‹ Miettes de bonheurChapitre 6 sur 17 · NOUVEL AMOUR · texte numérisé non relu

NOUVEL AMOUR

Chicago, septembre 1934 Rita à Thérèse,

Cette lettre te surprendra probablement beaucoup, j'ai longtemps hésité avant de te l'écrire.

he courage de tout dire ...

Même si vous n'avez eu aucune nouvelle de nous depuis quelques années, tu demeures la seule amie à qui je puis avoir le courage de tout dire, et qui aura, j'en suis certaine, assez de sympathie pour me comprendre et me répondre.

Je voudrais te présenter tous les faits sans passion, tu les jugeras.

Lors de certains voyages ici, tu te rappelles probablement les réticences d'Henri à sortir avec nous.

Tu n'as peut-être pas oublié ses prétextes habiles ; lectures importantes, se confinant à

quelques revues et journaux insignifiants qui l'endormaient.

Tu te rappelles peut-être mon entêtement à soutenir que la part de bonheur ne doit pas être moindre pour les femmes que pour les hommes.

Je résistai pendant quinze ans ...

Pendant quinze ans, je laissai tout faire. j€ dus sortir seule combien souvent ?

Je reçus combien de propositions engageantes, je refusai toujours et complètement.

Henri s'en rendit compte, aussi sa confiance devint absolue.

Une lionne servante ...

Je ne négligeai rien pour que la maison n'ait pas à en souffrir. Je fus à peu près considérée comme une bonne servante, avec en plus une corvée de reproches et de critiques très injustes.

L'esprit d'économie d'Henri devint peu à peu de l'avarice. Je n'avais jamais besoin d'aucune toilette : quatre ans avec le même chapeau, si.x ans avec le même manteau. Je laissai encore faire.

Amour — Nouvel Amour

Monsieur Jean ...

Nous fîmes alors connaissance d'un certain Monsieur Jean que tu rencontras ici et dont tu me dis beaucoup de bien. Pendant quelques années les visites se succédèrent sans rien d'anormal, alors qu'un ami qui voulait obtenir de l'argent d'Henri crut lui rendre service en lui déclarant que je sortais souvent seule avec ce Monsieur Jean, ce qui était faux.

Mon mari nia d'abord. L'ami, qui en voulait à son argent, inventa de toutes pièces, une histoire de rendez-vous.

Sans aucune preuve, bien à tort, Henri crut que je le trompais.

Il me fit une scène terrible devant nos enfants, je fus traitée comme la dernière des femmes.

Je tombai malade, mon mari se refusa à me faire soigner. J'étais au lit, demeurant seule dans la maison, (Henri, sur le point de partir pour son travail), lorsqu'une voisine amie, vint s'enquérir de mon état.

En entrant, cette voisine entendit Henri murmurer, sous prétexte qu'il devait faire renouveler une ancienne prescription : « Si encore, j'étais certain que tu meures, mais tu peux traîner Jongtemps et je t'aurai toujours sur les bras ».

Certaine de mourir ...

Cette voisine me trouva plus morte que vive. Orpheline, n'ayant ni frère, ni sœur, j'étais seule, rejetée injustement par un mari dont je détestais davance la dureté. Depuis quelques semaines, il nous refusait souvent le nécessaire, même la nourriture, à mes enfants comme à moi-même.

Certaine de mourir, je racontai tout à cette voisine ; j'étais profondément découragée, je n'espérais qu'en la délivrance de la mort.

Elle chercha à m'encourager, me représentant la nécessité de vivre, de me rétablir pour mes enfants, l'inutilité d'aggraver mon mal à désespérer.

Redoutant d'apprendre la misère que je venais de lui raconter, elle avait pris l'initiative d'informer discrètement Monsieur Jean de ma maladie et de mon état. Il lui avait immédiatement donné toute liberté d'appeler, à ses frais un médecin et de retenir les services d'une gardemalade, en autant qu'Henri ne s'y objectait pas.

Au retour de sa classe, l'aînée de mes fillettes, en l'absence de son père, téléphona à un médecin.

A Vhôpital ...

Celui ordonna mon transport immédiat à

Amour — Nouvel Amour

l'hôpital. Henri, à son retour s'y refusa obstinément. Dans la soirée, il s'absenta sous un prétexte quelconque, avant même l'arrivée de ma garde.

Voulant vivre pour mes enfants, malgré mon état désespéré, je me transportai à l'hôpital sans même le secours d'aucune ambulance.

