La Femme j le Prêtre et la Famille ^ préface
MICHKLKT.
toire, » il est de bonne foi. Dans ses plus grandes erreurs, dans ses plus incroyables exagérations, il reste toujours un grand cœur et un grand artiste.
Malgré les désastres publics et les malheurs privés qui Tavaient assailli, et malgré la lutte acharnée dans laquelle il jouait un si grand rôle, iVlichelet continuait à faire à^V Histoire de France l'occupation principale et le but de sa vie. Seulement, il avait pris une résolulion étrange. Au sortir du règne de Louis XI, au heu de commencer le récit de la Renaissance, il saute brusquement trois siècles et se met à écrire Fhistoire de la Révolution, sauf à revenir à Louis Xll et François I", après avoir écrit sept volumes et laissé écouler dix années. Le motif qu'il en donne est conforme à son habitude de rattacher les graves résolutions à des causes insignifiantes. Il visitait, un jour, les galeries et les clochetons qui ornent, à Texlérieur, la cathédrale de Reims. Parvenu au dernier clocher, il vit autour de sa base une guirlande de suppliciés,
les uns ayaut la corde au cou, les autres le visage mutilé, et c'étaient tous des hommes du peuple*. Aussitôt il s'écria: « Je ne comprendrai pas les siècles monarchiques si d'abord, avant tout, je n'établis en moi l'âme et la foi du peuple. » On a expliqué sa détermination par l'amour de la popularité.
L'histoire de la Révolution, sujet populaire s'il en fut! Pouvait-il l'abandonner à Lamartine, à Louis Blanc ? C'est la même explication qu'on donnait quand Michelet renonçait à écrire l'histoire des empereurs pour commencer plus tôt l'histoire de France. Ici comme là, je pense qu'il céda à son propre goût plutôt qu'au goût présumé des lecteurs.
Je reconnais que, pour cette fois, il est sur le théâtre, en communication avec la foule, depuis son cours au Collège de France, et qu'il peut lui en coûter de renoncer aux applaudissements, aux bravos enthousiastes pour revenir à l'étude silencieuse et calme du