‹ Mikaël (volume 2)Chapitre 6 sur 15 · II. s · texte numérisé non relu

II. s

conseil qui me rendra libre. Là je parlerai enfin, là j'expliquerai mes intentions; mais calmez Roxandre et Anika, je vous en supplie.

— Qu'ordonnez-Yous de Kiva, mon prince?

— Qu'elle présente ses devoirs à la princesse Roxandre, qu'elle reprenne sa chambre ordinaire, que rien ne soit changé, seulement qu'elle ne vienne pas danser et chanter sans mon ordre, voilà tout.

Ils se séparèrent; Rasile pour exécuter les instructions qu'il recevait , le prince pour remonter à son apparlenient. Il n'y fut pas une minute sans appeler Élie.

— A.ussitôt que Kiva sortira de chez Sa Grandeur la princesse Roxandre, tu l'accompagneras ici, tu resteras en dehors de la porte, €t, sur la vie, tu ne laisseras entrer personne, fût-ce mon oncle, fût-ce les princesses, surtout le prince Milika. Ton père est absent, tu le

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remplaceras, montres-loi digne de ma confiance.

— J'obéirai, Monseigneur.

Mikaël, demeuré sei-;, se livra aux chimères de l'amour, aux fantômes de la jalousie. Voir sa maîtresse, la femme qu'iî adorait, sous les regards de ces jeunes fous, Tobjet de leurs désirs, de leurs joyeux propos, était un supplice au-dessus de ses forces ; il aurait voulu la cacher à l'univers et garder pour lui seul ces grâces qui jusque-là faisaient l'admiration de tous. Il s'en prenait à elle de cetîe admiration, car elle s y livrait, alors que personne ne conservait !e droit de l'aimer excepié lui.

— Elle va venir ! se disait-il, et son cœur battait à cette pensée , je saurai d'elle pourquoi elle est restée si longtemps éloignée et pourquoi je l'ai retrouvée ainsi. Je me suis trahi malgré moi, plus que jamais donc il faut qu'elle soit

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hors des atteintes des autres. Mon Dieu ! si un seul osait !

Il attendait et les minutes lui semblaient des heures. Au moment où il se décidait à entrer lui-même chez Roxandre , la cigaine parut. Mikaël oublia tout, il la prit dans ses bras et la couvrit de baisers. Kiva, se sentant aimée ainsi, éprouva une de ces jouissances ineffables accordées aux âmes d'élite et que ni la plume, ni la parole ne savent rendre.

— Mon Mikaël, murmurait-elle, mon Dieu ! je vous remercie!

Et ses larmes coulaient, ces larmes de bonheur, qui font tant de bien, qui disent tant de choses, ceslaî mes qui viennent du cœur et qui y retournent, ces larmes, si chèrement payées parcelles du désespoir, et que cependant on achèterait mille fois à pareil prix.

— Mon Mikaël, continua-t-elle, lorsque son émotion lui permit de parler, nousavonsétésé-

parés des siècles, mais il le fallait : le père Basile l'exigeait d'abord, ensuite je me suis rendue à Pialra, pour toi, mon ange , un messager de Valachie devait s'y trouver, je Fai vainement attendu et je ne conçois pas son absence, elle m'inquiète. Rosetti heureusement nous apportera des nouvelles. Mais tu ne me réponds rien, ton sourcil se fronce, ton regard se fixe sur moi triste et courroucé. Qu'as-lu? qu'as-tu, mon Mikaël?

Alors commença une de ces scènes de jalousie , inutiles à décrire, elles se ressemblent toutes. Quiconque a aimé les a connues, et qui n'a pas aimé en ce monde ? Tant que l'amour durela jalousie l'entretient, lorsqu'il est fini la jalousie l'achève. Elle sert de prétexte à l'abandon : vrai ou fiiusse c'est toujours une raison à donner aux autres, à se donner à soimême du changement, dont on rougit.

La scène se termina ainsi qu'elles se terminent éternellement.

