‹ Mignardises amoureuses de l'admiréeChapitre 20 sur 33 · BAISER VI · texte numérisé non relu

BAISER VI

Va, je ne demande pas 'l 'avoir nue entre mes bras; Va, folle, je ne souhaite Toute uuict dans ta couchette,

Par un trop glouton désir, Me soûler de mon plaisir.

Quelque mal-appris rustique En cette douce jDratique, Et qui ne sçait pas gouster Ce qui doit plus contenter En l'amoureuse plaisance, ' En prenne en telle abondance

Qu'au matin un contrecœur Luy engrossisse le cœur; Mais toy, ma Nimi^hette gaye, Je veux, belle, qu'on me paye, Je veux que d'un doux baiser Mon mal on vienne apaiser; Et, plustost que toute nuë, Viens t'en proprement vestuë.

Afin que l'accoustrement, Par un doux empescliement, M'esguillonne le courage A mignarder d'avantage Et folastrement toucher Ce qu'il voudroit plus cacher.

O moy heureux! que j'ay d'aise Quand ma mignonne je baise, Faisant dedans son doux sein A demy couler ma main, Quand une toile argentine Couvrant sa blanche poitrine, Que je A'oy pousser souvent Par le souspir d'un doux vent; Ou quaud un miguard ouvrage, Faict à jour, d'un gent feuillage.

Fermant, mon doux envieux, Ce beau sein délicieux, M'empesche que je ne touche.

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De mes doigts ou de ma bouche,

Ainsy que je voudroy bien,

Ce beau marbre Parien ;

Et quand aussy sa main douce

Foiblettement me repousse

Et serre, en ce doux tourment.

Mes doigts tendrelettement;

Mais qui quelquefois endure

Que je fasse une ouverture,

Glissant parmy son colet,

Jusqu'au tetin durelet.

O moy heureux que j'ai d'aise !

Quand le tastant je te baise.

Et que d'un sucré baiser

Tu viens mon mal apaiser !

Encores je te demande

Ce mol baiser, ma friande,

Tel que ta blanche palleur

En prenne un peu de couleur.

Ainsi, dans ces mignardises,

On doit user de feiutises,

Tost son amy rebaisant

Puis soudain le refusant

De ce que plus il désire

Pour alléger son martyre ;

Afin qu'un plus grand désir

Fasse plus grand le plaisir

De cela qui d'avantage

Poingt d'amour la douce rage.

Ainsi je me plais bien fort

Quand, par un mignard efEort,

Je mords, je baise, j'accole

Quelque doucelette folle,

Qu'elle, embrazant mon doux feu.

Me fasse achepter un peu

Ce qui n'auroit point de grâce Accordé de prime face; Mais qui nié feintement Se prend bien plus doucement.

Je veux bien que sa main blanche, Passant nue sus ma hanche, Et folâtrant dans mon sein Aussi nu comme sa main, Me chatouille, mepincette, Et que la gaye folette , Ne me veuille point laisser 1 En repos sans l'embrasser, Estroittement enlacée D'une accolade pressée, Sans m'embrasser gayement D'un estroit enlacement.

Si dessous la côtelette De la belle Nimphelette, Par un larrecin mignard Je me cachoy fretillard; En sorte que tout folâtre J'y merquasse son albâtre; Je la Toudroy bien voir lors (Ses yeux flottant demi-morts) Perdant toute contenance, D'une douce remonstrance Me reprendre d'estre tant Lascif en la mignotaut.

Ainsi me plaist la pucelle Non pas lom-dement rebelle.

Non cruelle sans mercy, Non pas trop facile aussy; Mais qui simplement doucette Mais qui doucement simplette Courre sa lasciveté

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D'une chaste honnesteté.

Ainsi beaucoup plus je prise De se fondre en mignardise.

S'eutreperdant tour à tour Dans les douceurs de l'amour, Qu'embrasser toute nuictée D'une amoureuse eshontée A cœur soûl les membres nus ; Car fust-ce une autre Venus, Fust-ce Hélène, ou fust la belle Baïtîenne pucelle, En ce faisant tout soudain On la tiendroit à desdain.

Voire l'amour la plus forte 8e traictant de telle sorte, Au lieu de s'en voir espris Se tourneroit à mespris.

Ça donq, ma Ninphette gaye, Ça donq, belle, qu'on me paye ; Ça ça, que d'un doux baiser Mon mal on vienne apaiser, Et plus-tôt que toute nuë Viens-t'en proprement vestuë.

Afin que l'accoustremeut, Par un doux empeschement, M'esguillonue le courage A miguarder davantage, Et folastrement toucher Ce qu'il voudroit plus cacher.

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