‹ MiettesChapitre 20 sur 32 · SG · texte numérisé non relu

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Et j'y cherche la couleur Qu'agitant son aile noire Vers vous porte la vapeur.

» Je ne vais plus à Paris. Je ne vois personne; je ne cause plus même avec mes vignerons. Je me sèvre sur tout. L'inextricable me confond. Le sort m'a jeté en dehors des affaires , et j'y reste. Je n'aime ni les comploteurs ni les servîtes; je voudrais d'honnêtes gens. Il y en a; où sont-ils? Je voudrais des hommes voués au bien, des sages pleins d'abnégation, de droiture, de ferveur, de zèle. Je voudrais l'impossible. La plaie ost profonde, et pourtant j'espère. Tantôt je me rejette en arrière, et je réfléchis profondément aux fautes commises ; tantôt je me précipite en esprit dans l'avenir, et je fais d'admirables rêves. Je me berce, et gronde, et me console, et j'attends. C'est un chaos où vos yeux auraient bien de la peine à lire !

Je renonce a la politique, Dont la police a corrompu le cours.

Je fuis les lions et les ours,

La barricade et la tactique.

Quoique vieux, chafouin, lymphatique ,

Fiévreux, nerveux, apoplectique,

Je ne songe qu'à mes amours.

Je renie une république

Qui n'est que masque et faux discours ,

Farce ultra-machiavélique

Qui nous joûra de méchants tours.

Du peuple je cherchais la gloire;

Je lui vantais la liberté.

En vers, en prose, en pamphlets, en histoire ,

Je lui disais la vérité; Il ne m'a point compris, point lu, point écouté.

L'imbécile a préféré croire

Aux charlatans qui l'ont fouetté ,

Aux sergents qui l'ont garrotté.

Qu'il rampe donc et qu'il travaille En sarraux de balles troués, Et qu'il courbe au joug des roués, Qui le mènent par la mitraille.

Loin de Paris, fétide et sot, Loin des câlins de haut et bas étage , Loin du mouchard et du cagot,

De la Bourse, infâme tripot , Je me retire en mon village , Où je vis d'oeufs et de laitage , Entre Voltaire et Dideiot.

Lettre de Guillemeau à M. Grille.

Niort, le 9 mars 1852.

« Mon cher confrère en philosophie, je vois avec chagrin que vos maux s'aggravent, vos fatigues vous minent; que vous poussez l'inappétence jusqu'à jeter un regard dédaigneux sur un poulet aux truffes , et qu'à grands cris vous appelez à votre aide le Falerne. Entre nous soit dit, je crois fort que le Falerne romain ne valait ni notre vin de Bourgogne, ni notre vieux vin de Bordeaux , et qu'il sentait furieusement la peau du bouc dans lequel on le renfermait :

La santé , certes , est un bien ; Chacun la veut, le malade l'espère.

Pour l'obtenir, voici ce qu'il faut faire : User de tout et n'abuser de rien.

» Je lirai vos œuvres avec grand plaisir ; j'ai remis votre bon à mon libraire de Niort, qui s'est chargé de faire retirer de chez votre imprimeur votre Vendée et vos Fables. D'après votre désir, je vous dirai franchement ce que je pense de vos productions :

C'est honorer le vrai talent Que d'oser critiquer les plus brillants ouvrages ; Et celui-là n'est pas digne de nos suffrages Qui craint la vérité, qui tremble en la voyant.

» Je crois comme vous, l'airde la campagne est on ne peut plus salutaire; surtout lorsque la santé est chancelante, et que notre corps manque d'oxygène.

Le sol sur notre esprit n'est pas sans influence; On aime à respirer un air pur et nouveau. Les aliments grossiers aussi sur l'existence Ont un pouvoir secret qui trouble le cerveau.

» Quand on est malade, il faut peu de remèdes, mais un bon régime, de la distraction et de l'exercice, sans fatigue.

Je crois que vous vous trouveriez bien d'une légère décoction de feuilles de citronnier, prises, en forme de thé, deux ou trois fois par jour, surtout le matin à jeun, et le soir en vous couchant.

» Faites des lectures agréables ; mais surtout évitez les discours académiques de réception, car qu'est-ce que ces sortes de discours? Vasinus asinumfricat. Qne dire particulièrement de ceux qui ont été prononcés le 5 février 1852, au sujet de l'introduction de l'illustre Montalembert, de l'auteur célèbre de la Vie d'Elisabeth de Hongrie et de l'expédition de Rome ?

