BRUHL
J'aime les inconnus; je les mets en lumière; j'arrache des ténèbres un pauvre Allemand qui traduisait un livre utile, et je donne la lettre que d'Aboville écrivait à son profit au ministre chargé des encouragements littéraires.
Paris, le 26 juin 4811.
« Monseigneur,
» M. Bruhl , professeur de dessin de l'école impériale d'artillerie de Maycnce, vient dem'adresser, en qualité d'inspectcur'général d'artillerie qui ai visité les établissements de Mayence, la traduction en allemand sur les secours à apporter aux asphyxiés , avec prière de la faire parvenir ;i Votre Excellence si je jugeais qu'elle en valût ii. 4
la peine. N'étant pas à même d'apprécier cette traduction , mais devant la croire très exacte , M. Bruhl possédant très bien les deux langues , et, d'ailleurs, le certificat des professeurs de l'École spéciale de médecine attestant qu'elle est parfaitement conforme au texte français , j'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence cette traduction. L'éloge que je pourrais faire des talents et du mérite de M. Bruhl, comme professeur de dessin, serait étranger au sujet de ma lettre. Les intentions philanthropiques de M. Bruhl doivent être une recommandation suffisante près de Votre Excellence pour m'exempter de toutes réflexions.
» J'ai l'honneur , Monseigneur , d'être avec un profond respect de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur ,
» Le baron M. d' Aboville ,
» Général d'artillerie. »
Ce fut un coup d'épéedans l'eau. On n'acheta point ce livre ; on aurait pu y souscrire pour le
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répandre dans ceux de nos départements où l'on parlait les deux langues , le français et l'allemand. On ne le fit point; on oublia l'auteur. On ne pouvait tout faire, tout payer. On se préparait à la guerre de Russie ; tout l'argent passait en guêtres , manteaux , cuirasses , poudre , canon. La librairie souffrait, et les asphyxiés se sauvèrent comme ils purent dans un temps où l'on ne songeait qu'à casser bras et jambes , pour la gloire !