A NICOLAS DENISOT
CONTE d'aLSINOIS
Je voudroy bien en fidelles Cantiques Pouvoir, ainsi que tu fais, resonner, O Deuisot, quand tu veux entonner De nostre Dieu les loiianges pudiques ;
J'animeroy maints beaux fredons liriques. Qui me feroyent du vray Christ couronner Qu'as entrepris de ta lire sonner, Autant, ou mieux, que les harpeurs antiques.
Mais, las, helas ! l'ombre d'un petit dieu Ha tant gagné dans mes espris tel lien Qn'el' me retient voilé de ses ténèbres.
Tes chants si clers donnent vie à l'esprit, Hé ! la noirceur de mon nuital escrit Ne me presdit que mille cris funèbres.
Si ce grand ciel portrait divinement Avoit laissé sa course vagabonde.
Plus n'y auroit en ce terrestre monde, Ni mesm€ en luy, force ni mouvement ;
S'il ne vouloit par son nourrissement Rendre la terre à produire fœcunde, En ces bas lieux, ni en sa hauteur ronde Il n'y auroit qu'un chaos seulement.
Sans toy aussi, mon Ciel et ma puissance, Cela qu'on voit dedans moy d'excellence (Ton petit monde) helas, seroit pery !
Inspire-moy, garde que je ne meure, Si tu ne veux que ton honneur demeure Avecques moy pareillement tary.
Tu le sçais bien, et ne le A-eux pas croire, Tu l'entens bien, et ne le veux ouyr, Je suis à toy, et tu n'en veux jouyr, Il t'en souvient, et tu n'en as mémoire.
Je suis vaincu, tu ne veux la victoire, Tu me poursuis, et tu me veux fuir, Rien qu'en mes pleurs tu ne veux t'esjouir En recevant de mes maux une gloire.
Puis donc, helas I que mon plus grand tourment, Puis que mon mal t'est un contentement, Que ne fais-tu qu'entre tes bras je meure ?
Et si ton cœur a pitié de ma mort,
Que n'ay-je donq par luy quelque confort, Au moins s'il veut que vivant je demeure ?
J'estois un soir sur l'areneuse grève
(Commun plaisir aux Nimphettes de Tours) Me promenant par maints folâtres tours Pour œillader ce bel œil qui me gresve ;
Mais ce cruel, dont je n'ay point de tresve. Soudain, soudain par un de ses destonrs Me vint priver du bien de mes amours, Par un Vulcan qui lors me les enlevé.
Voilà comment pour un peu de plaisir, Je suis après comblé de desplaisir.
Estant moy-mesme à moy-mesme rebelle.
Mais je te pr\', pour tuer ce discord,
Emprunte, Amour, un des traicts de la Mort Et le destrempe aux yeux de ma cruelle.
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Soit qu'au milieu de la plaine muette, Compagne à tous mes plus segrez ennuis, Soit qu'au serein des plus tranquilles nuits, Je sois gisant dessus la fraiehe herbette,
Pour esventer, seul, d'une voix secrette, Le chaut tourment dont enflamé je suis, De ton ponvoir toy seule m'y conduis Tenant ma vie à tes plaisirs sugette.
Ou soit qu'au lieu du soupir de ma voix J'enfle à ton los les doux Zephires cois, Soit que je sois te donnant congnoissance
Du vif pourtrait de mon affection, Rien je ne peux sans la permission De ta suprême admirable puissance.
Si autrefois as terni de ta face
L'Astre plus cler flamboyant dans les cieux ;
Le moins de toy congnu en ces bas lieux
Le plus parfait de uostre beau efface.
Le ciel jaloux de sa prodigue grâce
En vain sur toy a esté envieux,
Quand jà ton los remontant jusqu'aux dieux
De te servir encores le menace ; Mais quand au lieu de l'antique demeure
T'envoleras, qu'ensemble aussi je meure !
Car si ta fiere et dure cruauté Mesprise, helas ! l'esclave qui t'adore,
Au moins alors fera ma loyauté
Qu'avec le Ciel je te sers-e et honore.
