Histoire de la Révolution, liv. IV, ch. ui
lion donnerait la prépondérance aux paysans, et, par eux, aux hobereaux et aux prêtres.
Thouret proposa un cens de trois journées de travail. Les amis de Tidéal (le mot est de Michelet, et il est bon à retenir), les amis de ridéal, Grégoire, Duporl, Robespierre, protestaient. On eut la sagesse de ne pas les écouter, et de rafler des mains de Tarislocratie un million d'électeurs des campagnes.
Tant pis pour les amis de l'idéal el les partisans de l'égalité ! a Dans le cas où Ton était, rien de plus vain, de plus funeste, que cette thèse de droit naturel. Les utopistes, au nom de l'égalité, d^nna'ent un million d'électeurs aux ennemis de l'égalité. On les laissa clabauder. La République vota, sans vergogne, le salut de la République \ » Notez qu'il ne s'agissait pas ici de donner un gage au principe de la propriété. Le but était tout simplement de donner aux ouvriers des villes la prépondérance sur les ouvriers des cam-
1 Histoire de la Révolution, liv. Ul, ch. m.
pagaes, « tourbe fanatique, dit Michelet, barbares aveugles, jouet des nobles et des prêtres, serfs d une servitude invétérée ».
L'écrasement des campagnes au profit des villes, ou pour parler plus exactement, au profit de Paris, était, est encore, le rêve des révolutionnaires. C'est le but que les monta* gnards n'ont pas cessé de poursuivre depuis un siècle, malgré leurs déclamations en faveur de l'égalité*.
Certes, je ne veux pas dire que Michelel approuve tout. Dans celle grande marche triomphante de la France et de l'humanité, de rhumanité par la France, il note des fau-
i. Al rapprocher de celte doctrine le passage suivant du 1X« volume de VHistoire de France, où elle est très accentuée. C'est à propos de Savonarole. « Il y a, pour chaque République, un moment où ses ennemis la somment de périr, au nom de son principe môme, » Le mot est de Quinet. Michelet répond : « Les amis de Savonarole prirent leur parti. Ils violèrent, pour le salut de l'Élal, une loi qu'ils avaient faite eux-mêmes. Chose énorme! En vérilé, la République avait refusé de se tuer. » C'est bien cela. Périsse le principe plutôt que la République! Mais si pourtant la République ne peut vivre que par le principe ?
MICHELET, t55
les et même des crimes. Il n'approuve ni rinquisition jacobine, ni rUorrible simulacre de la justice qu'on appelait le tribunal révolutionnaire, ni les charretées de suppliciés ; encore moins les assassinats dans la rue et les massacres dans les prisons. Il dit, et je Ten remercie, que ces horreurs ont retardé d'un demi-siècle Tavènement de la République. Il ne le dit pas assez. Je voudrais qu'il le dît à toutes les pages. Un demi-siècle, ditil? Et voilà cent ans que nous en mourons.
Je voudrais qu'il s'inspirât de l'indignation de Quinel contre la théorie des crimes nécessaires *. Je voudrais que Michelet fût le champion du droit éternel. Il en était digne. Je voudrais qu'il fût le sauveur de la Révolution. Il pouvait Têtre, en dégageant à jamais la cause du droit de celle de la vengeance.
Il a horreur du sang de Septembre quand il le voit, du tribunal révolutionnaire quand il compte les charretées. Personne n'a plus