BAISER V
Levé toy, ma mignonnette, Levé toy, mon amom-ette; Décharge ton œil mignard De ce fardeau sommeillard ; Viens ouyr, eu ce bocage, Le plaintif bruyant ramage Du plaisant rossignolet, Qui, d'un tetin doucelet, Dégoise sus la frescade.
Tiens, tost prends ta vertugade ; Ça, que j'aide à te lacer.
C'est faitj ça, viens m'embrasser, Récompensant mes services D'un million de délices.
Hastons nos pas, car j'ay peur Que cette douce fraischeur Du matin sans nous se passe, Et que la chaleur n'efface Le plus beau de ton vermeil.
Par le hâle du soleil.
Hastons nous donq, mignonnette, Hastons nous, mon amourette ;
Traversons vite ces champs.
N'oys tu des oiseaux les chants Et leur decliquante noise Qui si doucement degoise ?
O le miguard ventelet, Doucettement froidelet !
Asséons nous, mignonnette, Sur cette herbe verdelette, Auprès du cours de cette eau Qui gargouille en ce ruisseau.
Tiens, tiens ce lue, ma mignonne, Et le touchant contretonne,' De ta ravissante A^oix, Les oisillons de ce bois.
Voy comment sur nostre teste Jà le rossignol s'appreste, Attiré par ce doux son, D'accorder à ta chanson.
Cesse, cesse, mignonnette, Et voy cette bergerette Qui, sans nous penser icy.
Plaint son amoureux soucy.
Regarde comme elle assine Son amy soubs l'aubépine ; Voy comment, d'un bras mignard, Lascivement fretillard, Par naturelle allégresse, Son mignon elle caresse ; Voy d'autre part ce garçon Qui, d'une gaye façon, Accoste la pastourelle.
Et comme, entre la mamelle De son blanc folâtre sein, Il fait escouler sa main.
La mignarde qui se joue
DE JACQUES TAHUREAU 79
Luy donne dessus la joue
Tout doucement un revers,
Puis de ses friands yeux verds,
Toute raigearde, elle aguigne,
Et grimpant (comme une vigne
Sus l'ormeau son compagnon)
Luy darde un baiser mignon.
Le galand prend hardiesse
De luy donner sus la fesse,
Tâtonnant ce cuir poli
De son albâtre joli.
Elle se fasclie, il l'apaise;
Elle mord, il la rebaise;
La friande clôt les yeux ;
Le gars saute tout joyeux,
Cueillant sus la bergerette
Le fruict de son amourette.
Vrayment ils nous monstrent bien
Le chemin de nostre bien.
Viens donques, mai stresse, approche
A l'abri de cette roche,
Et par un tel doux plaisir,
Etanchons nostre désir.
Mais vrayment, ma mignonnette,
Mais vrayment, mon amourette,
Il nous faut bien de nos fleurs
Recueillir d'autres douceurs.