O que je n'ay lea Muses en partage
Comme Ronsard, nostre harpeur divin !
Mais que ne suis-je un Soleil Angevin ;
Que n'ay-je autant que Baïf d'avantage ; Pour dire mieux l'esprit tant rare et sage
De ma Pallas, sonnant l'heureuse fin
Du vray Amour, et l'aigre-doux venin Qui m'envieillist reverdissant mon âge?
Pour enrichir les vœus dont j'idolâtre, Ce beau sein blanc, cette cuisse d'albâtre. Cet œil, ce front, ces deux arches d'ebene.
Cet or luisant, cette mirrhine alêne ?
Tairoy-je bien la douceur de la rose Qui tient ma mort avec ma vie enclose ?
En mesme instant je sen, dedans mon ame, La hardiesse et la peur avoir place, Dont je m'asseure, et doubte de la grâce De ma bénigne et rigoureuse dame.
En espérant, sans espoir je reclame Ce qui m'alege, et ensemble me lasse ; Je suis en feu, me sentant tout en glace. Plus je prens cueur, plus transi je me pâme;
Je parle et tais, ce que l'audace et crainte Promet et nie, au ris de ma complainte. L'on voit ainsi la puissante Nature
Donner la vie à l'esprit et au corps, En l'accordant en toute créature Par son contraire, et discordants accords.
Ce n'est cet œil fièrement gracieux, Ce n'est aussi cette flâme nouvelle, Des doux désirs ny la Mère cruelle, Qui humblement me rend audacieux.
Ny ce qui rend un amant curieux De fredonner d'une corde immortelle, Ny de l'amour la j^oignante estincelle Ont eschaufEé mon esprit ny mes yeux.
Ce n'est aussi la douceur nompareille De ton parler enchantant mon oreille :
Je ne sçay quoy de grâce plus entière,
Et de ton corps ton esprit revestu,
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Est mou mon object, qui rend de sa lumière Le beau obscur, et mesme la vertu.
Desjà, desjà s'esbranloit ma pensée,
Pour ce mien corps de mes deux mains occire.
Quand j'aperçeus la grandeur que j'admire
De mon parler innocent offensée; Mais s'apaisant ma fureur insensée,
Encontre moy, moy-mesme je vois dire:
Voudroy-tu bien t'apprester ce martire
Par ta cruelle entreprise dressée ?
Il vaut bien mieux que tu restes vivant
Pour te monstrer son loyal poursuivant.
Par ce moyen te congnoistra sans vice.
Voudroy-tu bien de sa beauté extresme
Priver tes yeux, en te perdant toi-mesme,
Et le moyen de luy faire service ?
Cet œil friant qui folastre se roue, EiTant lascif d'un regard mi-ouvert, Cet œil duquel maint amant est ouvert Jusques au cœur, où le Cyprin se joue ;
Ce vermeillon et de lèvre et de joue ;
Ce chef tant beau, d'or blondissant couvert ; Ce vif esprit où tout le mien se pert, Cette rigueur où mon âme s'en joue ;
Ce maniment de membres ondoyant, Ce pied dispost au bal s'ebanoyant.
Ce gay soupir qui ma raison enchante,
Privent mes sens de toute guarison :
M'est donq ainsi l'antidote poison, Et le venin nourriture alléchante ?
Reçoy, reçoy. Madame, ton servant, Car si tu es d'une race hautaine, Aux yeux François sa noblesse est certaine,
46 LES 3IIGNARDISE&
Si tu es docte, il est ton escrivant,
Si tu eà libre aussi il ne se vend; Si des beautez tu es la primeraine, La prime fleur de son aage n'est vainC;, Si tu es douce il va le miel suivant.
Si ton esprit, si ta pensée est grave, Tu le verras d'asseurance si brave Contre un chacun maintenir ses efforts.
Qu'il ne craindra, pour acquérir ta grâce, Voire des cieux la superbe menace, Ni l'inhumain des plus cruelles morts.
Si tu tenois ma mignonne emmurée Dedans un fort renclos de toutes pars.
