‹ Miguel MañaraChapitre 5 sur 11 · scène · texte numérisé non relu

scène

PREMIER RELIGIEUX. — Eh bien, que vous

en semble, frère ?

Pour moi, j'en suis encore comme le feuillage du

tremble.

Qu'un langage si simple vous emplisse de ciel et

la tête et le cœur, c'est chose, en vérité, qui passe l'entendement. J'eus fort à faire, surtout vers la fin du discours, de réprimer mes larmes; et j'ai là, au creux du

gosier, une toux étouffée qui brûle comme l'ortie. Le saint homme que Frère Miguel de Dieu ! et

l'habile orateur !

Je veux attendre ici notre révérend Père et m'en-

quérir de l'effet qu'un si beau langage peut avoir sur le

cœur de Dieu.

Je ne suis pas grand clerc ; je lis mal dans les livres; la bêche et le râteau sont mes compagnons ordinaires ; et qu'un mot un tantet, un tantinet savant me vienne taquiner l'oreille, me

voilà muet comme l'ami ver de terre.

Aujourd'hui, cependant, j'ai tout compris ; la

bonne parole du pénitent est tombée dans mon cœur comme poignée de

graine rare.

Et savez-vous qu'il me fallut, au début du sermon, mordre la lèvre et fermer l'œil, pour ne pas rire ? Est-ce ainsi que l'on parle de Notre Seigneur,

pensai-je ; voilà un langage de muletier ou de vieille femme; et sommes-nous des enfants, pour qu'on nous dise

ces choses ^ Et puis, tout-à-coup je sentis que cette voix venait

non point de bouche d'homme, mais comme des

lèvres d'une blessure profonde.

Et lorsqu'il nous parla du Seigneur marchant sur

la mer

son éloquence se fit douce à mon oreille comme

la voix des grandes eaux soudairf calmées et pénétrées d'une lumière de

tendresse.

DEUXIÈME RELIGIEUX. — J'ai suivi

comme vous, mon frère, en tous ses points le singulier discours. J'en ai goûté le mouvement

et la couleur, mais voilà ! j'ai jauni parmi les parchemins et ma vieille tête est celle d'un bibliothécaire. Hélas ! qu'est-ce que de l'homme !

Certes, le franc-parler peut être enchantement, mais le parler trop franc fleure souvent l'hérésie ; et le laisser-aller de la passion (si aimable qu'il

nous paraisse) ne vaudra jamais, à mon sens, une ordonnance

bien pesée.

PREMIER RELIGIEUX. — Il me siérait mal, à coup sûr, de vous contredire, mon frère ;

les sermonnaires les plus lourds en savent moins long que vous.

Convenez, toutefois, que la parole fut édifiante

et que, venue du cœur, elle trouva le chemin du cœur.

Considérez aussi la vie de Manara, son passé

détestable, son repentir ardent; cet amour du pauvre qui Taiguillonne de feu et qui le fait courir dès l'aube, sale comme un

pourceau, la barbe au vent, la faim et la soif dans la bouche, une sébile à la main ; cette terrible humilité qui lui frappe les genoux, vingt fois du jour,

comme d'une pierre, et le jette, tout en pleurs, aux pieds du mendiant

moqueur ou sur le dur chemin de la prostituée ; cette bouffonne tendresse pour les tout-petits qui vaut à notre fou, de la part des mères ravies, des caresses comme on en fait à l'ânesse, à la

vache ; (et moi aussi, je me surprends parfois à lui parler

trop doucement, comme quand on découvre, d'un coup de bêche

mortel, le terrier de quelque misérable bête de potager).

Considérez encore cette amère gratitude qui lui fait de toute la terre des douleurs et des péchés une hostie douce à la salive, un prie-Dieu douillet: ne l'ai-je pas surpris, un jour, prosterné dans un

champ

et parlant à la glaise sourde comme à sa mère ?

et (c'était un dimanche de l'autre mois), ne Tai-je pas vu

courir à la pierre qu'un ivrogne lui jeta, la ramasser et la baiser très tendrement ?

— Mais le voici qui sort de l'Eglise, environné de gueusants.