A mon arrivée, je fus quelques heures privée de connaissance. Lorsque je revins à moi, ma voisine, qui m'avait accompagnée, était encore à mes côtés ; je lui demandai de prévenir Monsieur Jean.

Croyant toujours qu'Henri était dans la gêne, il m'arriva le soir même, tout surpris de ne pas rencontrer mon mari.

Je crus l'heure venue de tout lui déclarer, pour lui confier même mes enfants, dans ma naïveté, si je ne devais pas me rétablir. Je lui expliquai que j'avais quelque chose à lui confier pour mes enfants, s'il pouvait demeurer quelques instants seul, l'assurant qu'Henri lui-même m'avait invitée à le faire.

Je lui racontai alors tout, tu peux t'imaginer avec quel décousu. Il ne fit aucun commentaire. M'ayant écouté, sans même prendre un siège, il m'encouragea en m'assurant que ma bonne voisine viendrait me visiter, s'intéresserait aux enfants, le tiendrait au courant. Il ne fallait rien précipiter,

encore moins désespérer. Le temps arrangerait probablement tout. Il ne nous abandonnerait certainement pas dans des circonstances aussi difficiles.

Mon mari ne vint pas ...

Je revins bien lentement. Mon mari ne voulut pas se rendre à l'hôpital, prétendant n'avoir rien à payer de ces frais de maladie.

Je voulus avoir au moins une partie de mes effets personnels. Ce fut impossible, tout était déjà donné à une parente soupçonnée d'une amitié intéressée avec Henri.

Henri avait déjà pris des procédures contre moi. Je dus encore laisser faire, sans le sou pour me défendre.

Chassée sans le sou ...

Quoiqu'encore malade, je résolus un soir, sur le conseil de Monsieur Jean, de retourner chez moi pour tenter de dire à mon mari, bien tranquillement son erreur. Il me chassa sans arj^ent, sans savoir même où je pourrais me réfugier. Le lendemain, il plaçait nos enfants, dans un orphelinat, où je ne pouvais les visiter que très

Amour — Nouvel Amour

rarement.

De retour à l'hôpital, je fis demander Monsieur Jean.

II avait des nouvelles chaque jour par ma bonne voisine. Il ne vint à l'hôpital que plusieurs jours après ma tentative de reconciliation. Il refusa de demeurer seul un instant dans ma chambre. Il fit payer la note par ma voisine. Elle me transporta à un appartement qu'elle avait loué sous un nom d'emprunt, et dont elle avait acquitté le loyer.

Monsieur Jean vint m'y voir le lendemain, en compagnie de ma voisine, me dit de tout lui déclarer devant elle, ce que je désirais qu'il sût. Il m'assura de nouveau qu'il ne pouvait m'abandonner ainsi, que Henri reconnaîtrait bientôt son erreur, qu'il devait être bien mal conseillé.

Ma reconnaissance ...

Je ne savais plus comment le remercier ; il remplaçait, et combien aimablement, toute ma famille, sauf mes enfants. Il leur procurait des douceurs par mon entremise, même une partie du nécessaire, alors que leur père s'absentait en voyage de plaisir, sans laisser un sou pour leur entretien.

Comme j'étais libre, à mon appartement, je demandai à Monsieur Jean de continuer à me visiter, avec ma voisine. Je revins assez vite complètement à la santé.

Je voulais témoigner toute ma reconnaissance à mon insigne bienfaiteur, avec d'autant plus d'empressement qu'il m'avait conservée à mes enfants, et qu'il était mon seul protecteur dans le monde. Grâce à ses relations, j'avais même pu me procurer quelque travail facile à la maison.

Ma voisine m'informa de son anniversaire. Je lui préparai un goûter chez moi, cherchant à deviner quelques-uns de ses goûts.

Je crus renaître à la vie ...

Je lui souhaitai bonne fête, lui dit tout le bien que je lui devais. La chère voisine, toujours de la partie, qui ne m'en avait soufflé mot, fut mandée en toute hâte. Jean fit l'impossible pour la reconduire, une voiture l'attendait, elle partit ... i! demeura, je pus le garder ...

Je crus renaître à la vie, comme jamais je ne l'avais espéré. Je ne me reconnaissais plus. Tout chantait en moi.

Jean prit l'habitude de dîner avec moi. Je fus traitée avec une délicatesse et une attention que

Amour — Nouvel Amour

j'avais toujours rêvée, mais que je n'avais jamais connues.