Et qui peust faire au noir de ses rempars Une autre horreur, mesme à la tour quarrée :
Si tu osois la tenir enferrée, * Liant plus fort tons ses membres mignards Qu'onques Venus ne fut avecques Mars, Ta rage encor ne seroit asseurée.
O sot Vulcan I où est or ta raison ? Où luy veux-tu choisir une prison Pour l'esclaver d'une servile garde ?
En vain ainsi tu la prétends fascher, Car celle la qui jà craint de pécher Assez, assez, d'elle-mesme se garde.
Ce doux harpeur qui d'un fredon lyrique Si chastement sur ses cordes chanta, Que de son chant la fureur enchanta, Qui gloutement ronge l'âme impudique ;
Tant qu'il vesquit, Clitemnestre pudique En l'escoutant l'aveugle Amour donta, Mais aussi tost que la mort luy osta El' vit mourir son Hymenée antique :
Puissav-je ainsi de mon fredon mignard
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Rompre les coups du traistre frétillai- cl, Qui tire aux cueurs d'une flesche cruelle ; Je feray plus, car estant ton sonneur Je te rendray chastement immortelle.
Plus que de moy, amy de ton honneur.
Veux- tu me faire en escris surpasser
Tous les meilleurs esprits de nostre France ? Oste de toy la rigueur à outrance Dont tu me fais sans cesse trespasser.
Que promptement j'apperçoive casser Ce fier despit de félonne vengeance, Et mes labeurs par gave jouyssance De l'amoureux déduit recompenser.
Si une fois par telle mignardise
Je conduisois à chef mon entreprise, Je ne voudroy céder à mon Eonsard.
Baïf, Panias, Bellay, Tiard, Jodelle N'esmailleroient d'une plume si belle Du Paphien le doux evolé dard.
Quand j'aperçoy cet Amour violent Rougir sus moy de flambante colère.
Et au A-enin d'une poison amere Tramper son trait dedans mes yeux volant ;
Seul en soupirs plaignant ce maltalant.
Pleurant, criant, je m'adresse à sa mère Pour adoucir la pointure trop fiere Duquel son fils me rend ainsi dolent.
Helas (dist-el'), je n'ay puissance aucune Sur cet Enfant qui trop plain de rancune Me va navrant moy-mesme jusqu'au cueur;
Mais si tu veux bien amortir sa flàme, Va-t'en prier à deux genoux ta Dame, Qui seule peut amollir sa rigueur.
Comment es-tu vers moy tousjours cruelle^ Ne sçais-tu pas que si j'aime ardemment, Plus j'en sçauray hair cruellement ?
Aime-moy donq, aime, ma colombelle :
Mais qu'ay-je dit encontre ma rebelle ?
Qu'est l'enchanteur qui m'a si lourdement Fait transporter d'un tel aveuglement ?
O playe au cueur qui me touche mortelle î
Plus tost des cieux noircissent les flambeaux. Plus tost amont contrerampent les eaux, Plus tost le chaut de l'esté soit en glace,
Et deusses-tu par cent milliers d'efforts Me retuer d'autant ou plus de morts Que je n'admire et honore t^ grâce.
Mais quand viendra que j'embrasse à mon aise Ce flanc douillet, ces deux pilliers marbrins, Ce col charnu, ces deux bras ivoirins, Tetaut goulu cette vermeille fraise ?
Mais quand viendra, que je morde, et rebaise, Tastant, pressant ces dois longuets rosins, Et qu'enlacé du bel or de tes crins J'aille embouchant cette vermeille braise ?
Mais quand viendra, qu'après tant de batailles, Dont servement mes espris tu tenailles, Dessoubs l'aveu de ce traître garçon.
Je puisse un coup, affranchissant d'otage Ce corps, ce cueur, languissant de servage, Par doux labeurs te payer ma rançon ?