» Voici en peu de mots l'analyse de ces rapsodies :

» Discours du grand sacristain :

Monsieur Guizot, monsieur Guizot, Vous n'êtes, certes, pas un sot!

n Réponse de M. Guizot au nom de l'Académie :

Mon cher monsieur Montalembert ,

Vous paraisse/, un homme expert.

» Tonnerre d'applaudissements s'échappant de l'obscur nuage académique, et de la grande majorité des nobles membres qui ont appelé dans leur sein cette lumière du saint-siège.

» Les bravos, les bravissimos, les bravississimos, ont continué jusqu'au moment où les hiboux , les chouettes , les chats-huants et tous les oiseaux de nuit, réveillés par ce tintamarre, ont pu en continuer les désaccords harmoniques.

Après le choléra, la peste et la colique ,

Il n'est rien de plus triste et de plus Saint-Hubert

Que le discours académique

Prononcé par Montalembert.

» Savez-vous bien, monsieur le poète, que vous avez fait naître dans le cœur de ma petite Noémi, qui nous a déjà donné des valses, des polkas de sa composition , le désir de mettre en musique votre romance du Jeune %ouave. Sa composition n'est pas une merveille, il s'en faut, maison y trouve de l'harmonie, des intentions musicales, des motifs bien raisonnes. Si cette

peiie paresseuse , âgée de treize ans , voulait étudier davantage , elle nous donnerait lieu d'espérer un jour un talent agréable et de société.

La musique est un art par le ciel inventé !

Suivant le docte Pythagore, Elle invite aux plaisirs, a la sagesse encore, Et mieux qu'un médecin procure la santé.

» Adieu, mon cher philosophe, rétablissezvous promptement , promenez-vous, respirez le grand air, faites d'aimables vers, et je remercierai le seul saint que je vénère, et avec lequel je me propose de me lier d'amitié lorsque j'irai de ce monde dans l'autre, si toutefois il y en a deux.

De tous les saints, celui que j'aime, Et je le dis très franchement, Ce n'est point, certes, Nicodème, Mais le très bon , l'excellent saint Clément.

» Car la clémence est ma vertu favorite, et je crois le temps très propice pour la pratiquer.

Enfin je termine en disant avec vous :

L'espoir est un point sur l'abîme ; La vie est un vol dans les airs.

» Madame de Boyrie, ma fille, a lu vos vers avec beaucoup de plaisir, et vous en remercie. a Tout à vous ,

» GU1LLEMEAU. »

« P. S. Je vais mettre vos violettes dans mon album. »

Niort, le 14 avril 1852.

« Mon cher philosophe, je vois avec un vif regret que votre santé jie se rétablit point promptement, et que vous y ajoutez le découragement. Un des meilleurs remèdes que je connaisse dans ce cas-là , c'est la dissipation , un exercice modéré , et de chauds vêtements. Contre le ptyalisme, j'ai souvent employé avec succès la limoii. 9

nade , mais surtout l'acide tartrique , ou sel de tartre : on en met la valeur d'une demi-cueillerée à café dans une pinte d'eau claire bien sucrée, et l'on s'en rince fréquemment la bouche; on peut même en prendre trois ou quatre demi-verres par jour en guise de limonade; à la campagne , j'en prends souvent l'été pour me rafraîchir, et je m'en trouve bien. C'est une limonade extemporanée, qui ne coûte ni beaucoup d'argent ni beaucoup de peine; on augmente , on diminue la quantité d'acide tartrique en raison du goût que l'on a pour les acides. Allons, mon cher et vieil ami, du courage, et vogue la galère !

Profitons d'un heureux destin !

Et, sans compter sur la fortune absente,

Jouissons de fheure présente :

Le jeune homme d'hier peut être vieux demain.

De même que ce n'est point l'âge

Qui fait toujours aigrir le vin ,

Un esprit morose et chagrin N'est pas toujours d'un vieillard le partage. Par les vents l'arbre en fleur est souvent emporté ;

C'est par un doux soleil que la pêche est mûrie ; Aussi la violence ôte au jeune la vie , Lorsque chez le vieillard c'est la maturité. Pour résister aux maux qui tourmentent la vie , A l'exil, aux besoins, à la vive douleur, A ces chagrins cuisants qui tombent sur le cœur. Il n'est rien de meilleur que la philosophie .

