‹ Mignard et RigaudChapitre 7 sur 38 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

— NoD, certes!

— Eh bien! moi, je le veai faire.

— El moi, dit M. de Rosny , je tous supplie de ne pas risquer ainsi votre vie. S'il vous arrivait malheur, la responsabilité tomberait sur ma tête.

— Voici des témoins qui attesteraient que je Tai voulu. Pour ce qui est de ma vie , ne vous embarrassez de rien , je vous la céderais en ce moment pour fort peu de chose. Quand Fontenai Coup d'épée fit scier par le tronc un arbre ou il était monté, pour voir s'il se ferait mal en tombant (i), on ne s'opposa pas à son envie; laissezmoi donc contenter la mienne, je vous prie.

En parlant ainsi , M. de Guise se mit à cheval sur un énorme canon chargé jusqu'à la gueule, et qui n'avait pas encore été tiré.

— Allons , mettez le feu ! criait-il sans vouloir écouler les remontrances du grand mattre.

Il fallut lui obéir. Le canonnier abaissa la mèche. Le coup partit avec un bruit terrible et déchirant dont les assistants furent étourdis. Un nuage épais enveloppait le chevalier. Une vieille moustache s'écria : .

— Il est perdu I la pièce a dû éclater !

(1) iii$torique.

Eb flflel, le canon Tenait de erever , et H. de Guiae gisait à terre horriblement mntîlé. On le porta chez lui sur un brancard; il n'était pas mort, mais il n*en pouTait revenir. La nouvelle de cet accident se répandit par la ville, et comme on parlait depuis longtemps des chagrins de ce jenne seigneur, on broda là-dessus une foule de contes étranges.

Vers le soir, comme les médecins se retiraient, déclarant qu'il n*y avait aucune ressource, une dame fort belle accourut à Thôiel de Guise. Elle pénétra jusqu'au lit du chevalier, et pencha son visage noyé de larmes sur celui du moribond. Il ouvrit les yeux, et faisant un grand effort pour parler:

— Vous auriez mieux fait de venir plus tôt, dit-il.

El il expira.

C'était la dame mystérieuse !

Cette femme s'appelait Marie Droguet : elle était fille d'un simple sergent au Châteiet, et le président Le Coigneux l'avait épousée pour sa beauté. Son humeur était fantasqoe. Elle rendit ses amants fort malheureux , à l'exception de M. de Créqui. Elle avait pour habitude d'aller à pied par les rues, précédée d'un homme qui jouait du luth de Bologne, ce qui n'était pas

d*usage alors, et aurait un peu prêté à rire, si elle n'eût été d*une beauté vraiment extraordidinaire.

Son mari, M. Le Coigneux, dont Mignard fil plus tard le portrait, avait une mauvaise mine qui tenait parole, car il montra toujours un cœur très-dur. Depuis longtemps il se repentait d'avoir épousé Marie Droguet, et les mémoires du temps racontent qu'il s'en défit vertement par le poignard pour prendre une autre femme qui lui apportait beaucoup de biens, quoiqu'il fût déjà riche. C'était peu de jours après la mort du chevalier de Guise.

On sait ce qu'est devenu M. de Créqui , et les historiens l'ont assez fait connaître. Le roi le fit duc et prince de Foix. Il se distingua surtout à la campagne de 1622 et dans ses ambassades.

Il ne nous reste plus qu'à parler de la jument Doire qui avait causé tant de malheurs. Elle tomba dans les mains du duc de Guise, frère du chevalier et lui servit beaucoup le jour qu'il s'enfuit en Piémont, ayant appris que M. le cardinal le voulait faire arrêter. Elle mourut fort vieille à Rome dans les écuries d'un prélat qui la mit au carrosse.

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