Toute une nuit sus un lit estendu
Près ton giron, ma gaillarde Nimphette, J'entrenouoy ma friande languette Avec ton dard mollettement tendu ;
Ores tout gay à ton blanc col pendu Je remordov la rondeur fermelette
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De ton beau sein, or ta cuisse grassette, Glissant sus toy lentement esperdu ;
Mais quand ce vint au point de jouyssance, Te défendant d'une aigre résistance, Ton cueur félon me boucha ce doux pas.
O moy chetif î plus chetif que Tantale î Quand d'une fain misérablement pale Je meurs béant auprès de mon repas.
Après avoir fort longtemps pourchassé Un doux moyen pour avec toy me joindre, Et soulageant le mal qui me vient poindre, Me voir aussi de tes bras enlassé,
Il s'est offert, j'ay esté embrassé De tes chesnons, dont pour mes feux esteîndre Nu contre nu tu n'as cessé d'estr-eindre Mon corps chetif, pesantement lassé ;
Et toutefois plus ta lascive grâce Se varioit pour eschauffer ma glace, Tant plus j'estoy froidement languissant-
L'amour, helas ! qui trop forte me donte M'empesche ainsi (trop misérable honte) D'estre de toy doucement jouissant.
ODE
Ça, tost, un baiser, mignarde,, Moittement mol et lascif !
Je le crains si chaut qu'il m'arde D'un feu brazillant tout vif, Me laissant après glacé Comme un û'oid corps trespassé.
Mais comment est il possible Que ce qui me deust guerii^ Me fist (merveille terrible) Bniller, transir et mourir ? Voilà : ce sont des beaux tours De ce gentil dieu d'amours.
Plus ce mignon nous voit rire, Plus nos espoirs s'asseurer, Plus, cruel, il nous martire, Plus il fait nos jeux pleurer, Contre eschangeant nos accords En mille haineux discords.
Ha, que je crains, ma mignonne, Qu'il ait mes dits entendu, Et qu'iré ne m'en guerdonne D'un arc roidement tendu, Descochant dedans mon cœur Un trait doré de rigueur.
Mais quelle plus grand' vengeance Me sçauroit ce dieu lancer, Que cette désespérance Dont il vient recompenser Moy pau\Te fidelle amant.
Délices de son tourment.
Fay, si tu veux, que mon âme, Fay qu^ l'œil de mes espris S'aveugle parmy la flâme Qui esclere aux mieux appris.
Je parle à toi, Paphien, Aveugle archer, Ciprian.
Jusqu'au froid de mes mouëlles
DE JACQUES TAHUREAU 51
Fay, fay tousjours, si tu veux.
De tes rouges mains cruelles Sentir les doux-aigres feux ; Fay que je sois animé En amour sans estre aimé !
Fay mon amour maitieureuse, Ou me pipe d'un tel heur Que d'une caute amoureuse Je pense avoir la faveur, Sans jamais mon corps au si«iî Accoupler d'un doux lien.
Fay-moy servir d'un* fable Au lourd peuple mesdisant, Fay qtt€ ton jeu délectable Mon cueur aille raesprisant, Sans aimer rien que les pleurs, Les soucis et ks douleurs.
Fay-moy contraire à moi-mesme Troublé d'un horrible effort, Hérissé, tremblant et blesme Souiller mes mains de ma mort, Tirant, cruel, de mon flanc Un bouillant ruisseau de sang !
Si ne seront point ces peines Egales au dur ennuy, Qui par traces inhumaines Me r'entraisne avecques luy, Et qui d'un faix inconstant Me va tout accravantant.
Mais quoy ? faut-il telle guerre Pour un baiser esmouvoir ?
Un baiser qui si doux erre Pour si doux me décevoir, M'embâmant de mille fleurs.
De mille chaudes odeurs ?
Tu t'égares, ma complainte, Il vaut mieux finir icy D'amour toute fiere plainte, Tout soing, tout dueil, tout soucy Et pour mon ire apaiser Me radoucir d'un baiser.
ODE
Quand je suis absent de toy, Mon Dieu, mon Dieu, quel esmoy, Dieu, quelle jalouze flame Mes pauvres esprits enflame !
