‹ Mil neuf cent quatorze-mil neuf cent seize - poésiesChapitre 16 sur 32 · LE MANTEAU · texte numérisé non relu

LE MANTEAU

Que tu sois de marbre ou de pierre.

Que tu sois de bronze ou d'airain.

Victoire, que ton aile altière Batte l'air terrestre ou marin,

Que tu rattaches ta sandale Dans le paros du Parthénon Ou que ta stature navale Se dresse au soc de l'éperon.

70 iQili-igiô

Que le ciel bleu de Samothrace Ait vu ton beau vol palpitant Se poser sur la nef qui trace Un sillage d'écume en sang,

Ou, sur la terre d'Olympie Pour Paeonios, le sculpteur, Que ton juste regard épie Dans l'arène le char vainqueur,

Victoire, que tu'commémores

Des batailles ou bien des jeux

Et quels que soient les noms sonores,

Magnifiques ou glorieux,

Que l'on t'appelle Salamine, Que l'on te nomme Marathon, Que ton brusque essor s'illumine Des foudres de Napoléon

Ou qu'au laurier qui te couronne Se mêle le reflet vermeil Du lys doré dont se flcuronne Le lourd sceptre du Roi-Soleil,

Victoire, déesse immortelle.

De qui tous les Dieux sont jaloux, Tu m'apparais cncor plus belle Lorsque tu te montres à nous

Avec l'hcroïque visage

Où, graves, nous reconnaissons

La fraternelle et sainte image

Des morts d'hier que nous pleurons

Et qui, des trois couleurs de France, 0 Victoire, ont tissé pour toi Avec leur sang et leur soulTrance, Avec leur espoir et leur foi.

Ce manteau que ta chair meurtrie Croise sur ton flanc déchiré Et dont, à genoux, la Patrie Embrasse le lambeau sacré !

7 mai 191 5.

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