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qu'en 1514 ils agrandissaient, en rabîmant. leur monastère. Un soir de février 1525, ils recevaient un hôte royal : c'était François I". captif après la journée de Pavie. le roi défait dans les prairies de Mirabelle, dernier prince delà chevalerie tombé sous son cheval d'armes, lît'ce soir-là.
Tabcrn.iclc du cliœiir.
comme les Chartreux au chii'ur entonnaient les versets du Psaume :
Mon cœur s'est gelé comme un lac Et moi j'ai médité ta loi.
une voix royale, le voix du \aincu. s'unit à la leur ]iour cliantcr le verset
suivant :
C'est pour mon bien que tu m'humilias, Afin de me faire connaître les œuvres de ta justice.
Cinquante-six années plus tard, .^lichel de Montaigne, voyageur de vocation, passait à la Chartreuse, et lui. qui s'étonnait peu, se trouvait ébloui par » le nombre des serviteurs, des chevaux, des voitures, des manœuvres, des artistes. » Il emportait l'impression d'une cour opulente, et non d'un monastère.
Aussi, le monastère continuait à s'orner comme un palais; il recevait
Détails de la frise en terre cuite, dans le petit Cloître.
quelilues uHivres anciennes, d'un prix absolu, comme ces statues pour le monument funéraire de Ludovic le .More et tle Béatrice d'Esté, c^ue Christophe Solari avait sculptées en 1497. pour Sainte .Marie-des-Gràces. Il possédait l'immense retable en ivoire d(5nt le rival est au Louvre, œuvre plus complexe ciue belle. Il voyait s'ajouter, aux peintures des vieux maîtres, les gentillesses et les trompe-l'œil de la nouvelle école. Le xvi" siècle lui avait donné un pompeux ostensoir, bien fait pour un autel trop beau 1 Le xvii", avec cet autel inou'i. laissait la grille magniiîque et flamboyante où trois artistes, François A'illa. Paul Ripa. Ambroise Scagno, mariaient le fer et le bronze, sans CLialcr ce fondeur du xvT' siècle finis-
sanl, qui fut Aiinibal Fontana, superbe artisan des candélabres et des
obélisques en bronze jetés avec l'art le plus fier et modelés comme cire.
.Mais la grande flamme était morte. Que Wm fouille, un guide excel-
Les Visconti aux pieds de la sainte Vierge, par le Bergognone. fresque du chœur.
lent C(jmme Bcltrami dans les mains, cette caverne de chefs-d'omvre, où le moindre détail, ainsi qu'il est d'usage en Italie, porte la marque d'un art scrupuleux ; que le réfectoire, les cloîtres, le dôme même et les pinacles montrent, après l'église, leurs trésors accumulés sans confusion, l'ordre dans l'opulence; que, sortant de l'édifice et contemplant la retombée harmonieuse de ces toits latéraux qui s'appuient si légèrement sur ces colon-
nettes, on cherche à mettre une harmonie dans ces impressions excessives ; qu'on aille s'isoler dans les campagnes virgiliennes qui font à la Chartreuse un cadre si triste et si doux, et qu'on réfléchisse le long de ces oseraies et de ces treilles': on reviendra persuadé, par cette épreuve comme par toute autre, que le grand art italien meurt avec le xvi° siècle.
Le uluicau de .Vi:;jii, vu du p^
Il ne faudrait pourtant point croire que l'art de ces riches époques fût seulement dans des temples morts désormais. La vie civile, la vie de ces princes qui aidaient à édifier de pareils monastères, produisait aussi des monuments d'une l)eauté puissante. i^Iaisles injures de la vie atteignaient plus cruellement ces œuvres-là.
C'est ainsi que le Castello di Porta Giovia, l'énorme citadelle fondée par les Visconti au xiv° siècle, relevé en 1451, par François Sforza, des ruines qu'avait justement amoncelées la République ambrosienne trop éphémère, ce château colossal où l'art militaire et civil de la Renaissance avait accumulé ses prodiges, on ra\ait \u, de catastrophe en siège, et de
-z MILAN
dégradations en fléaux, tomber jusqu'à rignominie de devenirune caserne. N'avait-on pas proposé même de le détruire ? De sales écuries, peintes en gris administratif, la plus immonde des couleurs, au pavé disjoint, aux informes fenêtres, déshonoraient les grandes salles, au rez-de-chaussée, et par leurs infiltrations ébranlaient jusqu'aux fondations même : la chapelle des ducs, écurie! le bas de l'escalier : cuisine ! Au premier étage.
Tour de François Sforza, au Château.
des dortoirs à soldats, bouchés par un rempart où la vue butait. L'escalier, la loggia de Galéas-Marie Sforza, déformés et méconnaissables. Les portiques à jour, abîmés par le pansage des chevaux ou bouchés pour les bas usages de la caserne. Les créneaux extérieurs démolis, les tours décapitées ou rasées. Voilà ce que trois siècles de brutale incurie avaient fait du château fameux, que les Sforza prétendaient mettre au-dessus des « rocche » les plus illustres de cette Italie où régnaient les Malatesta et les Gonzague.