Jean me conseilla d'organiser certaines distractions ; je dus inviter quelques connaissances qui ne se formaliseraient pas de notre situation. Elles furent enchantées, revinrent avec des amis, plus ou moins distingués. Jean supporta tout pour moi, il en souffrit évidemment beaucoup.

Scènes qui bouleversent ...

Jean distança peu à peu ses visites, me laissa assez souvent seule avec certains nouveaux amis peu délicats. Je dus leur imposer le respect de ma maison, ils se croyaient tout permis.

Ces scènes me bouleversaient, j'en fis part à Jean. Il sourit tristement. Je n'aurais pas voulu lui faire de la peine pour tout au monde, il chercha longuement à me consoler.

« Si je souffre à cause de vous, me dit-il un jour, ce n'est nullement votre faute, ma chère Rita. Vous avez voulu vous réchauffer à la chaleur de l'amour ...

« Vos membres transis, presque privés de vie ont trouvé tout un renouveau, à sentir cette chaleur les pénétrer. Vous disiez souvent : je me sens revivre. Et vous aviez raison, l'amour, c'est la vie ...

La chaleur qui réchauffe et qui hrûle ...

« La chaleur qui réchauffe, qui réconforte, est la même chaleur qui brûle et qui consume.

« La vie est remplie de ces mesures, de ces limites où la mort, la vie, l'espérance, le désespoir, la gloire, le déshonneur se côtoient.

« Ces amis, friands d'aventures nouvelles, jouent avec le feu des amours faciles. Pour chercher les amours au caprice du hasard, ils ne connaissent jamais l'amour profond, respectueux, digne, à base de sacrifice, d'estime. Et leurs amours qui brûlent vous font souffrir, avant même de les partager.

« Si je suis si triste, c'est que je songe non seulement à ce que l'on est autour de vous, mais surtout ... à ce que vous pourriez devenir ... »

Je ne pus me retenir de sursauter, et je m'écriai en sanglots : Vous ! me mépriser à ce point, et sans aucune raison, c'est trop fort, j'en' mourrai ...

Jean reprit combien doucement :

« Ne vous fatiguez pas inutilement, ma bien chère. Si vous saviez comme je ne vous méprise' pas, et comme je souhaite que personne n'ose jamais vous mépriser ... »

Je repris : Vous avez entendu des racontars, et c'est ce qui vous attriste.

Amour — Nouvel Amoui*

Quelques heures tragiques :

« Je n'ai rien entendu de ce que vous pensez, continua Jean, j'ai vu, j'ai assisté ... non pas vous, une autre ...

« J'ai vécu, la semaine dernière, quelques heures tragiques.

« Je transportai d'urgence chez une connaissance, une jeune dame de votre âge, que l'on venait de ranimer après une suffocation par le gaz. Avant l'arrivée du médecin, elle se reprit à jéclamer de nouveau la mort ...

« Comme je tentais de l'encourager, elle sortit de son corsage, une lettre tachée de sang, signée probablement de son amant ...

Le ga:^ ouvert ...

« Autrefois riche, devenu pauvre, il avait du l'abandonner à son grand regret. Après combien de misères, de déceptions, elle avait perdu la tête ... ouvert le gaz ...

« Et j'ai pensé aux responsabilités de l'amant qui ne l'avait peut-être pas attirée, mais recueillie, puis choyée, amoureusement gâtée, comme elle le méritait probablement ...

« La fortune croulant, les fenêtres s'ouvrirent

Miî]TTES DE Bonheur

forcément, l'amour ne put résister, il dut fuir, même s'il laissait des souvenirs impérissables.

« Elle aussi, paraissait digne par nature, exclusive, respectueuse. Orpheline, me raconta-telle, cherchant plutôt une situation qu'un mari, elle avait épousé une de ces brutes parée de dehors captivants, physique attirant, cœur de bronze, manières que l'intérêt rend empressées, tête sans réflexion.

« Une fillette, seul souvenir agréable de leur union, leur avait été ravie dès l'âge de six ans.

« Sa liaison à un médecin de renom lui avait paru tout autre chose qu'une aventure. Quelques années de contact, de causeries fréquentes avaient déjà réuni leurs âmes, leurs sentiments, combien de leurs idées, de leurs goûts. Un peu comme nous, ils trouvèrent peu d'amis, prêts à accepter et leur situation particulière, et le respect, la dignité qu'ils entendaient y conserver.

