Le 12 avril
Zît MIGNET, MICHKLET, HENRI MARTIN.
faire colonel de la garde nationale. Michelet s'en tint à ses livres, à ses archives ; fidèle jusqu'au bout à sa vocation d'historien.
Dépouillé en 1852 de ses deux emplois, il ne lui restait que sa vaillante plume. Il se procura un peu d'argent en vendant^ ô des conditions désastreuses, ce qui lui restait de ses éditions, et se retira dans une solitude aux environs de Nantes. A peine est-il là, qu'il pense à Carrier et à la Vendée... Il doit y avoir, il y a des documents. U les trouve, il les dépouille. C'est un coin de l'histoire qu'on lui devra. Mais le climat de Nantes est trop dur. U fuit jusque dans les Apennins, et c'est là qu'il commence à se reposer de l'histoire des hommes dans l'histoire de la nature . Ce climat aussi menace de lui être fatal. U finit par s'établir au cap La Hève.
lUui faut un métier. N'ayant plus pour vivre que sa plume, il commence la longue série de ses petits livres. Il en a, comme ou sait, toute une biWiothèque, pour le moins
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aussi populaire que son Histoire de France .
Parmi ces petits livres d'espèces diverses et de valeur très inégale, qu'il ne cessa de publier jusqu'à sa mort sans abandonner ses grands ouvrages, il en est un qu'il faut rapprocher de sa lutte contre les jésuites, parce qu'il en est la continuation et l'achèvement. C'est le livre intitulé ; le Prêtre, la Femme et la Famille. Il fait partie, comme l'Étudiant et quelques autres, de sa lutte contre les Des Garets. C'est un des coups les plus forts qu'il ait portés. 11 y prend corps à corps la confession auriculaire, l'influence domestique du prêtre. N'ayez pas peur ; le jésuite s'y retrouve aussi; mais cette nouvelle lutte a une autre portée que la première. Attaquer la confession, c'est attaquer toute l'Église
Michelel disait qu'en histoire il faut d'abord chercher le vrai, et ensuite Téclairer par le vraisemblable. Il dépasse le vraisemblable dans ce petit livre. Il ne dit plus comme ailleurs : cela est vraisemblable, donc cela est vrai ; mais cela est vrai, parce que cela n'est
pas impossible. Méthode nouvelle assurément, surtout dans un livre de polémique, et peu rassurante pour les intéressés. Il peut arriver sans doute que le prêtre devienne le maître, même pour les choses de la vie non spirituelle, et même qu'il devienne Tamant.
Tout le monde, amis et ennemis, sait que de tels crimes sont aussi rares qu'ils sont monstrueux. Pour lui, c'est le courant de la vie, Tordinaire. II y a des degrés, c'est tout ce qu'il accorde ; mais dès qu'il y a un confesseur, le gouvernement de la famille change de main, le cœur de la femme change de maître. Avec toutes ses flatteries et toutes ses adorations, il est aussi dur pour la femme que pour le prêtre. Peut-être davantage ! Eve trahit encore Adam... Cet homme ému, cette femme tremblante, réunis si près l'un de l'autre, pour parler tout bas de l'amour de Dieu... Il faudrait qu'il fût un saint, qu'elle fût une sainte, cas invraisemblable... Ainsi, pas de milieu, une sainte ou une prostituée ; le ciel ou l'enfer. Le père, dans la famille,
représente la raison ; mais la raison impuissante et opprimée. La femme lobsèdejour el nuit pour le détourner de sa voie, pour lai imposer les volontés d'un autre. Elle élève sa fille contre lui . Il rencontre dans la rue un homme qui connaît mieux que lui ses plus secrètes pensées, qui salue humblement, se détourne et rit. Un homme dont le cœur est aussi troublé que l'esprit ; <» il croit haïr le vice, el il l'envie seulement ». Et le jésuite? Car il faut bien que le jésuite revienne. Le jésuite apparaît comme les juges des Grands Jours sous la monarchie, pour réparer les défaillances de la justice ordinaire. Le jésuite n'a pas l'ennui du menu fretin des petits péchés ; il est surtout utile pour dispenser une pénitente de dire à son confesseur ce qu'elle veut lui cacher. Quand le jésuite passe souvent, le confesseur devient peu à peu une espèce de mari, dont on ne tient guère compte, il dit ailleurs (dans l'Étudiant^ un livre qu'il donne comme la continuation de son cours interrompu) : « Épouser celle dont
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rgi MIGNET, MICHELET, HENRI MARTIN.
un autre a Tâme, jeune homme, souviens-t'en, c'est épouser le divorce. » Les protestants, M. Monod, un excellent esprit, font grand cas du Prêtre de Miclielel*. On ne peul nier qu'il n'y ail très souvent, dans ce livre, des remarques fines, des observations pénétrantes. Michelet Tadmirait beaucoup. « Je dépouillai l'écrivain ; et puis, j'ouvris ma poitrine. J'y lus le livre du Prêtre. C'était moi, et c'était tout^ » El ailleurs : « Plus ce livre ira dans l'avenir, plus on verra que, malgré l'émotion polémique, ce fut encore un livre d'histoire \ » Et encore: « Où donc ai-je plus mis mon cœur? » Pauvre homme de génie, le monde qu'il crée en dramaturge puissant, est si vivant pour lui (hélas ! il Test aussi pour la plupart des lecteurs), qu'il le prend pour le monde réel. C'est un roman, une scène de comédie, de comédie implacable. Mais quand il dit : « C'est un livre d'his-