Histoire de France^ préface de i
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passé. Mais il en aurait pris son parli au bout de quelques semaines. Ce qui l'a entraîné, c'est, par-dessus tout, son amour pour la Révolution française, qui, pour lui, est une religion ; il en est enthousiasmé, fasciné.
Cet amour résume tous ses amours. Il adore la France et le rôle prédestiné de la France ; mais la France, le peuple de France n'exisle sous la monarchie qu'à l'état de victime ; il est là pour être tyrannisé, affamé, exploité. C'est à l'heure de la Révolution seulement, à cette heure bénie entre toutes, qu'il occupe enfin la scène et se révèle avec ses instincts, son cœur, son intelligence, sa force ; c'est alors qu'en se transformant, il transforme le monde et lui donne un principe nouveau, une loi nouvelle. Michelet aborde cette histoire avec des transports de joie. Non, il ne pouvait pas attendre. « Que vous avez tardé, grand jour! »
Si vous le voulez bien, nous ne sauterons pas comme lui de Louis XI à Robespierre, et, avant de chercher comment il explique la
mort de Louis XVI, nous lui demanderons compte des trois siècles qui la précèdent. U lui a fallu onze volumes pour les raconter. Le premier s'appelle la Renaissance. Sachez, en rouvrant, que vous allez y retrouver Miclielel tel que vousTavezcennu jusqu'ici, car suivant Texpression d'un de ses plus judicieux critiques, il n'est pas perfectible ; je ne dirai pas qu'il a foi en son infaillibilité, mais il ne s en faut guère; comme il se raconte lui-même, au moins autant qu'il raconte la France, de quelque côté, objectif ou subjectif, que vous regardiez son histoire, entre le huitième et le neuvième volume, il n'y a pas d'abîme. Il va pourtant quelque changement. Pendant ces dix ans, d'autres ont étudié l'histoire; ils l'ont modifiée, peu modifiée, suivant Michelet : « En effet, ils ont accepté mes bases, appliqué mes idées, profité de mes découvertes »/ modifiée pourtant: il en lient compte, un certain compte. Il veut bien
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ajouter que lui-même s'est trompa, notamment en ce qui concerne le procès des Teml^liers. 11 a trouvé de nouvelles pièces. Il sVst trompi'» aussi dans son appréciation du moyen à.(e. Mon, il ne s'est pas trompé, il ne veut pas aller jusque-là, le mot est trop fort; il a un peu cédé h l'engouement de la nouvelle école littéraire pourTart gothique. Il en est bien revenu aujourd'hui.
Voilà sa confession. 11 n'ajoute pas qu'il est devenu « montagnard », parce qu'il a la prétention de l'avoir toujours été. Mais un juge équitable, qui suit dans ses livres Thistoire de son âme, est obligé de dire qu'il l'est devenu, et ce changement-là est le principal. C ^ n'est pus impunément que Michelet vient de passer dix ans parmi les hommes de la montagne. Ils l'ont converti. « Vous voulez savoir ce que j'aurais été à la Convention?
(Certes, nous le voulons.) Je n'aurais pas été jacobin. (Non ! non ! Qui dit jacobin dit inquisiteur, et ce nom-là ne sera jamais accolé à celui de Michelet.) Mais j'aurais été monta-
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gnard. J aurais siégé entre Cambon et Carnol*. » Ce montagnard a beau rire de son ancienne naïveté, il rougit un peu d'avoir admiré la Sainte- Chapelle comme un feuillant; il se repent d'avoir baisé la croix de bois du Colisée. Il était libre alors. A présent, les jacobins (dont il n'est pas) ont Tœil sur lui. 11 sait qu'il y a du péril à être tendre pour Tennemi.
Du péril pour lui-même ? Non pas : quel péril? D'ailleurs, il l'aurait bravé; il ne dépendait que de sa conscience. II croit, désormais comme les jacobins, qu'il faut poursuivre l'ennemi jusqu'au bout, ne pas transiger, ne pas s'arrêter. Ce n'est pas un
1. Histoire ik la Révolution, livre X, ch. x. « Si nos lecteurs nou3 demandent quel banc et quelle place nous aurions choisie, nous répondrons sans hésiter : Entre Cambon et Carnot.
» C'est-à-dire que nous aurions été montagnard et non jacobin.
» Une grande partie de la montagne, les Grégoire, les Thibaudeau, beaucoup de députés militaires, restèrent étrangers à la société Jacobine. Les dantonistes, spécialement Camille Desmoulins, quoiqu'ils y aient été de nom, lui furent très contraires d'osprit. »
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sentiment nouveau qui Fenvahit, cVsl une doctrine.
Grâce à Dieu, il n'a pas perdu sa verve étincelante parmi ces froids déclamateurs.
Jugez-en par ce portrait du dernier empereur du moyen âge ; — c'est Tempereur Maximilien, — (c un don Quichotte sans naïveté, chasseur avant tout, et, secondairement, empereur. Il eut la jambe du cerf et la cervelle aussi. Courant d'un bout de l'Europe à Tautre, gardant d'autant mieux son secret qu'il ne le savait pas lui-même toujours. Percé aux coudes, nécessiteux autant que prodigue, et mendiant sans honte au nom de l'empire. On le vit, à la fin, gagnant sa vie comme condottiere dans le camp des Anglais, empereur à cent écus par jour » '.
Ce triste personnage n'est que l'intervalle entre le monde qui finit et celui qui va commencer. Les trois chefs de celui-ci, les dieux, comme il les appelle (ce n'est pas pour les