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— Je partirai, disait la jeune fille, en pleurant, ce sera le meilleur moyen de réparer la folie.

— Tu ne partiras pas, Kiva ! Nous séparer? Ohl cette absence m'a trop appris que je ne pouvais vivre sans toi. Ne crains rien, personne n'osera s'attaquer à celle qui m'est chère.

— Mais on s'attaquera :itoi, Mikaël !

Le prince sourit orgueilleusement :

— Je saurai nous défendre tous les deux, ne crains rien, je te le répète.

Et Kiva oublia ses terreurs. Une femme qui aime bien croit aveuglé.nent celui qu'elle aime. Ses paroles sont des oracles, il lui semble qu'il a sur les autres la puissance qu'il a sur elle ; et puis douter, douter de lui! ce serait un blasphème, on ne doute jamais quand on n'a pas été trompée, ou du moins quand on ne sait pas l'avoir été , ce qui revient au même, mais

ensuite, on ne croit plus, pourtant on aime encore et OM souffre !

La princesse Roxandre après une longue conversation avec Basile et le prince Théodore, prit sur elle une grande résolution et très contraire à ses habitudes : elle eut l'air d'ignorer ce qui s'était passé. La raison des deux frères leur dictait ce conseil. Le salut du pays, la réalisation du rêve de toute leur vie reposait sur Tnikaël. L'irriter serait tout perdre.

— Si sa passion n'est qu'un caprice elle s'éteindra vite, disaient-ils; si elle est sérieuse, en la contrariant on la rendrait plus sérieuse encore, d'ailleurs il sera toujours temps d'en venir là.

— Attendons la réunion, continua Théodore, l'effet peut en être tel que mon neveu, placé entre son amour et son ambition, fasse lui-inême ce que nous désirons. Tous nos anus comptent sur son mariage avec ma fille et cerlaineuient on lui en parlera.

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— Mais s'il épouse Aoika sans l'aimer, Anika sera malheureuse.

— L'amour -viendra plus tard, soyez tranquille, Madame. Quel jeune homme n'a pas eu des fantaisies de ce genre et ne les a pas oubliées devant de plus sérieux devoirs ? Ma fille ne saura jamais les erreurs de son mari, nul n'oserait l'en instruire, la paix de son àme n'en sera donc point troublée.

— Qu'il soit fait selon vos désirs alors, pourtant je ne puis m'em pêcher de craindre l'avenir.

— L'avenir est entre les mains de Dieu, Madame, quand nous aurons tout essayé nous n'aurons plus qu à nous soumettre à sa volonté.

Kiva resta donc au château comme à l'ordinaire. Peut-être Roxandre mit-elle une sévérité marquée dans sa manière d'être avec

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elle, cependant elle la regardait souvent, d'un œil de pitié et d'affection ; la Cigaine remarqua seule ces nuances et son cœur en tint compte à sa protectrice. Les jeunes gens parlèrent entre eux de l'amour du prince pour la belle iille, on se taisait devant les maîtres de la maison et leurs commensaux intimes. Il n'y eut done aucun éclat apparent, bien que chacun sut parfaitement à quoi s'en tenir, excepté Anika peut-être, défendue par son insouciance contre la vérité.

La veille du jour fixé, ainsi qu'il l'avait promis, Grégoire revint. Le marquis courut audevant de lui et son air soucieux lui apprit de mauvaises nouvelles avant qu'il ne les eut racontées. Ils s'enfermèrent ensemble, afin d'aviser aux moyens de sauver Mikaël.

Nous n'avons qu'une ressource, dit Uo-

setti, le mariage du prince. S'il abandonne la princesse pour une Cigaine, il perdra le peu de

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pratisans qui lui restent. Les amis de Roxandre seraliientà nousàcelteconditionjesaisqu'une grande partie des boyards réunis ici veulent l'iuTposer demain. En Valachie, Brancovan a profité de nos fautes, il est sur de la Porte. Il a intéressé en secret le grand visir et le premier drogDian, Mavrocordalo, en leur promettant des trésors. Cantacuzène, son ennemi se lie aux Cantimir , mais l'amour de Demètre pour sa fille le fait pencher de son côté. Son fils Serban arrivera ce soir. Je lui ai porté le message de Kiva, il m'a semblé fort disposé à la paix, pourtant je ne le crois pas sincère, la suite nous instruira.