Vous faites bien, pour dissiper vos sombres pensées et aider madame Grille à supporter ses douleurs, de lire les œuvres de l'immortel Voltaire, de l'homme le plus étonnant, du génie le plus universel que la France ait jamais produit.

De l'infâme Néron on montre le tombeau,

Qui depuis deux mille ans a pourtant cessé d'être,

Et déjà l'on ignore où sont, où peuvent être

Ceux de Voltaire et de Rousseau.

Il est des vérités que l'on a peine a croire !

On opprime tous les talents; L'hôtel de la Monnaie est, pour beaucoup de gens

L'unique temple de la gloire.

» Je n'ai point encore reçu vos nouveaux ou-

vrages ; cependant le commissionnaire de madame Rouzot, libraire à Niort, lui a déjà adressé deux envois depuis qu'on lui a fait passer votre bon, et il n'a rien envoyé. En conséquence, je vous fais passer l'adresse du commissionnaire de madame Rouzot, et je vous prie de charger votre éditeur d'envoyer audit lieu les livres que vous me destinez.

» Je vous le répète, je suis fâché que vous ne vous soyez pas fait lithographier, afin de placer votre aimable effigie à la tête du premier volume de la Vendée ou de vos Fables ; au moins vos amis qui ne vous connaissent pas vous verraient. Je vous demanderais même un exemplaire à part pour le faire encadrer et vous avoir toujours sous les yeux.

L'amitié diffère des fleurs, Qui nous plaisent d'autant qu'elles sont plus récentes,

Plus fraîches et plus odorantes.

L'amitié la plus vieille est la plus douce aux cœurs. De ce brillant soleil qui réchauffe le monde, Il vaudrait mieux nous ùter la moitié

Que si Ton nous privait de la chaleur féconde De la douce et sainte amitié.

» Vous vous affligez de voir comme nos libertés s'écroulent successivement, notre esprit français se perd, notre courage s'éteint, enfin comme le vil intérêt dégrade le cœur de la plupart des hommes ; que voulez-vous ?

Si sur ces beaux messieurs je promène un regard ,

Je m'aperçois aisément et sans peine Que, semblables au chien dont parle La Fontaine, Du dîner de leur maître ils ont tous pris leur part.

Qu'ils meurent dans la servitude Ceux qui ne savent point souffrir la pauvreté , Et qui honteusement donnent leur liberté

Pour un peu de béatitude !

Heureux qui dans l'obscurité

Jouit d'une modeste aisance,

Et qui toujours avec prudence

Se plaît où le sort l'a jeté.

Je vois, en consultant l'histoire,

Et tous ses nombreux documents,

Qu'en France c'est le provisoire

Qui dure encor le plus long-temps

De riiomme de talent la fortune se joue, Et le cache souvent aux regards curieux; Mais un beau diamant enfoui dans la boue N'en est pas moins et rare et précieux. On dit : Tel qui remplit un emploi d'importance A ce ton trop léger devrait bien renoncer. Mais ne sait-on donc pas que le maître de danse N'est pas toujours celui qui sait le mieux danser?

» Enfin , mon cher ami , je finirai ce débord helmintoïde ou versiculaire en vous disant :

Le cœur est un jardin placé dans un vallon Où l'on voit naître bien des choses :

Les ennemis y sèment le chardon , Et les amis y cultivent des roses.

«Que n'êtes- vous, dans ce moment, dans mon fort Foucault ! j'aurais le plaisir de vous couronner, ainsi que l'aimait à L'être notre vieil ami feu Anacréon, des roses les plus fraîches et les plus odorantes, avec accompagnement de plusieurs rossignols, qui, selon leur louable habitude de chaque année, sont venus nous demander

l'hospitalité durant la belle saison, le sept du courant.

» Tout à vous et à ceux que vous aimez.

» GUILLEMEAIJ. »

» Ma campagne de la Gravette est à trois lieues et demie de Niort, par des chemins détestables, quoique dans un site ravissant : il en résulte que, n'y allant que rarement , il y a huit à dix ans je me déterminai à faire construire, à un petit kilomètre de Niort, dans une position très pittoresque , une petite maisonnette, à laquelle on a donné le nom de la Jeune Noémi, en commémoration de notre petite musicienne. En conséquence, il y a plusieurs années, je crus pouvoir me permettre les couplets suivants, qui furent chantés en présence de quelques amis et amies qui étaient venus visiter mon ermitage :

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