ELEGIE
Quand je te fay de mes vers un discours
Dont le subject n'est autre que d'amours.
Tu es songeux de sçavoir qui m'inspire
De tant sonner sus l'amoureuse lire.
Ce n'est Phœbus qui par accords divers
Vient compasser le nombre de mes vers ;
Ce n'est aussi la voix de Calliope,
L'heur de Parnasse, et l'honneur de sa trope.
C'est l'œil vainqueur qui tient le mien surpris.
Le seul outil qui polist mes escrits.
Ce que je tiens de parfaict en mon ame,
Ce que je fay, tout provient de maDame.
5oit qu'el' se pare au matin proprement
De son manteau, folastre accoustrement,
Dont la couleur diversement changeante
Faict bigarrer sa chambrette luysante.
Je ne prens lors mon subject qu'au manteau,
Dessoubs lequel niche maint amoureau,
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Je n'ay alors autre plus douce cure
Qu'à mignotter sa douillette fourrure.
>Si j'apperçoy ses blonds cheveux miguards
Autour du front folastrement esparts,
Je ne despeincts que ses flesches dorées,
Qui vont flottant en vagues esgarées.
Si je la voy toucher d'un doigt coulant
De la guytaire un passage roulant,
Et sa main prompte, et son doux chant j'admire,
Qui faict rougir honteusement la lire.
8i je la voy d'un sommeil gracieux
A demi-morte entressiller les yeux,
Si je peux lors dans sa moitte bouchette,
Succer l'odeur d'une aleine doucette,
Si je l'entens mouvoir, rire, ou parler,
Si je la voy d'un glissant pied couler,
Dru, dru, fuyant en ronde verdugade,
Si l'aguignant elle me contr'œillade,
Tout ce qu'el' dit, et bref un rien qu'el' fait
Plus que des Dieux me semble œuvi'e parfait.
Et en cela, en cela seul, j'anime
Les doux accents de ma nombreuse rime.
Le nautonnier des vents devisera.
Le laboureur de ses bœufs parlera,
Le fier soldat de quelque aspre blessure,
De son bestail le berger aura cm-e;
Les uns diront Briare furieux,
Avec cent mains rampant contre les Dieux,
Mais je ne peux de ma guitarre tendre
Si haut encor les foibles cordes tendre.
L'œil de Madame est mon divin object.
Je trouve assez en amours de subject.
D'amours je vy, et d'amours je respire.
D'amours friand, d'amours je veux escrire.
Si nia poitrine aux raiz d'un feu plus chaud,
Pouvoit darder ses flamesches plus haut,
Je gruinderoy mon humble petitesse
Jusqu'au sommet de ta brave hautesse ;
Mais de Famour ce donx-amer venin,
Qui va suçant, cruellement bénin,
Le tiède sang de mon corps goutte à goutte.
Par devers Iny retient mon ame toute.
Jusqu'à la mort ma guitaire bruira
Cest humble orgueil, qui, las ! m'y conduira.
Après la fin de ma trop brefve vie
El" bruira l'œil dont el' sera ravie.
Et s'il advient, amy, qu'un souvenir,
Te fasse un coup pitoyable venir,
Auprès du coing où sera ma closture
De marbre noir, en noire sépulture ;
Au moins allors pour la forte amitié
Dont je te suis tant -v-ifvement lié.
Dessus mes os espandant quelques larmes,
D'un long soupir dy et redy ces carmes :
i< Helas ! voicy, helas ! voicy le lieu
Où gist le corps, mais corps d'un demi-dieu.
Que l'œil trop beau d'une Nimphe trop belle
Ensorcela d'une poison mortelle ! «
O moy heureux, hem*eux après ma mort
Si tu plains, las I mon pitoyable sort !
O de mon corps la cendre fortunée
S'elle reçoit si douce destinée !
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