Aujourd'hui, grâce au Viollet-le-Duc milanais, Luca Beltrami, grâce aux collaborations et aux offrandes artistiques dont l'Italie est si prodigue
lorsqu'il s'agit de l'honneur et de l'intérêt public, le château de Milan est devenu, à l'intérieur et à l'extérieur, un musée digne de la ville opulente
Cour intérieure du Château.
et pleine d'histoire. La Tour de Bonne de Savoie domine l'enceinte, elle a retrouvé ses créneaux, '-es màohii.-oiilis. et l'écusson ducal en marbre
Cour du Musée .TrchéologiqUL'
blanc )• réincruste sa guivre intacte; les deux grosses tours rondes de François Sforza, hérissées de IjIocs en granit, et qui semblent des masses d'armes enfoncées et dressées en terre pour menacer la cité sujette, sont
debout, et le peuple qui les avait abattues les a relevées pour en faire les immenses réservoirs d'eau nécessaires à une ville moderne. Les salles d'en
Feiiêires et Cloître du Musée archéologique.
bas ont retrouvé leurs baies élégantes, aux encadrements de terre cuite, et sous le barbouillage des murailles les architectes ont pu reconnaître
Font.uiie de l.i Renaissance, Muiée archéologiqt c.
les traces, les fragments, parfois les parois entières d'anciennes peintures, assez riches pour que certaines redeviennent l'ornement, pour que d'autres soient le modèle de décorations dans les salles. Le mur d'enceinte est
démoli, la vue s'étend du premier étage, à travers la plaine lombarde, jusqu'aux Alpes étincelantes où le mont Rose élève sa face abrupte du versant italien. L'escalier débouche dans la charmante loggia rendue à sa forme première. Ivt 3lilan accumule dans ces énormes pièces si noblement restituées, deux et trois et quatre Musées.
Il faut se figurer, avant de voir le château moderne, ce qu'était l'ancien castel au temps où les premiers Sforza s'y renfermaient. Ce fut. d'abord, le vieux condottiere François, rude homme de camp qui vivaii en capitaine sans façon, avec une simplicité patriarcale et soldatesque.
Celui-là commençait à faire, le mieux qu'il pouvait, l'amateur d'art: sous les grands pilastres des portiques ogivaux, dans son ancien palais auprès du Dôme, il avait fait peindre les héros de jadis : Enée, Hector, Attila, Charlemagne, et Azzo Visconti ; et Foppa fut parmi ses peintres.
Mais la génération suivante, un Galéas, formé parles séjours à .Mantoue, à Ferrare, en France, était plus raffinée. En février 1469. le duc Galéas, qui rêvait aux 3Iantegna vus à .Mantoue, faisait élever les échafaudages pour le peintre Vincent Foppa ; en même temps, il voulait recouvrir la voûte d'une salle en \elours cramoisi. Partout, le mouchoir noué en deux, emblème des Sforza, devait orner les murs. Et « nous voulons, disait le duc, que soient peintes ces salles avant la fête de Noël, et il y faudra IravailliT de jour et de nuit: l'accès en est permis aux peintres durant la nuit, mi)yennant qu'ils ne portent sur eux autres armes f^ue les
instruments de leur travail. » Consigne bien faite pour un castel où l'on voyait grandir l'enfant qui devait être Catherine Sforza.
Ces salles d'une dimension fabuleuse, peintes, tendues à miracle, n'avaient ni clôtures, ni accès commodes, ni dégagements. Le jour était
Loggia de Galéas-Marie Slorza.
ôté par le mur d'enceinte, les amples fenêtres à deux baies étaient closes par des toiles, hiver comme été, dans ce climat pluvieux et âpre. Aucune commodité dans les appartements, à peine une ombre de décence. Cette Cour magnifique, couverte d'or, qui éblouit en 147 1 les Florentins même, empruntait des tapisseries pour les fêtes, et n'avait pour les cérémonies qu'un vieux baldaquin, un dais surmené qu'on n'osait mouvoir d'un palais à l'autre, « attendu qu'il iroit en pièces ».
Luxe et pénurie, désordre et prétention, et là-dessus cette bonhomie qui fait écrire au Duc, passionné de musique : « Env03'ez-moi deux Allemands qui jouent du luth et de la viole, avec leur instrument ; et que pour demain ils ayent à ne s'enivrer point, car ensuite tout le reste de l'année nous leur donnons licence d'en faire à leur tète : mais que demain ils soyent sobres. »
Dans des salles pareilles, nues et immenses, on voyait sans surprise entrer, au lit de mort où agonisait en décembre 1404 le malheureux
Cour de la Roccheua.
petit duc Jean-Galéas , les chevaux préférés que l'adolescent avait voulu tenir encore sous ses yeux avant de mourir. Et le castel méritait, au témoignage des chroniqueurs, le renom d'être, à la fin du XV siècle, (' le plus superbe et fort qui soit en terre plane, par tout l'univers. »
C'est là que l'on a transporté le iMusée archéologique. Tout ce c[ue l'on a retrouvé de vieilles pierres illustres, épitaphes de peintres ou d'écrivains, donnant leur vrai nom et leurs dates, ou bas-reliefs narrant l'histoire milanaise, 3' est assemblé. Les anciennes sculptures de la Porte Romaine y ont pris place : lourdes et naïves, pleines de gaucherie et puissamment intéressantes par les noms des maîtres, Anselme et Girard de Castegnianega, qu'elles conservent, et surtout parce qu'on }■ voit une