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acquérir une immortalité à laquelle ils ne pourront jamais parvenir. Les premiers ont ce bel air et cette heureuse fécondité que je demande dans la poé-àe, et les seconds cette rudesse et cette stérilité fascheuse, qui est la plus grande ennemie des bons vers. Mais quoyqu'en cela je donne beaucoup à la nature, tant s'en faut que je veuille rien oster à l'art ny au travail d'un excellent homme ; que je le croy absolument nécessaire à celuy qui veut vivre éternellement entre les mains et dans la bouche de tous les siècles. Il faut mesler adroitement l'un avec l'autre et fortifier son imagination par la connoissance des langues grecque et latine et par la lecture des bons autheurs. Et là dessus on juge bien que je ne mets pas au rang des vrais poètes ces esprits qui, pour une chanson, un sonnet, ou quelque epig«-amme, pensent avoir mérité tous les lauriers du Parnasse. Ceux qui les admirent font compte de bien peu de chose, et tesmoignent bien que leur esprit a des bornes de peu d'estendue. Les intelligens ne mettront jamais ces petits rimeurs qu'au rang de ceux qui ne parlent pas mal françois et qui sont capables de divertir une petite demoiselle dans la ruelle d'un cabinet ; mais non pas -de contenter l'esprit d'un
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excellent homme. Ils parlent humainement, mais le langage du vrai poëte s'esleve audessus de l'humanité et c'est pour cela qu'on l'appelle le langage des Dieux. Ce grand génie de l'antiquité, qui laisse encore en doute notre siècle s'il réussit mieux dans le panégyrique que dans la satyre, demeure d'accord de ceste vérité lorsqu'il dit ces paroles considérables et dignes d'estre gravées sur toutes les portes des cabinets de nos poètes : Neque concipere mit edere partum mens petit, Jiisi ingenti Jlumine lîtlerarum inundata. C'est-à-dire que l'esprit de l'homme ne sçauroit rien concevoir ny rien produire, qu'auparavant il n'ait été abreuvé, voire mesme inondé du fécond ruisseau des bonnes lettres. C'est le discours que je tiens ordinairement à nos jeunes poëtes, qui me viennent consulter. Je les exhorte premièrement à l'estnde ; car pour ce qui est de la politesse et du tour des vers, c'est une qualité qui ne s'acquiert qu'à force de mettre la main à la plume et de fréquenter les sçavants maistres de l'art. Son recueil de vers, qu'il intitula Mignardises de V Admirée, contient plusieurs odes, sonnets et autres petits poënies, qu'il appelle baisers, que ce grand maistre en matière devers d'Amour, Jean Second pour-
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roit bien advouer comme siens, du moins quant aux sentiments ; car, pour ce qui est des paroles, elles n'y sont pas toutes si délicates ny si polies qu'elles pourroient bien estre. Voici le premier de ses sonnets, afin que l'on juge des autres par cet échantillon, qui me semble aussy gentil que bien tourné :
Ce n'est pas moy qui veutd'un feint ouvrage (9)...
Il mit aussy en vers françois le livre de Salomon; mais je ne l'ai point veu imprimé.
Il adressa au Roy Henri II une Oraison, sur le sujet de la grandeur de son règne et de l'excellence de la langue francoise. Elle est descrite si nettement que je ne croy pas que ce temps là ait rien produit de mieux. Elle fut imprimée in-4°, à Paris, l'an 1555, avec quelques vers du mesme autheur dédiez à la Reyne Marguerite de Navarre.
La lecture de ses deux Dialogues françois est extresmement utile et divertissante. C'est une belle et docte satyre en prose contre les vices de son temps, et il y compte les défauts qui se rencontrent ordinairement dans toutes les professions. Ces deux dialogues furent imprimez à Paris pour la première fois, l'an 1556, plusieurs années après sa mort. L'Epistre liminaire de Mau-
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rice de La Porte, son bon amy, m'apprend que Tahureau se signala dans les armes pendant les guerres de François P' et de Charles - Quint et que ce n'estoit qu'au retour des combats qu'il s'exerçoit à faire des vers et à composer des livres.
Il fit sans doute encore quelques bergeries, que nous n'avons point veues(lO); ce que j'infère de la lecture de l'Art poétique de François de Vauquelin de la Fresnaye; car cet autheur, qui estoit son voisin et son amy, le met au rang de ceux qui aymèrent les forests de leur tems, et qui firent des Eglogues et des Poésies pastorales.
C'est ainsy qu'il en parle :
Baïf et Tahureau, tous enmesmes années, Avions par les forests les Muses promenées. Belleau qui vint après, etc.
Par ces Muses, il entend les Muses forestitres, que Theocrite, Virgile, que Sannazar et tous les autres avoient heureusement traittées.
Pierre de Ronsard le met au nombre de ces nobles poètes qu'il invite d'entreprendre avec luy le voyage des Isles Fortunées et de quitter la France, pendant ses divisions et SCS guerres :