‹ Mignard et RigaudChapitre 6 sur 38 · PAUL DB HD8SET. — TOME I · texte numérisé non relu

PAUL DB HD8SET. — TOME I

à'BÊà carrosse se iibieHiôt entendre. Lesdievaux tournèrent dans la me el s'arrêtèrent derani rhôtel ; la portière s'ouvril. M. de Guise bondis* sait de pîaisn*. Il donna une bourse pleine d*or in laquais, et s'élança joyeusement sur le marchepied.

— Sans doute , pensail^il cbemin faisant, €réqui n'a fait que dtner avec mademoiselle Paolet , et il n y passe point la nuit.

Après un assez long voyage , la voiture entra dans une petite cour sablée. Mademoiselle Paulet descendit eUe*méme les degrés pour recevoir le chevalier; mais il crut s'a percevoir que l'aspect du vestibule n'était pas le même qu'à sa première visite.

— Vous viendrez aujourd'hui dans mon salon, lui dit-elle, c'est là qu'est mon tribunal. Voici le siège de l'accusé.

En parlant ainsi, la demoiselle désignait un large feuteuil placé près du feu, à cété d'une table où le souper était servi.

-^ Jugez-kiâi de même tous les soirs, dit le chevalier en prenant un baiser sur deux lèvres entr'ouvertes par le sourire ; et puisse mon procès durer plus longtemps que celui de Biren!

La camérisie , qui sortit alors du salon , passa devant M. de Guise. Ce n'était pas celle qu'il

mit Tue la {Mrevière I6i& Le valet qoi importa les TÎasdes était aussi ose figure neavellë. Ua doDle élrange viut assaiUir le ebevaiier.

— Vous Tavez eu aufourd'hui à 4Uner? dit-il à mademoiselle Paulet.

— De qui pariez- vous?

— De eduî qui fera le malheur de ma vîe ai je ne vous arrache à lui.

— Ne pensons pas à cela.

— Encore un aed mot« je vous prie. De qndle couleur était le manteau qu'il avaii aujourd'hui ?

— En vérité, vous èles singulier! Quelle fureur avea-voua de parier de cet homme? Ne cfaeichez donc pas à me le remettre dans récria» et aurtottt oe me donnez pas occasion de prononcer son nom.

— Ouais I pensa M. de Ouiae» est-ce qu'eUe rig^Mweiait? est-ce que ce ne secait pas mon iaconnue?

Dans rincertitude où il tombait tout à «oup« le chevalier ne voulut pas se priv« d'un piaâsir qui était si proche et si attrayant Dans le cas même où il y aurail poe tromperie sous jeu, elle était aasea douce pour qu'il consenitt à prolonger Tillnsion.

On verra par la suite de cette histoire combien

il était amoureax de son inconnue ; mais ud caprice d*un moment n*était pas à dédaigner pour cela. L'amour est un remède si sûr aux peines d'amour, qu'il aurait peut-être suffi que Ferrear se prolongeât jusqu'au lendemain pour que le chevalier se trouvât guéri de sa passion , et que mademoiselle Paulet s'emparât entièrement de cette imagination indécise qui cherchait à se fixer.

M. de Guise avait un moyen sûr d'éclaircir ses soupçons ; c'était le signe noir qui devait se trou> ver à la jonction du bras gauche à l'épaule. Il eut le bon esprit de ne point trop se hâter d'y recourir. Il mangea le souper le plus gaiement qu'il put, et laissa les choses suivre leur cours naturel. Ce fat le lendemain , à la pointe du jour seulement, comme la demoiselle sommeillait, qu'il écarta d'une main tremblante la manche de la chemise. Le bras était fort joli et d'une blancheur charmante; mais le signe n'y était pas! Mademoiselle Paulet en s'éveillant vit le chevalier qui ajustait tranquillement ses dentelles et attachait son manteau.

— Que faites-vous donc? lui dit-elle.

— Ne vous dérangez pas , ma mignonne , répondit-il; je vais poursuivre mes recherches. Je vous sais gré de la tromperie. Vous n'êtes pas

mon inconnue, et si je pouvais Foublîer, ce serait bien auprès de vous ; mais je sens que rien ne peut Fôter de ma pensée , puisque je suis encore tout à elle dans ce moment même. Adieu. Acceptez cette bague en souvenir de cette nuit, et si vous en avez le temps , songez à moi quelquefois.

Le chevalier mit un fort beau diamant au doigt de mademoiselle Paulet, et sortit de la maison.

Un mois entier s*était écoulé depuis cette rencontre, et M. de Guise n*avait pas reparu à la coor. N*espérant plus retrouver sa belle parmi les femmes de la noblesse, il 8*était jeté si avant dans la bourgeoisie, qu'il ne venait plus au Louvre. On s'inquiéta d'une si longue absence. Bassompierre avait vu par les rues le chevalier fort en désordre, la mine pâle et son épée lui traînant sur les talons. Il fallait que Tamour lui eût troublé la raison ou qu'il fût malade. En effet, le pauvre jeune homme était au désespoir, et le jour que Bassompierre l'avait aperçu, il se mit au lit avec une grosse fièvre. On se rappela l'histoire racontée à la ruelle de la reine; on en reparla beaucoup , et la maladie du chevalier devint un sujet général de conversation. Les dames s'intéressaient à son malheur. On s'inscrivait

|)Our lui chez le suisse de son hôtel » et Sa Majesté lui envoya le médecin des enfants.