Voyez comme il babille, tout rouge et essoufflé,

avec le révérend Abbé qui lui sourit.

Jamais je ne l'ai vu si joyeux, si enfant.

DEUXIÈME RELIGIEUX. — Qu est ceci ?

(Le mendiant paralytique JOHANNÈS MELENDEZ, tout recroquevillé^ se traîne lamentablement hors de VEglise, Des cris et des rires V accueillent sur la place.)

UNE VOIX D'HOMME. — Voici notre vieux

béquillard coureur d'églises, voici Johannès Melendez, le vieux voleur que la colère de Dieu a frappé.

Venez, venez tous par ici.

Il est permis de rire un brin après les longues litanies.

UNE VOIX D'ENFANT. — Je vais lui envoyer

cette pierre dans les dents.

Mon chien Ta mordu hier et il m'a appelé d'une voix caressante, sans doute pour me battre.

CLa pierre frappe JOHAN- NÉS en pleine poitrine. Il tombe en poussant un cri,)

DON MIGUEL. — Seigneur ! on a frappé un

pauvre, un malade, un vieillard, et je vois des visages d'hommes et de chrétiens

s'éclairer de plaisir, comme si le bateleur avait déroulé son tapis.

UNE VOIX DE FEMME. — C'est Johannès

Melendez, le vieux corbeau voleur et boiteux qu'un enfant a frappé d'une pierre, bon moine. Ce n'est que Johannès, le gibier de potence, que

l'on a relâché l'hiver dernier, après quatorze ans de galères. On ferait bien de le tuer comme un vieux chien

qu'il est.

Quand on lui jette un os, il se met à prier, pour

se moquer de vous, et puis revient, à l'heure grise, voler la pâtée du

chien des honnêtes gens.

DON MIGUEL.— Johannès ! Johannès ! M'entends-tu ?

JOHANNES. — Vous êtes le saint moine Manara.

Je reconnais votre voix.

C'est une douce voix.

DON MIGUEL. — Johannès, recommande ton

âme à Dieu ; tu as la face d'un homme qui va mourir.

JOHANNÈS. — Hélas, non. L'heure n'a pas sonné. Ne vous inquiétez pas, bon moine.

Hélas, non. Malgré mon grand âge et ma faiblesse et ma douleur,

Dieu me refuse le sommeil. Il me faudra vivre des jours et des jours,

des nuits et des nuits ; ramper comme le ver,

gémir comme Tessieu que l'on n'a pas graissé,

disputer l'os sans moelle au chien abandonné.

L'instant n'est pas venu.

L'expiation est longue, bon moine.

DON MIGUEL. — L'expiation est très longue,

Johannès ; mais l'expiation est très douce aussi, Johannès.

Et tu ne parles pas comme un ennemi de Dieu.

JOHANNES. — Je fus longtemps, longtemps

un ennemi de Dieu tout comme mon pète le bandit et ma mère la

fille publique.

Ma triste mère n'eut pas le courage de m'étrangler ; elle m'a nourri

de son lait de voleuse sur sa couche de prostituée. J'avais huit ans lorsqu'un prêtre fornicateur, touché de compassion, me parla du Père, du Fils

et de l'Esprit, et, me voyant pleurer, pleura amèrement. C'est lui qui m'apprit à prier, et j'ai souvent prié

pour lui, le mauvais prêtre, et pour ma misérable mère. Et lorsque vint le temps très doux d'aimer, mon cœur s'éprit

d'une jeune bohémienne, sauvage comme moi, comme moi méprisée.

Elle m'aima et sa tribu la chassa comme une chienne à cause de cet amour pour un bâtard de chrétien. Les jours étaient durs, les jours étaient durs, bon

moine.

Alors je dérobai, — pour nourrir sa douce bouche

de femme.

La vie des galères me mangea lentem.ent les os ; et quand mes jambes furent molles comme le linge

sous la pluie, on me jeta sur le rivage avec une paire de béquilles et je suis venu mourir ici, où Dieu m'a fait naître.

