‹ Mignardises amoureuses de l'admiréeChapitre 22 sur 33 · SEIGNEUR DE LA MIXGUETIERE · texte numérisé non relu

SEIGNEUR DE LA MIXGUETIERE

Soit que tu sois en troupe de gens d'armes Sus un cheval fièrement poudroyant, Soit qu'un canon homble foudroyant Sifle sus toy en tonnantes alarmes ;

Soit qu'en faulsant et le corps et les armes De l'ennemy dessoubs tes coups ployant.

Et çà et là pour ses playes fuyant Humble il te fasse hommage de ses larmes ;

En quelque part que ce dieu furieux T'aille guidant, non jamais ocieux A soustenir sa vaillante querelle,

Tu as tousjours dans le cœur imprimé Cet œil tant doux, et ce front tant aymé De ta mignarde et belle Danioiselle.

Ne voir ma Nimphe au matin proprement Trousser d'un nœu sa chevelure blonde, Qui sus son front re flotte comme une onde. Autour des yeux voletant doucement ;

Ny voir l'esclat de son accoustrement.

Qui se pannade en une vague ronde, Ny les doux mots de sa langue faconde, Ny de son corps le chaste embrassement,

Ny de ses yeux la douceur tant cruelle, Ny le plaisir que j'ay de A'oir pour elle Un infini de pauvres langoureux ;

Ne peuvent tant de moy ravir mon ame Qu'un simple mot de ma pudique Dame, Qui faict mourir tout lascif amoureux.

Si te voyant tout en tout admirable, Tu es le plus de ma conception, Si en voyant qu'autre perfection N'est point à toy, que la tienne, semblable ;

Si te voyant sus toutes amiable Tu m'entretiens en ceste affection, Si tu me fais (ô douce passion ! ) Navrer le cœur d'une playe incurable ;

Si ce blanc Hz, si ce pourpre vermeil Te font aimer par les traicts de ton œil, Si ta constance admirant je t'adore ;

Si ta beauté peut contenter mes yeux, Ce noble esprit me plaist encores mieux, Et le parfaict qui ton ame décore.

Ce col marbrin plus que la neige blanc, Ce large sein repoussant deux boulettes, Ce beau pourpris de roses verdelettes, Ce maniment de l'un et l'autre flanc;

Ce front hautain, ce nez, ce double rang Tant bien uny de tres-cheres perlettes, Ces crings espars en vagues ondelettes, Ce chaud baiser qui me suce le sang,

Ce doux refus, ceste offre liberalle, Ce vif flambeau, qui le soleil esgalle, Ce pourpre fin, ceste blanche couleur,

Me font mourir, vi-\Te, pleurer et rire, Aymer, hayr, estre oisif et esci'ire, Sain en tounnent, malade sans douleur.

Je ne crains pas qu'un antre mieux disant Fasse changer ma loyalle maistresse, Ou s'efforçant de fleschir sa promesse Par larges dons, qu'un Koy m'y soit nuisant.

Je ne crains pas qu'on m'aille desprisant, Me faisant nul auprès de ma déesse,

DE JACQUES TAIIUREAU 89

Ou qu'eu blasmant toute jeune liesse, D^ uos amours on aille mesdisaiit;

Et si ne crains que la mordante peste D'un feu jaloux ma maistresse moleste, Tant elle est sage, et tant el' m'aime fort.

Tant seulement à quelque heure haineuse Je crains, helas! la darde vénéneuse Du bras hideux de l'effroyable mort.

Ville de Tours, la plus heureuse ville, Que ce grand œil aille point regardant, Ville qui tiens ravy tout regardant, Par le regard de ma Nimphe gentille ;

Ville, qui as des beantez mille et mille, Que sus mon lue doucement accordant.

Je chanteray en beaux vers, ce pendant Qu'amour heureux dans mes A-eines distille ;

Ville, qui fais les corps luisans aux cieux Dessus ton Loire estre tous envieux.

Par le parfaict de sa belle Nayade.

Contentez-vous, ô Cieux, de vos esprits.

Sans estre en vain d'une autre amour surpris, Ou vous paissez seulement d'une œillade.

Je pourrois bien par une infinité

D'autres accords mieux touchés sus ma lire. En te loiiant heureusement descrire De ton esprit la parfaicte beauté ;

Cest œil aussi qui tient ma liberté De l'amour franc en l'esclave martire. En admirant de ton plus que j'admire, Ceste mignarde et foible cruauté ;

Je pourrois bien de l'amoureuse peine, Par mille vers faire preuve certaine, Parlant encor de mes jeunes chaleurs ;

Mais il vaut mieux désormais que je taise

Et tes beautez et ma cuisante braise,

Puis que mes vers rengregent mes douleurs.

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