RESPONSE
DE l'admirée
Quand je veux chanter sus ma lire
Le martire, Dont cest aveugle enfant me point ; Privée de mes sens à l'heure
Je demeure, Las î comme si je n'estoy point.
Dont pourroit estre aussi la rie
Plus ravie, Que par un amoureux esmoy ?
Seul il me faict la mort ensupTe,
Pour re\dvre Quand il s'en part d'avecques mo}'.
Ne me fay point sentir la peine
D'ennuis pleine.
Las ! je te pry, ô Cupidon, Que tu fis, hclas ! trop rebelle
A ta belle.
Mais trop misérable, Didon.
Mon cors foiblit et mon cœur tremble,
Quand ensemble Je me trouve avec mon amy, Ou soit que d'une douce force
Il s'efforce De mon honneur estre ennemy ;
Ou soit qu'il me monstre sa Muse Qui m'accuse
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D'une aigre-douce cruauté,
Ou les beaux Aers dont il m'honore,
Et décore, Le plus parfait de ma beauté.
Car si je regarde à la flamme
Qui m'enflamme.
Le bruslant en mon amitié, Alors ayant de sa mort crainte,
Suis contrainte D'avoir de luy quelque pitié.
^lais, helas ! s'il avoit envie.
De ma vie, Si tu veux pour le secourir, Cupido, je te l'abandonne,
Et luy donne ; Mais ne fay mon honneur mourir !
Arrière Grec, Latin, Toscan, arrière, Je ne veux plus de vostre invention, Pour eslever en admiration L'œil tant divin de ma belle guerrière î
Assez cest œil me verse de matière Au fond du mien, assez de passion, Pour en dorer ma noble nation.
Et n'estre plus de vous trois la dernière.
Assez vraymeut, au fort de mon souci,
Pindare, Horace, et vous Pétrarque aussi, J'ay voulu suyvre et piller vostre lire ;
Advienne ainsi qu'un jour tous nos neveux Aillent suyvant de près à près les vœux, Dont ma Pallas sans vostre aide j'admire.
Le Ciel me fasse estre un François Terpandre, Pour accorder mon lue à mes douleurs,
Peignant mes vers des plus belles couleurs Dont il fleurist le beau de sa Cassandre ;
Viennent aussi du Florentin descendre
Dedans mon sein les souspirs et les pleurs ; Que j'aye encor les plus divines fleurs De l'Olivier, pour mes vœux y apprendre.
Vienne Baïf avecques son doux son, Vienne Panjas le François Apollon, Si brusleraj^-je encor en mon courage.
Tant seulement tirez-moy un soubs-ris De ma cruelle, et lors par mes escrits Je vous feray à tous un humble homage.
Depuis le jour qu'il me convint distraire, Et d'avec moy, comme vœuf, m'absenter, Je n'ay cessé de plaindre et lamenter, Traisnant ma vie amèrement austère.
Me desrobant dans un bois solitaire Rien ne se vient à mes yeux présenter, Fors une horreur, qui faict espouvanter Mon cerveau vuide, en cent doubtes contraire.
Morne et pensif, d'une face ternie,
Je pleure et fuy tout autre compagnie,
Ne me baignant qu'aux frayeurs de la mort.
La tourterelle au bois en ceste sorte, Veufve, gemist dessus la branche morte, S'adoulourant de son propre confort.
Soit qu'esgaré par l'espesseur d'un bois. Ou par l'horreur de quelque antre sauvage, Ou soit qu'auprès d'un trepillant rivage, Je tranche l'air des souspirs de ma voix ;
Soit qu'en resvant aux amoureuses loix, Du rossignol j'escoute le ramage, Ou qu'en pensant ramollir mon courage.
Mon lue j'anime au passer de mes doigs ;
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Vers quelque part que mes pas j'achemine, Tousjours me suit ton idole divine, Tant que parfois j'allonge bras et mains
Pour te taster, mais, las ! ce n'est qu'un songe. Où jour et nuit tourmenté je me plonge Dedans la mer de mes pleurs inhumains.
Ce port hautain, cette grâce royale.
Ce chef mouvant, cet honneste desdain, Et dans un cueur doucement inhumain Cette amitié tant traîtrement loyale ;
Cette douceur à l'ambrosie esgale. Dont me paissant j'estemize ma faim; Cette pitié, que je m'efforce en vain Rendre vers moy chichement libérale ;
M'ont desjà tant et tant livré d'assaux,
Que plus je cuide estre au bout de mes maux. Plus je me trouve environné d'alarmes.
Sçauroy-je point d'une contrepoison Mediciner ma débile raison Pour l'asseurer entre tant de vacarmes ?
Mille squadrons demarchans de bravade Pour me charger s'avancent fièrement, Tournans sus moy les yeux, non autrement Que d'un lion, la flamboyante œillade.
J'en voy desjà qui d'uue âpre tii-ade
Dardent sus moy leurs flesches vivement ; J'en sen, j'en sen, qui venimeusement De mille coups navrent ma chair malade.
Ha! qu'est cecy ! je croy que c'est Amour, Qui furiant en cet horrible estour.
Me veut combattre à toute sa puissance.
Je voy donq bien qu'il faut mettre mon but A tenir fort, n'espérant pour salut Désespéré, rien moins que l'espérance.
Pas ne te fie au traître doux langage Du caut amant, trompeur et mensonger, Qui te repaist d'un con trouvé songer Te découvrant son esprit trop volage.
Ariadne ainsi congnut bien le domage
D'amour trop prorapt en son propre danger. Quand son Thésée au rivage estranger La délaissa d'un parjure courage.
Nj la longueur des ans sybilliens, Kj tous les fiers travaux herculiens Me sçauroient rendre en amours variable.
Et, sans mentir, je me feray bien fort. Que descouvrant ta perte, après ta mort Tu me plaindras, en vain lors pitoyable.
Main, douce main, molette et ivoyrine, Qui de tes doigts longuettement mignards, Fais honte à ceux que richement espars L'aube descou^Te en sa clarté rosine ;
Main qui m'enlasse, humainement divine.
De mille neuz doucçTient fretillards, Trop plus estroit que la corde et les dars Du foible-fort enfant de la C\'prine ;
Main, dont mes pleurs j 'ay esté apaisant, Et qu'halenant, baisant et rebaisant J'ay attiédie en mes bouillantes larmes ;
Main qui me tiens esclave librement, Las ! guide-moy au lieu, où franchement Je sois vainqueur de tes douces alarmes I
Combien de fois dessus ta belle main, La mignardant de ma bouche lascive, J'ay délaissé mainte enseigne naïve Que de ma dent j'y engravois en vain ;
Veu qu'en ton cueur, cueur de marbre ou d'erain, Cette morsure aucunement n'arrive;
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Mais dans le mien, éternellement vive, D'un souvenir, el' nie ronge, inhumain.
Je suis semblable à celuy qui veut prendre, Et qui au lieu de ce qu'il veut surprendre, Dans son filet, se voit le premier pris.
Car te pensant laisser une morsure D'une mortelle et rompante blessure, A. l'impourveu je me trouve surpris.