‹ MiettesChapitre 22 sur 32 · ATHALIE · texte numérisé non relu

ATHALIE

J'ai plusieurs fois parlé de mon Athalie et de ses vicissitudes : c'est une des grandes affaires de ma vie. Le monde s'en moque , mais je prends, moi, la chose très au sérieux. Si cette pièce eût été jouée, comme elle devait l'être, je serais ancré à l'Opéra , et j'y aurais eu des joies qui se sont, au contraire , changées en dégoûts et en opprobre.

Il y a dans la vie des fatalités inexplicables î Je fis mon opéra en trois jours ; je le portai à Spontini, qui l'accueillitavec transport, et, sur ce qu'il en dit aux Menus-Plaisirs, je reçus la lettre suivante:

Lettre de M. Papillon de La Ferté à F. Grille, Paris, le 22 novembre 1822.

« J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m' adresser le 20 de ce mois, et par laquelle vous m'informez que vous avez traité le sujet d'Athalie pour l'Académie royale de musique.

» Les détails que renferme votre lettre, joints à ceux que vous avez communiqués de vive voix, et dontil m'a été rendu compte, ne me permettent pas de douter que vous n'ayez tiré tout le parti possible de ce beau sujet, si propre par lui-même au genre du grand Opéra.

» L'opinion de M. Spontini parait avoir été conforme à la mienne, et la réunion de son beau talent au vôtre semble promettre un résultat des plus heureux pour l'administration et pour le public.

» Je ne puis donc que vous engager, Mon-

sieur, à hâter le plus possible la remise à l'Intendance de votre manuscrit, que je ferai promptement passer sous les yeux du jury littéraire de l'Académie royale.

» Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.

» L'intendant des théâtres royaux ,

» Baron de laFerté. »

Je portai ma tragédie lyrique au comité de lecture et j'en déroulai les trois actes; ce fut l'affaire d'une heure à peine.

Quels étaient mes juges? Habeneck, Dubois, Lahaye, Grandsire, puisRaynouard, Brifîault, Picard, Droz, Lesucur, Catel, Méhul, Berton et quelques autres. Nugent était le lecteur en titre; mais il s'arrêta au premier acte, et je lui pris des mains le manuscrit pour lire moi-même les deux derniers actes. On m'écouta bien.

Je sortis content de la séance.

Le soir je reçus le billet suivant du secrétaire général de l'intendance des théâtres royaux :

Paris, le 18 décembre 1822,

« Je metsautantd'erapressementque j'éprouve de satisfaction à informer M. Grille que son ouvrage est reçu.

» Je le prie d'agréer mes félicitations et mes civilités les plus dévouées.

» d'Est. »

Rien de plus positif, rien de plus aimable : j'étais aux anges.

Le lendemain m'arriva l'autre billet que voici :

19 décembre 1822.

« J'ai l'honneur de saluer M. Grille, et c'est avec un grand plaisir que je lui annonce la réception de son ouvrage à l'Académie royale de musique ; seulement , d'après le second tour de

scrutin, quelques changements ont été jugés nécessaires.

» Je regrette beaucoup que l'heure avancée et le jour baissant m'aient empêché de lire les trois actes d' A thalie ^ ]G m'en faisais un vrai plaisir d'après le mérite de l'ouvrage et l'intérêt qu'il m'avait inspiré.

» Je prie M. Grille d'agréer l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

Page 1