— Qu'imaginer alors ?

— Je connais Riva , adressons-nous à son cœur, à sa générosité, disons-lui tout , implorons son assistance, Kiva se dévouera, je n'eu doute pas, elie Ta déjà prouvé, et elle saura le faire de manière à ne pas exaller la douleur du

prince , c'est une grande àme que la sienne, voyez-vous !

— Vous avez raison, Grégoire, répliqua le marquis, appelons-la ici, avant que votre retour soit connu, et prévenons-la sur-le-cbamp. Je vais vous l'envoyer, peut-être ma présence vous génerait-elle, et j'ai peine à espérer d'ailleurs que vous réussissiez.

Un instant après , la cigaine était auprès de son fidèle ami. Leur entretien dura plusieurs heures , et lorsqu'ils se séparèrent la pauvre fille avait les yeux gonflés de larmes, mais son visage portait l'empreinte d'une forte résolution et d'une douleur résignée. Grégoire ne se montra qu'en ce moment, il répondit aux questions du prince et de Roxandre d'une manière évasive, en ajoutant que la journée du lendemain déciderait tout.

Le souper fut d'une gaité bruyante , à l'abri do laquelle chacun cacha sa préoccupation. Kiva ne dansait plus après le repas , d'aulres

cjVains la remplaçaient et ce soir-la ils amenèrent des ours admirablement instruits, ce qui réjouit fort la compagnie. Mikaël donna Texemple, les joyeux propos circulaient autour de la table , un étranger n'eut jamais soupçonné que, le jour suivant, on mettrait en question, dans cette réunion si folle, le sort de tout un peuple. Les princesses se retirèrent de bonne heure , Leur départ servit de signal à une orgie plus complète encore, elle se prolongea bien avant dans la nuit, Mikaël excitait les autres , afin de mieux conserver son sangfroid. Kiva l'attendait chez lui, elle semblait la statue du désespoir.

— Qu'as-tu ma bien-aimée? tu pleures!

d'où viennent tes larmes, ma Kiva, (jui peut les causer? Oh! quoique tu me demandes, je te jure que tu l'auras, fût-ce tout ce que je possède, mais tu ne pleureras plus!

— Tu te trompes, Mikaël , je ne pleure pas,

je t'attendais, voilà tout, et quand je t'attends je suis toujours triste.

— Enfant ! lu étais jalouse peut-être !

— Je ne suis point jalouse, je pensais, et les choses qui m'occupent sont si graves, qu'elles ne laissent point de place à des chimères. Je t'aime de toute la passion de mon cœur, Mikaël, mais ta maîtresse est d'abord ton amie. Je te dois la vérité, et l'instant est venu pour moi de remplir la mission que je me suis imposée. Demain, Mikaël, tu présideras l'assemblée des boyards, tu commenceras activement ton entreprise et elle échouera dès les premiers pas, si tu ne le rends pas à mes conseils.

— Que veux-tu dire, ma Kiva ?

— iVvant que de prendre aucun engagement, avant que de se décider à quoi que ce soit, les seigneurs , presque tous du moins , le sommeront de tenir la parole et d'épouser la princesse Anika.

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— Eh que leur importe ! de quoi se mêlentils?

