‹ Mignardises amoureuses de l'admiréeChapitre 17 sur 33 · BAISER II · texte numérisé non relu

BAISER II

Baise moy tost mignardement, Baise moy colombellemen't !

Tu ne veux donq que je te touche r Çà, redonne moy cette bouche Et me baisant soufifi-e qu'un peu J'esteigne l'ardeur de mon feu.

Hà ! là ! friande, que mon âme Se perd doucement en ton bâme !

Ne t'endors point de ce sommeil, Ne t'endors point, mon petit œil.

Ne t'endors point, ma colombelle, Ne t'endors point, ma tourterelle 1 Ha, Dieu ! qu'il fait bon mordiller Ces belles roses et piller Un million de mignardises,

DE JACQUES TAHIJREAU

Pendant que par douces feintises Ce bel œil nageant à demv Contrefait si bien l'endormy, Cependant que ma mignonnette Soutient de sa lèvre mollette Pleine d'un nectar non pareil, Tant de mois baisers au réveil.

Ha ! tu me chatouilles, mignarde, Tu me chatouilles, fretillarde 1 Ha! mauvaise, oste ceste main Qui me frétille dans le sein.

Et quoy ? quoy ? ma petite amie, Tu faisois tantost l'endormie ?

Et quoy ? il sembloit à te voir Qu'on ne te deust jamais revoir, Tant bien tu mignardois ta mine, Remuer dessoubs la courtine ?

Or ça donq ; ça, je le veux bien; Raccouplons nous au doux lien Auquel la Ciprine déesse M'apprit dès la tendre jeunesse ; Au lien si doucement fort Qu'il m'estreindra jusqu'à la mort.

Qui maugré ma noire journée Après ma dernière halenée Me fera place aux champs heureux, Entre les plus gays amoureux.

Ça donq à l'envy, ma mignonne, Ça, ça, mignonne, qu'on me donne Cent mille estroits embrassements En cent mil divers changements ; Que je sente toute imitée Ta lèvre dans ma bouche antée Et le vermeil de ces couraux Me redoubler cent mille assauts.

Ne vois tu pas comme l'Am'ore, Geste eriAieuse, recolore Desjà d'un esclat jaunissant L'avant jour partout blondissant ?

* Hélas ! hélas! que peu me dure Cette tant heureuse avanture !

O combien m'est court le déduit De cette tant mignarde nuit !

Puis doncques que le jour nous presse, Adieu, ma petite maistresse, Adieu, ma gorgette et mon sein, Adieu, ma délicate main, Adieu donq, mon teton d'albâtre.

Adieu, ma cuissette folâtre.

Adieu, mon œil, adieu, mon cueur.

Adieu, ma friande douceur !

Mais avant que je me départe, Avant que plus loin je m'escarte, Que je taste encore ce flanc Et le rond de ce marbre blanc.

Tu pleures, hé ! ma douce folle, Tends moy les bras que je t'accolle, Et que pour ton dueil apaiser Je te donne encore un baiser, Que je suce encor, mignonnette.

De tes yeux une larmelette.

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