Pendant qu'il était alité, le chevalier reçut un billet qui lui rendit un peu de courage. C'était de la dame mystérieuse :

< Est-il vrai, lui disait-on, que vous soyez malade par amour pour moi? En ce cas, prenez patience. Les maris sont mortels comme les autres hommes, et les amants sont infidèles. Vous entendrez sans doute parler de moi dans trois mois. >

Le terme était fort long ; mats enfin c'était du moins une perspective consolante. Ce qui contribua le plus au prompt rétaUissement du malade, ce fut une inspiration lumineuse qui lui vint à force de réfléchir. Sitôt qu'il se vit en état de sortir, le chevalier s en alla chez M. de Gréqui. Après avoir causé de mille choses indifierentes, il témoigna le désir de visiter les écuries. Tous les chevaux furent passés en revue , et le comte, étant riche et magnifique, avait de belles montures. M. de. Guise s'arrêta en dernier devant la jument noire qu'il avait aperçue tout d'abord.

— N'est-ce pas là, dit-il, sans avoir l'air d'y songer , cette béte que vous m'avez prêtée un soir ?

— Préeiséffieat. C'est oeUe qve Je préfère aux autres.

— Elle me platt, je ne sais pourquoi, et je voudrais vous l'acheter.

— le u'ai pas envie de m'en défaire. Elle descend en ligne maternelle du fameux cheval de M. le connétable*

— Ce ne serait pas là une raison pour la garder» si elle ne valait rien.

— Maiis il 8*eu faut qu'elle soit mauvaise.

— Je le crois , puisque je vous propose de me ia céder. Je vous en donnerai un boo prix, ou bien nous ferons un échange.

— Vous ne la prendriez pas si je vous offirais de la iroquer contre votre beau cheval de Hanovre.

— Peut-être , car celui-là ne me plaît plus autant que les premiers jours.

— Allons donc ! vous feriez une mauvaise afiEûre , et d'ailleurs je tiens à ma jumcyit noire.

— Faites-moi Tamitié de me la vendrie.

— Voilà un caprice de malade , chevalier.

— C'est vrai. Il faut absolument que je me passe cette fontaisie. Fixez vous-même la somme.

Depuis quelque temps les cartesn'étaient point favorables à M. de Créqui. Il avait besoin d'ar-

gent, et voulut profiter de roccasion. Il demanda huit cents écus. C'était énorme ; mais le chevalier n'hésita pas.

— Je vous apporterai cela demain soir , à neuf heures, dit-il au comte, et j'emmènerai le cheval.

Le lendemain , avant neuf heures , M. de Guise arriva tenant les huit cents écus. Il ajouta soixante livres pour la selle etlabride,nevoulant gêner en riep la jument noire dans ses habitudes. Le palefrenier qui la soignait d'ordinaire l'apprêta , et le chevalier mit lestement le pied dans l'étrier.

— Bonsoir ! dit Créqui en riant. Vous êtes un grand original , chevalier. Si demain vous avez des regrets du marché , vous me trouverez prêt à le rompre, pourvu que le jeu n'ait pas été trop méchant pour moi.

— Je ne reviens jamais sur une affaire conclue.

— Comme il vous plaira. Ménagez cette pauvre bête, et ne lui faites pas mener une aussi rude vie que le jour où je vous l'ai prêtée.

— Soyez tranquille , j'en aurai soin.

M. de Guise était haletant. Il partit comme le premier jour par la petite rue Saint-Roch. L'obscurité était profonde, et pourtant la jument

aliail du même traio qu'à sa première course ; ce qui promettait un succès complet. Sa volonté semblait fort arrêtée. Elle prenait sans hésiter les détours, et marchait avec son calme habituel. Le chevalier en riait convulsivement, tant il avait de joie de se sentir ainsi porté vers le but de tous ses désirs.

— Va , belle Capricieuse ! disait-il en laissant aller les guides. Nous atteindrons le bonheur , et ta ration d'avoine sera doublée ce soir; je te le promets.

Cependant M. de Guise , ne voyant point apparaître la porte de la ville qu'il avait passée la première fois, commençait à s'étonner.

— Peut-être , pensa-t-il , Créqui ne prend-il pas eiactement le même chemin tous les soirs. Qu'importe , pourvu que nous arrivions !

Les tours du Châtelet apparurent tout-à-coup, et la jament noire traversa doucement le Pontau-Change, que M. de Guise était certain de n'avoir pas trouvé sur son passage à la première excursion.

— Où me mènes-tu, infernale bête? murmurait-il. Ne sais-tu donc plus ton chemin? Faut-il que ta te fourvoies justement aujourd'hui ! Mille démons ! où donc allons-nous?

