Histoire de France, préface de
190 MIONET, MICUELKT, HKNRI MARTIN.
11 ne voulait d'abord faire que cinq volumes*. 11 en a fait dix-neuf, et vingt-six, en comptant les sept volumes de la Révolution, vingt-neuf en comptant les trois volumes du xix* siècle. Il voulait voir et dire : une passion d'historien ; tout voir, tout dire. Les chemins s'allongeaient devant lui, les horizons nouveaux surgissaient, et tout était enchantement, ravissement. Quoiqu'il n'eût jamais songé à écrire l'histoire de la Chine, il disait un jour : a Si on me condamnait à ne jamais écrire Thistoire de la Chine, j'en mourrais de douleur, » Au sixième volume de celte histoire de France, qui devait tenir en cinq volumes, il en est encore à Louis XL
Il passe assez rapidement sur l'époque gauloise, sur Charlemagne. Lui, le rêveur épris de la douce Allemagne, de ses légendes, il passe vite sur Charlemagne. Il ne sent pas le
1. Au premier volume, les races; au second, les provinces; au troisième, les institutions ; aux deux derniers, Vhistoire de la nationalité française. (Voir au tome premier le préambule.)
grand empereur. Il commence par lui à défaire les grandes renommées. 11 est aussi très dur pour Philippe-Auguste, et pour la journée de Bouvines, « qui n'est rien ». Saint Louis pourtant trouve grâce devant lui. Il Tadmire dans son courage, et jusque dans sa sainteté. Mais il ne s'occupe des rois que par occasion ; c'est le peuple qui est tout.
Son héros, ce n*est ni Charlemagne, ni Philippe- Auguste, ce nlest pas même saint Louis ; c'est la France. Il en fait une description qui remplit tout le troisième livre et qui est un chef-d'œuvre. Chose nouvelle, celle géographie a autant de mouvement que Thistoire.
Elle est animée, vivante, agissante. Il en montre à merveille TutiUlé, la nécessité. Sans cette base géographique, le peuple, Tacteur historique, semblerait marcher en l'air, comme dans les peintures chinoises, où le sol manque. Le sol n'est pas seulement le théâtre de l'action, Par la nourriture, le climat, etc., il influe de cent manières dans la comédie. « La terre fait Tbomme, » dit
m MIGNET. MIGHELET, HENRI MARTIN.
Michelet. Il dira ailleurs, à propos de la Hollande : « L'homme fait la terre. » La vérité est que le citoyen et la patrie se créent l'un par l'autre. 11 ne les sépare pas dans l'IiiStoire, qui est la résurrection intégrale des âges.
11 résume ainsi sa description de la France, quand il la compare aux peuples voisins :
« L'Angleterre est un empire, l'Allemagne un pays, une race ; la France est une personne'. » Et il ajoute aussitôt ce commentaire : a La personnalité, l'unité, c'est par là que l'être se place haut dans l'échelle des êtres. »
La guerre entre la France et l'Angleterre remplit une partie de ces six volumes. Ne craignez pas qu'il vous mène de bataille en bataille, de traité en traité. Le descendant de Guillaume le Conquérant, quel qu'il soit, c'est un homme rouge, cheveux blonds et plats, gros ventre, brave et avide, sensuel et féroce, glouton et ricaneur, entouré de mauvaises