SOLDATS
« Nous voici. Nos voix sont fortes, Car nos cœurs sont glorieux Et le pas de nos cohortes Semble une marche de Dieux ;
« Nos visages sont farouches Sous nos casques faits d'acier Et nous avons dans nos bouches Un âpre goût de laurier ;
« Nos mains sont noires de poudre.
Et l'on voit sur notre peau Les mêmes traces de foudre Que sur les plis du drapeau;
« Nos semelles de cuir rude Sont lourdes au pied pesant, A Verdun comme à Dixmude, D'avoir marché dans du sansr. .
« Ne regarde pas nos nippes Sales et nos pieds boueux.
Ni nos bidons, ni nos pipes.
Regarde plutôt nos yeux,
« Car ce qu'ils ont vu, prodige Q ue nul autre n'égala, Ce qu'ils ont vu, c'est, te dis-je, La Victoire, ces yeux-là I »
i4 septembre 1916.