DON MIGUEL. — Seigneur, Seigneur, je vous

appelle de Capernaûm.

Seigneur, Seigneur, j'élève la voix au pays des

Gadaréniens ; Seigneur, Seigneur, me voici dans la contrée de

Génézareth ; Seigneur, Seigneur, je pense à vous aux confins de

Tyr et de Sidon ; Seigneur, Seigneur, ma voix vous arrive du pays

de Décapolis ; Seigneur, Seigneur, ie crie vers vous de Bethsaïda ; Seigneur, Seigneur, venez à mon secours aux

confins de la Judée, au delà du Jourdain.

Amen.

(Au paralytique :)

Tu as beaucoup souffert des hommes, mon frère

Johannès. Et quel nom donnes-tu à Dieu, dans tes pensées '^

Tappelles-tu Douleur, ou Justice, ou Vengeance.'^

JOHANNES. — Je lui donne le nom qui est le

sien propre, frère Mafiara ; celui que vous avez vous-même crié tantôt, au

prône, bon frère Manara.

DON MIGUEL. — Et quel est-il ?

JOHANNES. — Amour.

DON MIGUEL. — Jette tes béquilles.

(JOHANNES, après un court instant d'hésitation, jette au loin les béquilles.)

DON MIGUEL. — Lève-toi et va.

(JOHANNES MELEN-

DEZ se lève et sans regarder personne, court à VEglise en criant d'une voix terrible :

Hosanna ! Hosanna !

L'ABBÉ DE LA CARI- DAD et les moines baisent la robe de DON MIGUEL MA- NARA. Le peuple crie : Miracle ! et se jette à genoux implorant la bénédiction du Pénitent.)

Une cour du Couvent de la Caridad, Silence des derniers

moments de la nuit. Le ciel est semé d^ étoiles^ cependant le

jour semble déjà être là.

Une petite porte s'ouvre sans bruit. MIGUEL M AN ARA

apparaît^ une lanterne à la main^ une besace sur V épaule.

Il est très âgé ; ses cheveux sont blancs^ ses mains tremblent.

Il s'' appuie sur un bâton.

DON MIGUEL. — O mon cœur ! ô mon enfant!

tu n'as pas dormi, et voici le jour.

Voici le jour : il vient et s'étonne de trouver au

ciel la lune d'hier.

Te voici seul sous les froides larmes d'une nuit

perdue pour toujours, seul avec tes pensées d'hier, comme l'herbe fauchée. O visage en pleurs ! ô sévère Eternité !

(Silence.)

Ils sont morts. Je suis environné de dormeurs

inconnus.

Ceux que mon cœur aima sont morts depuis

longtemps.

Un seul m'a vu vieillir : le frère jardinier, celui qui connaît la pensée des herbes et les projets

de Tair.

Tous les autres sont morts.

O lune du matin ! ô triste regard de l'Eternité !

(Silence,)

Tout n'a pas été dit, tout n'a pas été fait.

Il faut prier, il faut agir.

Le cœur immense de l'angoisse est comme le bruit

de l'aile cassée sur l'eau. Toute la nuit, toute la

nuit !

l'angoisse était à mon côté comme une épouse qui

aime et que depuis longtemps on a cessé d'aimer.

(Silence.)

Je me suis levé plus tôt que de coutume et j'ai joint ces mains fortes dans la clarté de la lampe.

J'ai fort à faire aujourd'hui, et mon cœur a raison d'aimer la faible lampe du matin

et la prière machinale dans le froid vide et bleu

qui ne tombe pas de la lune et qui n'est pas le

souffle du matin.

(Silence.)

O lune du matin ! Comme tu as le visage de ceux qui voient des choses étranges et profondes !

L'affamé happe son souffle et le mange, et s'endort dans Teau de sa faiblesse.

L'ouvrier malade rassemble ses outils en toussant.

La fille abandonnée reconnaît avec effroi la mansarde,

l'éclat de miroir et le balai : elle regarde hébétée son ventre de marâtre,

et pense tout soudain au grincement du puits.

(Silence.)

Seigneur, Seigneur, donnez-nous notre espoir quotidien !

