BAISER I
Vien tifEer ma barbelette De ta main mignardelette ; Flatte-moy sous le menton, Flatte, flatte mon oreille
DE JACQUES TAHUKEAU 69
Et SUS ta bouche Aermeille En chauts baisers combattons.
Descouvre moy ta poitrine, Ta blanche gorge yvoirine, Ce beau teton rondelet ; Ça que mon col j'entortille Parmy la tresse gentille De ce beau chef blondelet.
Baise moy, baise moy, laisse, Laisse, petite maistresse !
Ha Dieu ! vien me secourir :
Ferme ce bel œil, mignarde ; Non, ouvre-le et me regarde.
Haye ! tu me fais mourir !
Eay quelque peu la rebelle, Puis, lascive colombelle, Rebayse moy sans parler Et, souspirant sus ma face, Tout foiblettement m'embrasse Te laissant sus moy couler.
Durant telle mignardise, Si ma main fait entreprise De te taster les genoux, N'use de forte défense ; Ains par foiblette puissance Résiste moy sans couitoux.
Eay semblant, friandelette, Ne pouvoir ta parolette De tes poumons arracher, A celle fin que je puisse
Ta glissante ferme cuisse De ma prompte main toucher.
Si plus avant je te presse, Ne me repousse, maistresse, D'une félonne rigueur ; Laissons ce despit courage A la trop cruelle rage Des tigres pleins de fureur.
Passons ainsi en délices
Nos jeunelettes blandices,;
Usons de nostre plaisir :
Que sçavons nous, ma mignonne,
Si la mort qui tout moisonne
Nous viendra demain saisir !
Quand la favorable nue De la nuit cache la vue De ce soleil en^-ieux, Et qu'entre tes bras j'essaye Nu à nu guérir la playe Que je reçoy de tes yeux;
Et quand plus la nuit te presse Qui te fait languii-, maistresse, Dessous un demy sommeil.
Et que tendrement je baise, J'arrose et suce la braise De ton coralin vermeil ;
Alors tout mon corps s'allonge, En un prompt désir me plonge, En mille pensers divers, • Tost me penchant sur ta face.
DE JACQUES TAHUREAU
Tost sur ton corps que j 'embrasse, Tost me voltant à l'euvers ;
Tost mignardant tout folastre Ce flanc i-ebondi d'albastre, Cette cuisse, ce beau sein.
Cette molle levrelette, Cet œil, cette mamelette, Ce poil, ce front, cette main ;
Tost regardant ta minette Honteusement doucelette.
Ton soubsrii-e doux-tremblant, Ta coiffure à l'advantage.
Ta carrure, ton corsage Qui me va le cueur emblant.
Tost t'appeiant ma Déesse, Mes délices, ma liesse.
Mon tout, mon bien, mon désir.
Mon paradis, ma fleurette.
Mon bâme, mon amourette.
Mon doux sucre, mou plaisir.
Ma jazarde, ma miguarde,
Trepillarde, fretillarde.
Mon âme, mon cueur, mon mieux,
Toute belle, colombelle.
Passerelle, tourterelle.
Ma perle, mon ris, mes yeux,
Ma Nimphette, Driadette, Ma doucette, ma garcette.
Mon teton, mon nombrillet, Ma mignonne, ma belonne,
Mon doux myrthe, ma ccaronne, Mon petit tendron douillet.
Tout ce qui donne com-age En cet amoureux passage, Soit de fait ou de parler, Par moy mignard ne s'oublie, Quand la douceur qui nous lie Nous fait ainsi receler.
N'es tu donques bien heureuse En ceste guerre amoureuse D'avoir si folâtre amy, Qui mesme la nuit ne souffre Qu'un pesant sommeil l'engoufre Aux doux combats endormi?