Les aventuriers de l'amour ...

« La plupart de ces amis voulurent s'autoriser de leur hospitalité accueillante pour organiser des rendez-vous.

« Ils eurent, comme nous, l'alternative ou de

Amour — Xouvel Amour

renier tout un passé cle savoir-vivre respectueux des sentiments et des distances, ou de descendre à des manières de tripots, à des conversations de bas-fonds, et dans les deux cas, à se préparer de nouveaux ennemis.

« Ils demeurèrent, ma chère Rita, à peu près seuls, avec leur grand amour ... Pour cet amour, ce médecin abandonna peu à peu sa famille, ses relations sociales, beaucoup de sa meilleure clientèle. Et sa seule amie ne parut vivre que pour lui, l'attendant, quand elle ne pouvait l'accueillir.

« Seuls la mort ou une ruine subite pouvaient maintenant rompre une telle vie, vouée à un tel amour.

« Cette ruine vint soudainement, en dépit d'efforts surhumains pour la prévenir, l'enrayer. Elle détruisit tout, jusqu'à leur possibilité de se rencontrer, de causer, de se réconforter aux souvenirs anciens.

« Sans famille, sans relations assez sympathiques pour l'aider, sans l'avilir, la malheureuse fut réduite à réclamer assistance des faux amis d'hier, éconduits de son nid d'amour.

« Tous lui reprochèrent son apparente pruderie. Ce fameux docteur n'était pas seul au monde. Elle n'était malheureuse que par sa faute.

Dec/ oui ... martyre ...

« Traînée, malgré elle, dans les rendez-vous, dans les boîtes de nuit, mêlée à !a foule des noceurs, elle en sortait chaque fois avec dégoût.

« Elle parut avoir souffert dans sa chair délicate et dans son cœur aimant, sincère, un véritable martyre ...

« L'arrivée du médecin, lui rappelant des souvenirs trop douloureux, provoqua chez elle une crise de larmes ...

« Je termine bientôt, je n'ai rien ajouté à la tristesse de ces heures tragiques, vous semblez déjà moins me reprocher la tristesse de mon sourire ...

« Une fillette d'une dizaine d'années, témoin attristée de cette, crise, est amenée auprès de la malade, par son médecin. Elles demeurent seules.

« Et, à ma grande surprise, je vois peu à peu se calmer cette grande douleur exaspérée, atroce.

TJ amour de V enfant ...

« Je dois comprendre forcément, que de tous les amours, l'amour maternel demeure le plus fort, le plus constant, le plus reposant, pour que son

Amour — Nouvel Auioiu'

souvenir seul, puisse devenir un baume aussi apaisant.

« Et j'ai pensé, ma bien chère Rita, à vos chers enfants, dont vous vous étiez éloignée, pas complètement, mais encore trop, pour moi.

« Et j'ai pensé comme c'était bien peu vous aimer, de vous garder ainsi, loin de cette réserve unique d'amour sain, naturel, profond, reposant, la meilleure part de votre vie : vos enfants.

« Avais-je tort, ma chère Rita, de sourire tristement aux scènes que vous me racontiez ?

« Le blâme que nous jetterions ensemble sur ces aventuriers de l'amour ne guérirait rien.

« Comme l'autre, vous ne pouvez faire mieux que de les éloigner, de refuser de descendre à leur niveau.

« Comme l'autre, vous demeureriez digne, respectueuse, exclusive.

« Comme pour les autres, la mort ou la ruine peuvent briser des liens qui peuvent nous paraître éternels.

« Devrais-je attendre que désespérée, un peu comme autrefois, vous soyez forcée de dépendre de la générosité de gens que vous préférez même ne pas côtoyer aujourd'hui. Ces gens seuls ignorent combien les bons docteurs sont rares.

« Devrais-je attendre que désorientée, vous

soyez forcée de traîner dans l'aventure, un corps, des sentiments, que vous avez justement entourés de la délicatesse la plus farouche ?

« Devrais-je attendre que, le malheur aidant, un dernier dégoût vous conduise à un dernier geste, peut-être fatal ?

Aimer de Ja bonne manière ...

« Et n'est-ce pas mieux vous aimer, vous aimer de la seule bonne manière, que de vouloir vous conserver même un peu malgré vous, toutes les miettes de ce bonheur que vous pouvez retrouver intact, auprès des chérubins qui ont besoin de votre tendresse, de votre grand amour ?