O Père et Fils, donne-nous notre courage quotidien !

Comme le mendiant lépreux, le dos collé à la muraille, tend son écuelle vers la soupe,

ainsi tendrai-je mon jeune cœur vers la chaleur embaumée de l'amoureuse vie !

Donnez-moi ma ration quotidienne d'amour et mesurez-la moi très généreusement,

à cause des autres :

afin que j'aille, repu, vers ceux qui ne vous aiment

pas et qui m'insultent ; et que je dise : telle est sa libéralité. Car ce ne

sont point là ses dons du cœur, mais seulement les miettes balayées dç sa nappe ; et voici ce qui reste dans l'écuelle du serviteur

indigne et repu.

O rue ! ô ville ! ô royaume ! ô terre ! viens et

mange !

Car tel est le Très-Haut, car tel est le Seigneur

Amour !

Je suis Manara, celui qui ment lorsqu'il dit : j'aime. Et parce que j'ai dit à l'Eternel que je l'aimais,

mon cœur est joyeux et mes mains sont désirables comme des pains.

Que dit Paul le mauvais cœur, et que dit Marie

la prostituée ?

Que cela qui a été volé et perdu a été volé et

perdu.

Je suis Manara. Et celui que j'aime me dit : ces

choses n'ont pas été.

S'il a dérobé, s'il a tué : que ces choses n'aient pas

été!

Lui seul est.

(Silence. Vaube apparaît a V horizon.)

8o MIGUEL MANARA

Le silence a l'odeur du pommier qui rêve, l'air

revêt sa robe d'ange.

Le souffle de la terre est comme le bâillement du

bœuf.

La muraille prend la couleur de l'amandier. Voici l'aurore.

Le puits gémit comme l'écolier paresseux. L'écho

se lève de sa couche.

Voici les porteurs d'eau. La paille des étables

remue.

Le coq, le coq chante à faire pleurer le cœur. Voici le jour.

O terre ! ô bien aimée !

(Il souffle la lanterne^ puis tend r oreille,)

Et j'entends la cloche : un, deux, trois, quatre,

cinq!

Heure du moine.

Et j'entends la trompette : Tra ra ! Tra ra ra ! Heure du soldat.

(Il se dirige vers la porte de la rue ; mais soudain^ sur le seuil^ se dresse une forme emmitouflée dans un manteau sombre.)

L'INCONNU. — Arrête.

SIXIEME TABLEAU 8i

DON MIGUEL. — Je ne connais pas cet homme

et la porte est close.

Il n'a pas pu sauter le mur.

L'INCONNU. — Tu t'es levé plus tôt que de

coutume, Manara, tu as allumé la faible lampe et tu as prié. Et maintenant tu veux mettre la dernière main à

ton ouvrage.

DON MIGUEL. — Très certainement je rêve debout. Cependant je reconnais la voix

et il me souvient des paroles.

C'était il y a longtemps, longtemps.

Où donc ai-je entendu cela ?

Mais nous perdons là notre temps.

Allons, vieux cœur, courage ! et vous, mes vieilles jambes, en avant !

L'INCONNU. — Arrête.

Le jeu a trop duré. Toutes choses ont fait leur

temps.

Nous n'irons pas porter le pain que voilà aux

petits enfants, l'écuelle neuve que voilà à Pablo Ferez, notre

beau violoneur aveugle.

Toutes choses ont fait leur temps, Manara.

Il est un temps pour la jeunesse, il est un temps

pour la vieillesse.

Puis vient la mort.

Ainsi parle l'Esprit de la Terre.

DON MIGUEL. — Un voile flotte devant la

vue, les jambes s'enfoncent dans le sable, le ventre se serre, l'angoisse prend à la gorge.

L'ESPRIT. — Je suis l'Esprit de la Terre. Prends

garde.

Tu as un nom de fantôme sur la bouche. Moi, je

suis.

Je suis vraiment, par le cœur et la raison de

l'Homme.

Regarde-moi. J'ai revêtu ma forme véritable. Voici le Seigneur, voici le Prince des Royaumes

de la Terre.

Reconnais-moi.

