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BACLER D'ALBE

Je fondai l'Album, qui a tant eu d'imitateurs. J'y mettais des lithographies. Les plus habiles artistes travaillaient pour moi. La collection de ce journal et de ces dessins est rare et chère.

Ce fut pour l'Album que Prudhon fit sa vignette de la Famille du pauvre, dont les épreuves se sont vendues un et deux louis.

Bâcler d'Albe me fit une vue de Barcelone, que je joignis à un article sur la peste. L'artiste fut mécontent de l'exécution matérielle. Son modèle était charmant; il en trouvait les copies détestables.

Voyez ce qu'il en dit; jugez de la susceptibilité des peintres.

Lettre aux rédacteurs de Y Album.

Sèvres, le 29 novembre 1821.

« Monsieur, » Je suis très flatté de tout ce que vous avez bien voulu me dire d'honnête dans votre lettre. L'article de l'Album ne peut aussi qu'exciter ma reconnaissance ; mais je ne puis m'empêcher de me plaindre. . . , non pas de l'Album et de ses aimables auteurs, mais de l'imprimeur lithographe , qui a balafré , abîmé et presque détruit ce que je me plaisais à appeler un petit tour de force lithographique. J'avais mis, je vous l'avoue, un peu d'amour-propre dans mon fait. J'ai été puni. Je possède une épreuve d'essai de cette malheureuse petite pierre ; quoique assez mal imprimée, j'étais à peu près satisfait; j'espérais qu'au tirage je me retrouverais tout entier. Quelle a été ma surprise et celle de mes amis de voir une vignette informe, dont les arbres sont presque effacés, etc., etc.! 11 était trop tard, sans cela je

me serais opposé à sa publication, pour mon honneur et le bien de l'Album. Je tâcherai de réparer cela; mais je vous demande quartier pour le moment Je suis écrasé sous l'ouvrage ; vous le croirez en lisant le prospectus ci-joint. Je ne me proposais de publier cet ouvrage nouveau que le printemps prochain ; une circonstance imprévue me force à l'annoncer aussitôt, et à faire paraître le premier cahier dès le mois de janvier, et cela sans interrompre les livraisons de mes Souvenirs d'Espagne, dont heureusement je n'ai plus qu'une dizaine de planches à terminer pour remplir mes promesses à M Engelmann.

» Si je vous faisais une vignette dans ce moment, je ne pourrais la soigner, et elle ne servirait qu'à annoncer un ouvrage déjà usé pour ainsi dire et qui touche à sa fin. Au mois de janvier, il faudrait occuper le public une troisième fois de mes productions en annonçant les Promenades pittoresques , et le public n'aime pas qu'on lui parle trop souvent du môme homme : chacun son tour.

» Aussitôt que je publierai mou premier cahier, je m'occuperai d'une petite vignette analogue. Je serai flatté qu'elle puisse être l'objet d'un article de V Album, dans lequel on pourrait en même temps parler des deux volumes de Souvenirs piltoroscjues.

» Recevez , Monsieur, mes remerciments pour l'envoi que vous voulez bien me faire des numéros de V Album. Dans ma retraite de Sèvres , c'est une soirée de plaisir chaque fois que ma famille reçoit ce charmant ouvrage.

» J'ai l'honneur d'être , Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

» Le baron Bâcler d'Albe. »

« J'oubliais de vous dire que les Promenades pittoresques ne seront pas exposées à l'accident de la vignette de Barcelone. L'ouvrage, que je fais pour mon propre compte, sera imprimé chez moi , a Sèvres, par Engelmann, il est vrai, mais avec les moyens de perfectionnement que je me

— 10a — suis réservés. Cela est juste : voilà trois années d'études, de tâtonnements, d'essais, qui enfin m'ont conduit au but. »

Bâcler d'Albe était un travailleur infatigable. lia parcouru tout le midi de l'Europe, et reproduit dans ses œuvres tous les sites les plus pittoresques.

Emmené jeune en Italie par Bonaparte, il débuta par des cartes , pour lesquelles il eut à bon droit des encouragements du gouvernement.