« J'ai simplement pensé que si l'amant de l'autre, eût pu prévoir de telles angoisses, une telle déchéance, une telle misère, il eût fait tous les sacrifices pour les éviter, fût-ce celui de son amour ... de leur grand et incomparable amour.

« L'amour vaut d'être conquis, jamais, quoi qu'il arrive, je n'oublierai celui que vous m'avez accordé,

« L'amour augmente comme la flamme. 11 est de sa nature, conquérant. Il nous a tout pris.

« Vous me direz, y renoncer, ce n'est plus aimer ?

Amour — Nouvel Amour

« Ma chère Rita, y renoncer même, le perdre, en apparence, pour votre bonheur, c'est vous aimer davantage.

« Ne croyez-vous pas, ma bien chère Rita que si vous eussiez refusé tout sacrifice pour me plaire, je vous aurais aimée aussi profondément ?

Les sacrifices du véritable amour ...

« L'amour demande à consumer comme le feu..

« Devant notre dégoût légitime, provoqué par ces aventuriers de l'amour, je songe bien tristement que pour vous aimer, comme vous le méritez, je devrai, sans jamais cesser de vous protéger, vous et vos chers enfants, je devrai me sacrifier totalement, et vous laisser totalement à vos enfants.

« La nature est plus forte que nous, ma chère Rita.

« C'est vouloir sincèrement votre bonheur, que de devancer de quelques heures, sa victoire inévitable.

« Vos chers enfants ont d'ailleurs tant besoin de toute votre tendresse. Plus vous avancerez dans la vie, plus vous constaterez que c'est encore chez eux que la nature a placé la part la plus

tenace, la plus profonde d'affection sincère, vraie. S'ils sont délaissés, leur cœur se referme peu à peu, cherche à s'épancher ailleurs. Prêts à se donner sans réticences, ils réclament qu'on s'occupe d'eux.

« C'est ainsi qu'en me sacrifiant, j'aurai conscience de vous avoir rendu la plus grande part d'amour, de bonheur que vous puissiez rencontrer: le respect, toute la tendresse de vos enfants ».

Tja crainte (hi retour ...

Et depuis, ma bonne Thérèse, je suis toute bouleversée, il s'est fait comme un terrible vide en moi.

Mon mari, convaincu de son erreur, cherche à me reprendre. Je le reçois même quelques fois chez moi avec mes enfants.

J'ai peur de mon mari. Je crains qu'il ne revienne à ses anciennes jalousies. Il pourrait me reprocher maintenant cette liaison qui me tient tant au cœur. Et pourtant je l'ai acceptée combien longtemps après qu'il m'eût abandonnée.

Après avoir si complètement méconnu ce qu'il vous écrivait si bien en 1915, aura-t-il le courage et la patience de revenir, de continuer un effort qui lui a déjà trop coûté ?

Amour — Nouvel Amour

Puis il me semble que je ne pourrai jamais oublier Jean, que je serai terriblement malheureuse de le savoir plus tard uni à une autre.

Mes enfants se rappellent encore les duretés de leur père et ne me conseillent pas de le reprendre, me le défendent même.

Pourrais-tu, ma chère Thérèse, m'éclairer dans ce labyrinthe ?

J'aime Jean, comme jamais je ne pourrai aimer personne. Seule sa présence me suffit. 11 n'est jamais de trop, même en pensant à mes, enfants, pour qui il s'est montré si bon.

Et cependant, Jean a probablement raison. Mieux vaut peut-être renoncer à ces liens combien étroits. La revanche de la nature peut devenir terrible.

Combien il paraissait m'aimer, quand il chercha à me consoler, à me rapprocher de mes enfants, loin de la grande vie, large, trop libre, sans frein à aucun plaisir.

En dehors du mariage, de son intimité continuelle, de ses restrictions, de sa dignité, du respect qu'il impose, des droits qu'il confère, l'amour peut-il trouver vrafment quelque sécurité?

J'attendrai tes conseils, ma chère Thérèse, avec quelle anxiété ?

Veux-tu que je sois assez franche pour ne

pas même promettre de t'écouter ?

Comme je désire cependant au moins quelques bons mots de ta grande expérience, toi qui inspiras l'amour à ton Georges et qui probablement a su le garder.

Bien malheureuse,

RlTA

3lmour

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