‹ Mignet, Michelet, Henri MartinChapitre 8 sur 44 · Mkhelei, Ma Jeunesse · texte numérisé non relu

Mkhelei, Ma Jeunesse

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et le besoin d'être uimé, la fierté, Forgueil lui apprirent dès lors à diviser les hommes en amis et en ennemis, et à ne pas compter d'indifférents.

Il apprit aussi à se reposer sur sa propre force: « Je me rappelle, dit-il, que, dans ce malheur accompli, privations du présent, craintes de Tavenir, Tennemi étant à deux pas (181 4), et mes ennemis c^ moi se moquant de moi tous les jours, un jour, un jeudi matin, je me ramassai sur moi-même, sans feu, la neige couvrant tout, ne sachant pas trop si le pain viendrait le soir, tout semblant finir pour moi, j'eus en moi, sans nul mélange d'espérance religieuse, un pur sentiment stoïcien; je frappai de ma main crevée par le froid sur ma table de cheue que j'ai toujours conservée, et sentis une joie virile de jeunesse et d'avenir * . »

11 ne savait que le peu qu'il avait appris chez M. Mélot. II lui fallut un an pour se

1 Michelét, k Peuple.

mettre au courant. Au bout de deux ans, il était à la tête de la classe. M. Villemain, M. Victor Le Clerc furent ses deux professeurs de rhétorique. En 1816, il eut tous les prix du concours général.

Les mauvais jours étaient passés. L'empereur avait supprimé presque tous les journaux et presque toutes les imprimeries; mais M. Michelet, le père, avait trouvé une place de surveillant dans la maison de santé du docteur Duchemin, et Michelet lui-même venait de terminer ses études par un coup d'éclat. On manquait dans ce temps-là de gens de lettres, à la suite de tant de guerres et d'une si longue interruption de tout enseignement ; il ne tenait' qu'à lui de se mettre aux gages des libraires; il pouvait aussi, par l'intermédiaire de ses maîtres, se faire affilier à la coterie qui disposait alors de la célébrité littéraire. « J'eus, dit-il, le bonheur d'échapper aux deux influences qui perdaient les jeunes gens, celle de la vie doctrinaire, majestueuse et stérile, et de la littérature industrielle, dont

la librairie, à peine reconstituée, accueillait alors les plus malheureux essais. Je ne voulus point vivre de ma plume ; je voulus un vrai métier. »

11 donna quelques leçons. L'institution Briand lui payait soixante francs p^r mois pour quatre heures de leçon par jour. II avait un ami, Poinsot, qui mourut jeune, et dont il parle avec enthousiasme ; il s'était lié aussi avec M. Poret, qui a suppléé M. Cousin à la Sorbonne avant notre éminent confrère M. Vacherot. Il préparait avec ardeur ses examens. II fut bachelier en 1817, docteur en 1819*, agrégé en 1821. Il devient professeur d'histoire et de philosophie au collège Rollin en novembre 1822.

II se livra avec ardeur à son enseignement, à ses élèves. Il les aimait. Il croyait les aimer comme un père; mais je crois qu'il les aimait

i. Ses deux thèses, deyenues introuvables, furent imprimées chez Fain. En voici les titres :

Examen des Vies des Hommes illustres de Plularque (plaquette de 21 pages).

De perficiendd infinUate $ecundum Lockium.

lat MIGNET. MICHKLBT, HJîNRI MARTIN.

auisi comme un virtuose aime son instrument. « Ces jeunes générations aimables et confiantes, qui croyaient en moi, me réconcilièrent avec l'humanité. J'étais touché, attristé souvent aussi de les voir se succéder devant moi si rapidement. A peine m'atta* chais-je, que déjà ils s'éloignaient. Les voilà tous dispersés, et plusieurs (si jeunes)) sont morts. Peu m'ont oublié; pour moi, vivants ou morts, je ne les oubherai jamais. Ils m'ont rendu sans le savoir un service immense. Si j'avais, comme historien, un mérite spécial qui me soutint à côté de mes illustres prédécesseurs, je le devrais à l'enseignement, qui pour moi, fût Tamitié. »

Ce n'était pas seulement son amitié pour ses élèves qui l'attachait au métier. Dans un livre, on parle pour l'avenir, à des lecteurs inconnus. Dans l'enseignement, comme la transmission est immédiate, la réponse l'est également. On suit les progrès de sa pensée dans Tesprît des autres, rien qu*en regardant leur figure et leur attitude ; on voit et on sur-

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monte les obstacles ; on est porté, soutenu par refifet même qu'on produit. Michelel, qui avait un égal besoin d'épanchement et de solitude, ressentait là quelque chose de la famille, qu'il aimait, sans se trouver en contact avec le monde, qui l'inquiétait et le blessait.

n se maria de bonne heure, comme la plupart des solitaires. Le vide s^étaitfait dans la famille. Le grand-père était mort le premier, puis la mère, qui lui laissa un deuil inconsolable. « Elle a eu mon mauvais temps, elle n'a pu profiter de mon meilleur. Jeune, je l'ai contristée, et je ne la consolerai pas. Je ne sais même pas où sont ses os ; j'étais trop pauvre dorspourlui acheter de la terre. » Elle était morte le 9 février 1815. Chaque année, à cette date, il portait une couronne au cimetière. On a retrouvé cette note sur son agenda : « Déposé une couronne sur la tombe où peut-être repose ma mère. » Son père seul lui restait, et Poinsot, qui vivait avec eux, et qui mourut quelques années

après. II y avait dans la maison de santé du docteur Duchemin, une jeune personne, attachée à une dame âgée comme demoiselle de compagnie. C'était la fille d'une grande dame de l'ancien régime qui avait profité de la Révolution pour divorcer, et s'était mariée à un acteur, nommé Rousseau. Rousseau mourut, et sa veuve s'empressa de reprendre le nom plus aristocratique de son premier mari.

Notre demoiselle de compagnie, étant la fille de l'acleur, rappelait trop un passé qu'on aurait voulu oublier; elle avait été peu aimée, mal élevée, et avait accepté cette sorte de domesticité pour ne pas rester dans la maison paternelle. Son malheur fut sans doute son principal attrait aux yeux do Michelet. Cette union dura seize ans. L'exiguïté de leurs ressources, le caractère de sa femme, très dévouée, mais peu faite pour les relations du monde, cet isolement, cette nouvelle lutte succédant à toutes celles qu'il avait supportées dans son enfance, contribuèrent à entretenir chez lui une suscepti-

bilité un peu maladive, qui le rendait exigeant dans Tamitié, et presque hostile à tout ce qui lui était nouveau et inconnu.

Son talent, sa position officielle lui auraient ouvert toutes les portes. Le monde lui- fit des avances, qui ne le tentèrent pas. « Les salons demi-catholiques, bâtards, dans la fade atmosphère des amis de M. de Chateaubriand, auraient été pour moi peut-être un piège plus dangereux. Le bon et aimable Ballanche, puis M. de Lamartine, plusieurs fois vouhirent me conduire àTAbbaye-aux-Bois. Je sentais parfaitement qu'un tel milieu, oîi tout était ménagement et convenance, m'aurait trop civilisé. Je n'avais qu'une seule force, ma virginité sauvage d'opinion et la libre allure d'un art à moi, et nouveau *. »

Il voulut pourtant être membre de l'Institut, autant pour prendre son rang que pour profiter des moyens d'étude qu'on ne trouve qu'ici. Il manquait à l'Académie française et

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