11 écrivait, le 15 germinal an X , au ministre de l'intérieur :

Au Ministre de l'intérieur.

Paris , 25 germinal an X.

« Le citoyen Bâcler d'Albe , chef des ingénieurs-géographes du Dépôt général de la guerre, a été chargé en Italie , par le général en chef Bonaparte, de la construction d'une carte générale du théâtre de la guerre en Italie. Vingt et

une planches de cet ouvrage étaient gravées lors de la retraite de Milan , en l'an V; elles furent enlevées par les Autrichiens.

» Le citoyen Bâcler d'Albe, à force de travail, est venu à bout de continuer son ouvrage à Paris ; il ne lui reste plus à publier que la dernière livraison, composée de 10 feuilles.

» Il a eu le bonheur de découvrir que ses cuivres étaient à Vienne , entre les mains d'un marchand, qui lui a proposé de les lui revendre. Il vient de terminer son marché, et redevient possesseur de ses cuivres , après en avoir prévenu préalablement le premier consul , qui a bien voulu lui accorder l'achat par le ministre de l'intérieur de vingt-cinq exemplaires de son ou- \ rage pour les lycées et prytanées.

» Cette faveur va mettre le citoyen Bâcler d'Albe à portée de remplir ses engagements avec le marchand de Vienne , et de rendre à la France un ouvrage national.

» L'ouvrage complet doit être composé de 51 planches, distribuées en deux parties.

» La première partie est composée de trois livraisons; la seconde de deux.

» Les quatre premières livraisons sont publiées; la cinquième et dernière le sera au 1er vendémiaire prochain.

» Le prix de chaque livraison est de 50 fr.

» 25 exemplaires des quatre premières livraisons, 5,000 fr.

» 25 exemplaires de la cinquième , lorsqu'elle paraîtra, 1,250 fr.

» Le citoyen Bâcler d'Albe a l'honneur de prier le ministre de l'intérieur de la République de vouloir bien ordonner la fourniture et le paiement de 25 exemplaires des quatre premières livraisons de la Carte générale du théâtre de la guerre en Italie et dans les Alpes, par Bâcler d'Albe.

» Salut et respect.

» Bâcler d'Albe ,

» Chef des ingénieurs-graveurs du Dépôt df la guerre ,

» Rue des Moulins, n° 542. »

— iwd —

La demande fut accueillie; la souscription fut accordée; la somme fut payée. Toujours depuis le ministre prit des exemplaires des ouvrages publiés par d'Albe. Je ne vois d'artiste du même genre que le baron Taylor qui ait été aussi constamment favorisé.

Passant à Saint-Pol (Artois) en 1824, j'entrai dans la maison où Bâcler était né. Je vis son père, qui vivait encore, quoique octogénaire. Il me conta des particularités de l'enfance du peintre géographe.

Bâcler ( Louis-Albert-Ghislain ) faisait de petits bons hommes dès le béguin; il dessinait l'église et les prêtres , les enterrements , les croix , ics noces. Il barbouillait des rames de papier avec des couleurs qu'il arrangeait et broyait luimême : ocre, charbon, huile, plantes. Tous ces essais annonçaient du génie. Des portefeuilles pleins de ces gravures furent long-temps conservés dan la famille.

Pendant ce temps-là Bâcler mourait n Sè\ res, où ii s'occupait à peindre sur porcelaine. Il n'a-

vait que soixante ans environ. Ii avait vécu à l'état-major général de l'Empereur, savait mille anecdotes et les débitait fort bien. Il doit avoir laissé des Mémoires ; où sont-ils ?

Quand Joséphine alla retrouver Bonaparte à Milan, Bâcler d'Albe fut un de ceux qui l'accompagnèrent. Ingénieur, il traçait l'itinéraire ; il fit le portrait de la dame, et successivement il fit le portrait de toutes les femmes de la famille consulaire et impériale, collection qui valait celle d'Isabey, que j'eusse peut-être préférée pour le bon goût , le naturel , la vérité , et qui est passée en Angleterre, où tout, grâce à l'or, finit par aller s'enfouir.

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