‹ Mignardises amoureuses de l'admiréeChapitre 14 sur 33 · SONNETS · texte numérisé non relu

SONNETS

Ma plume lente oiseusement couharde,

Seiche et poudreuse en un coing languissoit, Mon front baissé, resveur s'aparessoit.

Se renfrongnant d'une chère songearde ;

Ma triste voix d'une parole tarde, S'arraisonnant contre moy gemissoit, Et de mes yeux une liqueur issoit Me flestrissant d'une couleur blafarde ;

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Mais un beau feu, un beau feu pris du «-iel,

Mais un beau dard, un beau dard plein de miel. Mais un beau crin, un beau crin qui me lie

M'ont desjà tant eschauflPé, poinji;t, pressé. Que sous mes pieds gaillard j'ay terrassé Toute l'humeur de ma mélancolie.

Je ne veux point aux amoureux discours Ma douce plume aucunement contrciudre, Et si ne veux pareillement esteindre Outre mon gré le nœu de mes amours.

L'eau veut couler avecque un libre cours, La terre veut ses fleurs librement peindre, La vigne aussi avec l'ormeau se ceindre De sa nature entregrimpant ses tours.

Mieux que forcé croist le branchu lierre, L'on void aussi la précieuse pierre Auprès des eaux luire ses bords natifs.

La beauté nuë hait le fardé visage, Le rossignol ne contraint son ramage.

Mes vers aussi ne sont point abortifs.

Si d'un Orace, ou Catulle, qui dore Ses vers mignards d'un or délicieux, Si d'un Properce en vers industrieux, Si d'un Ovide ou d'un Orphée encore :

Si d'un Tibulle, ou d'un Toscan qu'honore Tout brave esprit hautement curieux.

Si d'un Ronsard, Bellay ingénieux.

Si d'un Baïf mes vers sont vaincus ore ;

Lalage aussi, Lesbie et la Cynthie, Corinne belle, Euridice et Délie, Laure, Cassandre, OHve et la Meline

Perdent adonc de la beauté le prix, Par celle là qu'admirent mes esprits, En deité plus que les Dieux divine.

L'un tout grongUcard en sa rude vieillesse, L'autre privé d'amoureuse faveur, Et cestuy-cy tout glacé de froideur, Blasme d'Amour la gaye ^fentillesse.

L'un abesty d'ignorante paresse,

L'autre jurant brutal en son mal heiar, De nos escrits veut gourmander l'honneur, Rongeant ses doigts de nous voir en liesse.

Mais en despit de leurs grondans abois, J'entonneray des accents de ma voix Le plus parf aict de ta divine gloire ;

Leur sot babil quelquefois périra, Et maugré eux, immortel volera D'un docte Amant le nom en la mémoire.

Ce feint parler d'une voix enfantine, Qui me brandist d'un langage mignard, Et qui d'un son foiblettement jazard Tremble et bégaye au fond de ma poitrine ;

Ce ris honteux, ceste jeunette mine, Et l'ondoyer d'un doux flottant regard, Qui traversant une œillade à l'escart M'esbloiiit tout d'une flame estoilline ;

Et plus encor ce baiseret flattant

Qui chaudement par langues combattant Kemplist ma bouche en odeurs parfumée,

Me faist toucher le but de mon désir; Mais, ô trop vain et volage plaisir.

Quand tous mes dicts se perdent en fumée !

Cent fois je baise et ton front, et tes yeux, Ton sein, ta main, ta bouche, ta gorgette, Cent et cent fois te mignardant, garcette. Je te rebaise et rebaise en cent lieux.

Tu m'as rendu jusque là furieux En baiserets, qu'une fois ma bouchette

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Laissa couler une aspre doucelette Sus ton nombril (lien délicieux).

O doux apast, doux apast, si ta flanie N'eust embrazé depuis l'heure mon ame D'un feu cruel, qui me tient enflamé ?

Mais tel mal-heur me donne un si grand aise, Que de pouvoir redoubler ceste braise, Je voudroy bien, voire au lieu jdus aimo !

La moite nuict sa teste couronnoit

De mainte estoille au ciel resplendissante, Et mollement à nos yeux blandissante, Après la peine un doux somme amenoit;

Le gresillon aux prez rejargonnoit,

Perçant, criard, d'une voix esarissante ; Et aux forests jaunement pallissante, D'un teint blafard la lune rayonnoit.

Quand j'apperçeus ma Nimphette descendre De son cheval pour à mon col se pendre, Me caressant d'un baiser savoureux.

Devant le jour la nuict me soit première. Plus chère aussi l'ombre que la lumière, Puis qu'el' m'a faict si content amoureux.

Quand j'apperçoy quelque traict approchant De tes beautez, dans une belle dame.

Soit de l'esclair de ta jumelle flame.

Ou de ton ris les plus tiers alleschant.

Soit de ce sein deux beaux thresors cachant. Dont le toucher le feu mesmes enflame.

Ou soit du poil, blond tyran de mon ame, Soit du parler, ou bien soit de ton chant.

Soit d'un beau port, d'un maniment folastre, D'un petit pied glissant que j'idolastre, Ou soit du moins de tes perfections ;

Je suis contraint, charmé de douce rage,

En ton honneur luy rendre quelque hommage, Sans toutesfois changer mes passions.

Si ton pouvoir qui mon ame domine, Est mon appuy, et le seul fondement Dessus lequel mon amour fermement Se soustenant, autre-part ne s'incline ;

Si de ta main celestement divine

Tu me distrais du sentier de tourment.

Si mon espoir, si mon contentement

En mon vouloir (mon seul but) se termine ;

Si je ne peux rien faire ou désirer, Ou au plus haut de l'Amour aspirer Si premier n'est permis de toy, Madame ;

Donques pourquoy tous les jours permets-tu Que mon amour je chante, et ta vertu, Si tu ne croys en l'ardeur qui m'enflame ?

Je ne voyois à l'entour de ma teste,

Passant les monts, que mille espaiz brouillarts; Une Aure, adonc courant de toutes parts, Soufloit par l'air une noire tempeste ;

One Jupiter, quand horrible il s'appreste De nous lancer la fureur de ses dards, Ne fut si fier, qu'en ces esclairs esparts Qui rougissoient des montaignes la creste.

Chascun ainsi, de douleur entamé, Ores de peur, ores de froid pasmé, Rouloit transy dans la neige boulante ;

Mais cest Amour de tous efforts vainqueur, Convertissoit au contraire, en mon cœur, Le froid en chaud, en Zephirs la tourmente.

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