— Ce qu'il leur importe ? c'est qu'ils la connaissent et qu'ils ne te connaissent pas. Ce qu'il leur importe? c'est qu'une grande partie d'entre eux ne te fera roi qu'afin de la faire reine. Ce qu'il leur importe ? c'est qu'il leur faut une garantie de ta bonne foi. On les a si souvent trompés qu'ils ne croyent eu personne. Qui leur répondra qu'en cas de non succès, tu ne traiteras pas isolément, tu ne quitteras pas en secret le pays, les abandonnant à la vengeance du Sultan, ou de leur nouveau maître, s'ils n'ont pas entre les mains un gage de sûreté, si aucuns liens ne t'attachent ici? Ta femme c'est comme toi, c'est plus que toi. Tu commanderas l'armée et elle restera au milieu de leurs familles à eux, tu ne pourras rien promettre , rien demander pour elle qui ne soit aussi pour les autres, ce sera un otage, comprends-tu?

— Je comprends.

— IMoi, que suis-je pour eux? la bohémienne Kiva, l'esclave Kiva que chacun a vu danser moyennant quelques piastres. Eh pourtant, si je voulais ! s'ils savaient quel sang coule dans mes veines ! Oh ! Mikaël ! Mikaël ! si j'étais pure ! N'y pensons pas, c'est impossible. Cherchons plutôt à tout préparer pour demain , pour demain, ce jour à la fois si fatal et si beau, qui amènera ton triomphe et notre séparation.

— îSous ne sous séparerons pas Kiva, je n'y consentirai jamais.

ISous nous séparerons, car il le faut, car

je réponds à Ion pays, à ta famille, à ta gloire, de la destinée qui t'appartient, car tu dois être grand, tu dois être roi et je ne serai pas un obstacle pour toi, je te l'ai juré, Mikaël. Tu accepteras la proposition des boyards, tu jureras d'épouser la princesse, tu te laisseras fiancer

solennellement à elle, ou je le jure aussi, le soir je n'existerai plus.

— Kiva !

— Choisis : ma mort, ou celte union. J'y suis décidée, mon bien-aimé, un amour tel que îe mien m'impose ce devoir, c'est la seule occasion peut-être oii la pauvre Kiva pourra prouver à toi et au monde ce qu'elle vaut, permets-lui de la saisir. D'ailleurs, ces fiançailles ne forment point un lien indissoluble ; quand tu seras plus sûr de ton succès, quand on te connaîtra, quand on te choisira pour toi-même, tu pourras le rompre encore s'il continue à te peser.

— Comment toi , Kiva ! me conseiller un parjure !

— Un parjure ! non, Mikaël, un acte de politique tout au plus, répondit-elle avec mélancolie. Tu tiendras plus tard cette promesse. Tas! Tu aimeras la princesse et alors peut-être

ne voudras-tu plus te rappeler cerc que lu retiens aujourd'hui.

— Tu ne m'aimes pas, Kiva?

— Je ne t'aime pas, mon Dieu !

* — Non, car si tu m'aimais, toutes les considérations céderaient devant cet amour; si tu m'aimais, tu ne supporterais pas l'idée de te séparer de moi, de me donner à une autre ; si tu m'aimais, tu croirais à l'éternité de ma passion comme je crois à la tienne, Non, tu ne m'aimes pas!

— Oh ! Mikaël! tu nies cet amour, immolant ma vie , mon bonheur , à ton avenir ! Tu ne comprends donc pas le dévouement, toi? Je renonce à cette belle illusion de marcher à côté de toi à la délivrance de ce pays que j'adore , je renonce à cette chimère tant caressée d'être Tange gardien de la patrie et de son chef, je renonce à tout ce que j'ai rêvé, à ;out ce que j'ai seiti, à tout ce c;ue j'ai désiré, j'y

renonce pour vivre obscure , seule et cachée, afin de prier pour toi dans ma retraite, afin de garder intact et éternel dans mon àme ce sentiment que tu calomnies, et tu n'appelles pas cela (le l'amour !

