ces symptômes d’intolérance s’amendent très vite et disparaissent complètement. Ils reviennent quelquefois ou même se présentent d'emblée, dans le courant de la cure, constituant ainsi des crises analogues à celles qu’on a observées à Carlsbad. Ces crises se terminent par des sueurs abondantes et des selles copieuses (Obs. VI).

Il arrive aussi que la voix se voile un peu, les premiers jours, chez les personnes qui ont le larynx délicat. La température de l'eau est, en effet, assez basse, 15°. On y remédie en faisant légèrement chauffer l’eau ou en l’exposant quelques instants au soleil avant de la boire. Cet usage tendrait à se généraliser parmi les buveurs; mais il vaut mieux, lorsqu'on le peut sans inconvénient, prendre l’eau au moment où elle sort du robinet. En effet, la fraicheur qu’elle possède à ce moment, l'acide carbonique que, chauf-

fée ou mise à l'air, elle perdra en partie, constituent deux condi- 5 C

0e tions excellentes pour la faire accepter plus facilement. Et ce n'est pas là un petit avantage, si l'on songe à la quantité considérable d'eau minérale que l'on doit parfois absorber, et que le buveur tend lui-même à exagérer.

Dès les premiers jours de la cure, il se manifeste des phénomènes importants : les selles sont nombreuses, faciles, régulières ; les urines augmentées, et, tandis que l'appétit devient considérable, le poids du corps diminue, le volume du ventre s'affaisse. En un mot, les phénomènes intimes de la nutrition paraissent être perfectionnés et précipités.

En même temps il semble se produire un peu de congestion vers les organes du petit bassin. Il y a parfois une sensation de cuisson à l’anus et quelques épreintes; le flux est rappelé chez les hémorrhoïdaires; chez les femmes, les règles avancent de quelques jours. Cette propriété emménagogue des eaux de Miers est, du reste, Signalée par Fabry : « leur vertu incisive provoque les mois ».

À la suite de la cure on n’observe pas en général les phénomènes de constipation qui succèdent habituellement à l’administration des purgatifs et les garde-robes restent très faciles pendant un certain temps.

Les eaux de Miers ne paraissent nullement toxiques, même prises à des doses véritablement déraisonnables. On cite bien, à vrai dire, quelques cas de mort observés chez des buveurs qui, à la suite de paris ridicules, s'étaient livrés à des libations excessives. Mais ces accidents, survenus très brusquement, doivent être mis sur le compte d’une simple coïncidence ou d’une indigestion pure. Cela concorde du reste très bien avec ce fait que le sodium est parfaitement toléré par l’organisme, même en quantité considérable. Jolyet a pu en effet injecter dans les veines d’un chien, 12 grammes de sulfate de soude, sans provoquer d'accidents.

Ces renseignements, sur l'action physiologique de l’eau de Miers, je les tiens des «médecins de la région ou bien je les ai recueillis de la bouche des buveurs. J'ai voulu les contrôler en expérimentant sur moi-même, pendant le séjour trop court que J'ai pu faire aux eaux de Miers, à la recherche de documents pour cette thèse.

Cette expérience, qui n’a duré que trois jours, n’a pas pu être menée avec toute la rigueur que j'aurais voulu. J'ai cependant tâché de me mettre, pendant ces trois jours, dans des conditions analogues d'exercice et d'alimentation. Toutes mes observations ont porté, du reste, sur des phénomènes d’ordre grossier. L'action de l’eau sur le système nerveux, la respiration, la circulation, la température m'a paru trop délicate ou trop imperceptible pour pouvoir être analysée sur moi, dans les circonstances où je me trouvais.

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