(Il entr ouvre son manteau,)

DON MIGUEL. — Oh ! terrible visage ! — Oh ! triste visage...

L'ESPRIT. — Je suis celui qui est. Je suis le cœur de la terre. Tout le reste est moquerie.

Comme le beau voleur enveloppe de ses bras la

prostituée éperdue, ainsi ie serre la chaude terre contre mon sein. Ecoute comme la terre, la fille au large ventre,

vous raille chasseurs de fantômes, hochets creux de la Justice. Ecoute, écoute ce qu'elle souffle dans l'oreille

velue, la très-aimante :

" Que connaissent-ils de moi, ces châtrés ? je leur

fais payer cher la joie de mon odeur.

Toi, toi tu es mon amant et mon maître ! l'injure

épice ta bouche, ta main aux poils mouvants est chaude sur ma

tête.

Je te porterai de beaux enfants royaux qui aimeront l'or mystérieux et la vapeur du sang.

Je leur ferai un front bas comme le tien, ô mon

amour, et des mains énormes, et de larges bouches

lécheuses, mon amour ; et leurs visages seront chauds et pâles comme la

foudre.

Et dès le premier jour ils chercheront leur joie

dans la douleur des petits. " — Ainsi parle la Terre à son Seigneur, à son

amant.

" Nous ferons à notre enfant une couche d'écarlate

et ses deux seins appelleront le passant comme ies fontaines de la ville, comme les sources

non-scellées.

Et notre fille sera belle comme la grenade rompue

par le poids de sa chute.

Et elle dira avec un zézaiement de lait : l'amour

ne saurait être péché.

Et voilà ! ton estampille royale transparaîtra sur

son visage longuement baisé par le feu qui passe et oublie. Sa langue sera alors comme la tête du reptile

dansant et l'ombre des heures de joie s'incrustera dans le

cadran de sa face.

Et un jour son visage sera comme un ventre. Alors tu la couvriras de ton manteau et lui feras

des petits. " — Ainsi parle la Terre à son Seigneur, à son amant. " Les fils seront vêtus de fer, les filles luiront de

parfums.

Et l'or sonnera sur les tables. Et les ventres s'offriront au plus offrant.

Quiconque aura le cœur doux et rencontrera mon

regard sera comme l'insecte effrayé dans le pli de la pierre.

Il regardera sa mère et dira : je flaire la trahison,

car n'est-ce pas là un visage de vieille qui aboie à la lune ?

Et il aura sommeil et n'osera pas confier sa tête

au sein de Tépouse : car l'adultère aura passé par là.

Et ils ont beau rire ! L'adultère fait des rêves de poisons !

Et l'homme appellera sa fille, la vierge, et apercevant sa bouche, il baissera la tête. "

— Ainsi parle la Terre à son Seigneur, à son amant.

" Et l'homme confiera son héritage au cloporte des ruines, à la racine de l'ortie,

en un lieu que son frère aux yeux ardents ne visite pas.

Et le mensonge sera sur toutes les bouches, et le désir secret de la mort dans tous les cœurs.

Le plus fort et le plus vorace d'entre nos fils sera roi

et le plus faible et le plus fourbe sera prêtre ;

et ils se donneront la main et riront sous cape.

Et sur la Montagne de la Tentation, une fois l'an,

tu souffleras sur le feu secret à travers la vocifération du cratère ;

et ce qui doit nager, marchera comme la bête des bois:

et ce qui doit ramper, volera comme le feu. Et la vermine des murailles nous viendra révéler la pensée secrète de l'homme. "

— Ainsi parle la Terre au Prince des Royaumes de la Terre.

— Allons, Manara, lève-toi : tu sais bien que tu m'appartiens.

Ne m'as-tu pas donné le meilleur de toi-même, la poésie de ta jeunesse .'^

DON iMIGUEL (élevant les mains au ciel). — Je suis voyageur en la terre ; ne cache point de moi tes commandements.

(Ps. CXIX, 19. Guimel.)

Ne t'éloigne point de moi ; car la détresse est près de moi, et il n'y a personne qui me secoure.

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