Le chevalier n'osait pourtant remettre les

mains sur la bride ; car la pensée lui viot à Tesprit que la dame pouvait bien avoir changé de domicile. Il travOTsa bientôt le second bras de la rivière et 8*enfonça dans les rues tortueuses du faubourg Saint-Jacques. Arrivé près du cloître des Cordeliers , le cheval s'arrétii court devant une maison d'assez pauvre apparence, et posa ses naseaux entre les barreaux de ia porte.

-^ Plus de doutes! s'écria M. de Guise, elk est rentrée à la ville, et voici le séjour où je dois la retrouver !

Il sauta légèrement à terre, et, saisissant le marteau , se mit à frapper viotemmeot. Une vieille femme apparut au bout de cinq minutes , tenant une lumière que ses doigts décharnés défendaient mal contre les attaques du vent.

— Un peu de patience ! cria-t^le de loin. Eb! pour Dieu { on ne frappe pas ainsi à cette heure de la soirée. Que voulez-vous, rhonmie?

— Ouvre vite , bonne femme ; c'est de la part du comte de Gréqui.

— Pardon , mon gentilhomme ; excusez-moi , je vais aller chercher les clefs. Mon maître est dans son lit ; mais il se lèvera s'il est nécessaire.

— Ah ! ton maître est au logis I c'est diierent; je reviendrai demain. Et comment se porte sa femme ?

— Vertudîea ! méchant écolier, tous ffioqaezvous des gens? Mon mattre n*est pas marié , par la grâce do ciel !

— Qoi est donc ce mattre, et comment diable se nomme-tnil ?

— Allez, Yons êtes un drdie, de venir troabler le repos de maitre Pucelle, le meilleur avocat du barreau de Paris. Tout le monde le connaît, et c^est lui qui plaidera demain pour M. de Gréqui, dont il a Fbonneur de recevoir «se TÎsite tous les jours, depuis un mois, car ce procès doime bien de l'inquiétude à Tillustre seigneur.

Le dievalier, furieux et désespéré, remonta sur sa béte , et , lui enfonçant les deux éperont dans le ventre , la conduisit chez lui au triple galop , en la rouant de coups.

— Du moins, disait-il en frappant de toutes ses forces, je te dégoûterai du quartier Saint- Jacques et des visites à maître Pucelle!

Créqoi était depuis peu en procès contre les collatéraux de sa femme , et , comme il allait tous les jours voir son avocat sur son cheval favori, l'animal avait pris de nouvelles habitudes. Pendant huit jours de suite, M. de Guise s'efforça vainement de lui faire retrouver les anciennes. Tous les soirs lechevalier s*en venait dansFombre

sous les murs de Thôtel Gréqui , et partait de là, laissant errer la jument noire à sa fantaisie : mais, quand cette bête singulière ne prenait pas le chemin du logis de Tavocat Pucelle, à cause des leçons que lui donnait son cavalier, elle errait au hasard par les rues. Cette vie vagabonde, dans la mauvaise saison , aurait pu coûter cher à M. de Guise , s'il n'eût heureusement fini par se convaincre de rinutilité de ses efforts. Ayant perdu Fespoir de retrouver sa belle inconnue, il s'enferma chez lui, ne voulut recevoir personne, et résolut d'attendre le plus patiemment qu'il pourrait l'époque fixée par la dame. Trois mois sont longs à passer pour un homme aussi amoureux. Le chevalier devint si pâle et si maigre , par l'effet de l'ennui , que ses amis avaient peine à le reconnaître.

Ce fut bien pire encore au bout de trois mois, quand le chevalier vit les jours s'écouler sans qu'il lui vînt des nouvelles. Il se promenait éternellement dans la cour de l'hôtel de Guise, et courait chez le suisse dès qu'il arrivait quelque message. Il tomba sérieusement malade à la fin du quatrième mois, et cette fois les médecins crurent qu'il n'en reviendrait pas. La dame eut la cruauté de ne pas envoyer chez lui une seule fois. Le pauvre jeune homme s^imagina qu'elle était

morte, et commanda des habits de deail. Lorsqu'il entra en convalescence, le duc son frère, craignant que ces folies n'eussent une mauvaise fin, le voulait emmener en Provence ; mais lui n*y voulut jamais consentir. Il finit par former le projet de tout avouer à M. de Créqui , dans Tespoir que le comte, plus enclin encore au jeu qu*à la galanterie, consentirait peut-être à céder sa maîtresse.

Avant d'oser en venir à ce parti, le chevalier s*en alla un matin se promener tout seul au bord de la rivière. Il avait la tête basse et le regard si morne, qu'il était un objet de pitié pour les passants. Il arriva doucement jusqu'à l'arsenal , où M. de Rosny, grand maître de l'artillerie, faisait essayer des canons qui sortaient de la fonderie ; c'étaient de grosses pièces qui faisaient des détonations effroyables.

— Je gage, messieurs, dit le chevalier aux officiers d'artillerie, que personne de vous n'aurait la hardiesse de se tenir à cheval sur le premier canon que l'on va tirer?

— De la hardiesse ! lui répondit-on ; ce serait bien plutôt un acte de pure démence; le reculement seul de la pièce doit donner une furieuse secousse !

— Vous ne l'oseriez donc pas , messieurs ?

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