Las ! je crains qu'un estranger Soudain ne fasse changer Par sa grâce piperesse L'amitié de ma maistresse.
Mais j'ay bien dedans mon cœur Une trop plus grande peur, C'est lors que ma Dryadette S'esgaye dessus l'herbette.
Les plus belles fleurs pillant, Pour de son beau chef brillant En tisser les tresselettes ; Ou près des fontainelettes.
Quand elle estonne les champs De la douceur de ces chants.
Je crains que le fils de Rhée Bruslant de mon Admirée,
DE JACQUES TAHTJREAU 53
S)ivinement furieux,
I^ 'abandonne là ses cieux,
Usant de douce rapine,
Sus ceste beauté divine ;
'Ou qu'un autre Dieu puissant,
Pour en estre jouissant,
Piqué de mesme entreprise.
Ne poursuive telle prise.
Ce lascif Olympien,
Adultère, monstra bien
A Europe la pucelle
D'un blond thoreau la cautelleo
Le corps d'Yo converty
En génisse a bien senty
Ce porte-sceptre, et la rage
Du Junonien courage.
Le riche Dieu des lieux bas
Surpris d'un amoureux las
Ravit bien la Deoïde
Près de sa mère timide ;
Et tant d'autres Dieux qui ont
Pour l'amour changé de fi'ont.
Mais quoy ? parmy les bocages
K'errent les Panes sauvages ?
Tant de Satyres paillards
Au jeu d'amour fretillards.
De Faunes tant de peuplades,
La peur des Amadriades,
Qui par les bois sans cesser
Vont cercher et retracer,
Errans en courses lascives.
Les pas des Nimphes craintives î
Mais, las! helas! si j'estoy,
Ma mignonne, auprès de toy,
Folastrant soubs la fueillade,
De quelque douce frescade, Couché tantost à l'envers Sus un lict de gazons verds, Endormy des eaux roulantes Bruyantement doux-coulantes ; Et tantost d'un pied hatif, Chassant le lie^Te craintif, Ou pipant mainte volée D'oiseaux par la glus meslée, Tantost dans un antre creux Ombreusement caverneux Retrepignant une dance, A la gaillarde cadance Des champestres chalumeaux Pastoralement ruraux, La teste toute moiiillée D'odeurs et entortillée De mille flairans bouquets, Desrobez par ces bosquets ; Pendant de toy, ma maistresse.
Prenant des baisers sans cesse.
Vrayment je n'aurois alors Cest amer jaloux remors, Vrayment ceste chaude flame N'embrazeroit plus mon ame ; Mais parce que je ne puis Pour mes affairez ennuis, Estre avec toy, ma Déesse, Mais pour autant que la presse De ces maudicts rapporteurs, De ces flagomards menteurs île vont bouchant toute entrée De ta si douce contrée, Las I au moins souvienne-toy, Te souvienne un peu de moy,
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Moy, qui rien que toy n'admire.
Bons dieux ! que je n'ose dire
•Que le volage estranger
Ait faict ce pendant changer,
Par sa grâce piperesse,
L'amitio de ma raaistresseî
Ne la ravissez, bons Dieux,
Dans le pourpris de vos cieux î
Je dy lors que toute gaye
Sus l'herbette elle s'esgaye,
Les plus belles fleurs pillant.
Pour de son beau chef brillant
En tisser les tresselettes,
Ou près des fontainelettes
Quand elle estonne les champs
De la douceur de ses chants.
Ne ravissez ma mignonne
Dans vostre saincte couronne.
Je t'ajure de rechef.
Par tes yeux et par ton chef,
Et par ton front, ma Déesse,
A ce que tu ne te laisse
Tromper aux tentations,
Aux flatteuses passions.
Qui gastent l'amour entière,
D'une affection première.
Mais, mais, mon Dieu, quel courroux,^
Mais quel martire jaloux,
Mais, mais, quelle frenaisie
Brouillasse ma fantasie ?
Hé ! pourroy-je bien penser
Qu'on voulsist recompenser
Ma fermeté tant loyale
D'une trayson desloyale ?