‹ MignonChapitre 18 sur 77 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

WILHELM

Quel est ton père? Quelle est ta mère?

Hélas ! ma mère dort,

Et le Grand Diable est mortl

WILHELM

Le Grand Diable ! Que veux-tu dire?

C'était mon premier maître.

WILHELM

Celui qui t'a vendue à cet homme!... (L'examinant avec intérêt.) Mais comment étais-tu tombée entre ses mains? Parle! Je puis peut-être venir à ton secours et t'arracher à cette vie misérable. On t'a volée à ta famille, sans doute? N'as-tu pas conservé quelque souvenir de ton enfance?

(Mignon le regarde sans répondre.) Tu gardes le silence! Tu

n'oses te confier à moi!

MIGNON, cherchant à rappeler ses souvenirs, et comme se parlant à elle-même.

De mon enfance, une seule chose est restée gravée dans mon esprit, précise comme au premier jour. Je m'étais écartée de la maison de mon père et j'errais à l'aventure dans la campagne, quand je me vis entourée par des hommes à figure étrange. Je les supphai de me ramener chez mon père en leur indiquant le chemin qu'ils devaient suivre; ils me le promirent et m'emmenèrent avec eux. Mais, la nuit, comme ils croyaient que je dormais, j'entendis l'un d'eux qui disait : « Elle pourra nous être utile; ii » faut lui faire quitter son pays au plus vite!... -»

WILHELM

Dis-moi donc quelles contrées tu a3 traversées pour venir

jusquHci, vers quels lieux lointains tu voudrais être ramenée. ^

Connais -tu le pays où fleurit l'oranger,

Le pays des fruits d'or et des roses vermeilles.

Où la brise est plus douce et l'oiseau plus léger.

Où dans toute saison butinent les abeilles?

Où rayonne et sourit, comme un bienfait de Dieu,

Un éternel printemps sous un ciel toujours bleu? Hélas! que ne puis -je te suivre

Vers ce rivage heureux d'où le sort m'exila I C'est là que je voudrais vivre, Aimer et mourir ! — c'est là I /' /

II J(c^ yvc^ - ^ ct'A c^m^

Connais-tu la maison où l'on m'attend là-bas?

La salle aux lambris d'or où des hommes de marbre

M'appellent dans la nuit en me tendant les bras,

Et la cour où l'on danse à l'ombre d'un grand ^.rbre?

Et le lac transparent où glissent sur les eaux

Mille bateaux légers pareils à des oiseaux...

Hélas! que ne puis -je te suivre Vers ce pays lointain d'où le sort m'exila !

C'est là que je voudrais vivre,

Aimer et mourir! — c'est là!,..

WILHELM

Ce pays enchanté dont tu parles, cette contrée heureust dont ton cœur a gardé le souvenir, n'est-ce pas l'Italie^ chère petite?

MIGNON, rêveuse.

L'Italie!... Je ne sais...

WILHELM, à part.

Étrange créature!

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