Elle se jeta dans ses bras et resta longtemps la (été appuyée sur sa poitrine en sanglotant. Il couvrait de baisers ses cheveux et son front, répétant ces paroles sans suite, le langage le plus éloquent de la passion, elle ne les entendait pas. Toute à sa douleur, elle conjurait le ciel de lui donner la force d'accomplir son sacrifice , de rompre celte chaîne rivée à son cœur. Dieu l'entendit et il lui envoya le courage. Il voulut que cette créature rachetât son passé par un amour si pur et si grand, par une abnégation si complète et si généreuse, qu'ils fussent pour elle, dans ce monde et dans l'autre, un gage de pardon, une réhabilitatioû suprême.

— Kiva, dit le prince, il y a peut-être un moyen de tout concilier.

— Hélas ! je n'en connais pas d'autre que celui d'épouser la princesse.

— Ou du moins de le promettre. Je le promettrai, puisque tu l'exiges, mais tu resteras près de moi.

-— Y songes-tu, Mikaël ? Rester près de toi , ce serait rendre tes promesses inutiles. Ne sait-on pas maintenant ce qui se passe entre nous?

— Sans doute. Et qu'est-ce que cela change aux projets des boyards? [Is veulent qu'Anika soit ma femme , ils ne m'imposent pas de l'aimer apparemment?

— Non , pas eux , mais elle , mais sa tante ! Et puis tu dois respecter celle qui deviendra la mère de tes enfants, colle qui portera ton nom ; je n'y manquerais, moi-même , pour rien au monde.

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— Tu acceptes donc alors une séparation éternelle, Kiva?

— Non, oh ! non, s'écria-t-elle, une séparation momentanée, qui puisse calmer les terreurs de tes amis, de ta famille, qui te mette à la tête de ton entreprise. Une fois que tu en tiendras les rênes d'une main puissante , je reviendrai, tu seras le maître. Et d'ici là, en secret, sous mille déguisements, je trouverai moyeu de te voir. Je suis libre , je suis hardie , je ne crains ni la fatigue, ni le danger, et tu peux l'en rapporter à mon amour, à mon besoin impérieux de me rapprocher de toi. Laisse-moi partir demain , avant l'assemblée ; accepte leurs propositions , occupe-toi activement et promptement de réussir et bientôt, bientôt, lorsque tu t'y attendras le moins, ta Kiva, invisible pour tous, veillera à tes côtés. Si quelque malheur te menace, elle le préviendra 5 s'il te frappe malgré elle , elle le consolera : tu la trouveras toujours entre la souffrance et toi.

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pour souffrir à ta place. Oh ! je l'aime tant, je t'aime tant, mon Mikaël ! Toi seul pouvais être aimé ainsi et moi seule sans doute pouvais ressentir une passion semblable. Comme j'en suis fière et heureuse ! Dans ma solitude, cet amour restera mon orgueil et ma joie ; Tabsence n'aura pas d'effet sur moi.

— Comment te remercier , ma Kiva , mon adorable amie ?

— En consentant à ce que je te demande à genoux, mon bien-aimé.

— lu me promets de revenir bientôt et souvent ?

— Je te promets tout ce que tu me prieras de le promellre.

— Eh bien !... cela est afl'reux!... en auraije la force?... Eh bien! je le promets à mon tour que demain le prince Cantimir , le futur roi de Dacie , se laissera fiancer à la princesse Anika Movila mais que ton Mikaël te restera

éternellement fidèle, qu'il n'aimera jamais que toi.

— Merci, merci, mon noble , mon bien-aimé Mikaël , mon amour te donne une couronne , mon amour te fuit le plus grand parmi ceux de celte grande nation , mon amour t'ouvre les portes de l'avenir. Oh ! sois béni mille fois d'accepter le sacrifice que je te fais, je fen garderai la reconnaissance la plus entière, c'est moi qui le dois tout maintenant.

Les âmes généreuses sont ainsi ; lorsqu'elles donnent, elles remercient, lorsqu'elles se dévouent elles se regardent comme obligées , et cependant de pareilles âmes se trouvent rarement récompensées en ce monde ! Dieu seul les apprécie , Dieu seul leur rend tout ce qu'elles ont prodigué aux autres.

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