‹ Mignardises amoureuses de l'admiréeChapitre 21 sur 33 · SONNETS · texte numérisé non relu

SONNETS

Tu pourras bien choisir un sers-iteur

Ayant en main de plus grandes richesses, Tout semé d'or, de gemmeuses largesses.

Superbe et fier d'un hazardeux honneur ;

Voire tenant des destins la faveur, Trop mieux instruit en frivoles adresses, Plus courtisan à farder ses caresses Et ses propos masquez de faulse ardeur.

Mais entre mille, et mille, et mille, et mille, Tu n'en pourras trouver un moins fragile Ne qui t'admire aussi fidèlement.

Ou qui au lict lascivement folastre, Saçant, baisant ta rose et ton albastre. T'aille embrassant aussi mignardement.

Ceux qui des Roys par faicts chevalereux Reçoivent l'Ordre en signe de proësse, N'ont un collier si brave que la lesse Qui plaisamment m'enchaisne langoureux,

Lesse ^Tayment que ces doigts amoureux.

Ces doigts rosins de ma belle maistresse D'une royale et prodique allégresse Ont mis autour de mon col trop heureux.

Une faveur pend à cette chainette, Faveur tissue en riche escarcelette Portant mon nom entrelacé du sien ;

Portant aussi d'éternelle origine

Une amitié : mais dedans ma poitrine, Trop mieux estreint, je porte ce lien.

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Quand je tressants aux accords de ton poulce Pinçant les nerfs d'un beau lue ivorin, T^ui au glisser d'un fredon argentin Par mon oreille escoulant me detrouce;

Quand je m'embasme en ceste haleine douce, Qui par soupirs m'entonne un vent sucriu ; Et quant au goust d'un baiser nectarin D'un dard poignant je reçoy la secousse;

Puis quand je voy, t'embrassant doucement, Ton corps ployant dessous moy lentement. Ton œil mourant d'une œillade baissée ;

Quel heur alors, quel heur dont je jouy, Quand dans ton sein (miracle) esvanouy Je ressuscite une ame trespassée !

Ce n'est plus toy , ma Sarte, qui te plaings Avecques moy, aux souspirs de ma peine, Ne qui m'entends, pour ma fiere inhumaine, Jecter en vain sanglots et tristes plaincts ;

J'ay délaissé les bois, les monts et plains, Prez et rochers de ma terre du Meine, Pour esmouvoir à pitié de la Seine Les flots roulans, jà de mes larmes pleins.

Desjà, desjà les Nimphes les plus belles De ces lieux cy sentent les estincelles. Qui par milliers bluëttent soubs ma voix.

O Ciel heureux ! ô trop heureuse terre ! Si du lien qui esclave m'enferre Me deslacer quelquefois tu pouvois!

Voyez combien Amour est inconstant, Voyez au moins combien il est volage.

Voyez comment il tourne le courage De ceux qu'il va comme moy tourmentant.

Tantost, helas ! (ce me sembloit) content,

Et presque hors de son trop long servage

Je m'asseuroy, délivré de la rage

Du vain espoir qui me va desmentant.

Je pensoy bien en changeant de contrée

Que ceste amour dans mes veines ancrée

Relascheroit quelque peu sa rigueur ; Mais sans arrest, jà bien loing de la Seine,

Aux bords du Clain, triste je me pourmeine.

Plus que jamais esprouvant sa fureur.

A JEAN DE PARDILLAN, Panjas, second.

O que par trop j 'estime, et par trop mal-heureux Celuv qui, sus la fleur de sa blonde jeunesse, Ne gouste, mon Pan j as, la mignarde allégresse Dont nous paist cest Enfant doucement rigoureux.

Cet Enfant tendrelet, cet enfant amoureux, Qui m'apastant de l'œil de ma belle maistresse Non d'une femme humaine, ainçois d'une déesse, Me fî\ict boire un venin aigrement doucereux ;

Ainsi tu es heureux, en la fleur de ton aage, De voir pour ta Colombe affoler ton courage, Et de vivre subject soubs l'amour ton vainqueur :

Et bien heureuse aussi la belle Colorabelle De toy, mon cher Paujas, la Colombelle belle,

D'avoir par tes beaux yeux si bien gaigné ton cœur.

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