‹ MilanChapitre 13 sur 20 · S M II. AN · texte numérisé non relu

S M II. AN

figure de Barberoussse, le destructeur de .Milan. Ce n'est point le César des Burgraves

M.-isqut-, mais couvert d'or du cimier aux talons.

c'est un bonhomme qui rrnisc Ir-^ jambes, attitude singulière et hardie

Fresque p.u Br.uii.uitc, s.ilk- du Tic .■:.

pour le temps ; il estre\-êtu d'un surcot à plis. cou\ert d"un manteau long, sa main droite tient un sceptre cassé, l'autre main est pcjsée sur la cuisse. La tête est nue, d'une énergie sauvage. Un monstre de blason, la gueule ouverte, avec les ailes d'une chauve-souris, est entre les jambes de l'homme. On a dit que c'était pour bafouer l'I'lmpereur ennemi que cette chimère, ce coquecigrue avait été mis là. lu la saveur de ces vieilleries est dans de telles historiettes, à demi légendaires et biscornues, autant que dans leur forme même.

Les cours, égayées par les ravissantes fontaines, montrent un chefd'œuvre florentin : le portail de .Alichelozzo pour la banque des Médicis. Car le maître a laissé, dans des maisons milanaises, comme celle des Vismara, des cours charmantes ou des ornements précieux ; et pour ses grands

Statue de Barnabe Visconti.

patrons de Florence, les .^\édicis, il avait dessiné cette porte où tles guerriers soutiennent les statuettes de femme, où les devises et les médaillons des Sforza s'accumulent, triomphe exquis d'un art peut-être ornemental à l'excès, mais si libre, si naturel et d'un charme si délicat, que seul un pédant trouverait le courage de critiquer.

C'est sous le portique, entre les arceaux où l'air joue, tpie l'on avait

placé naguère la statue de Barnabe Visconti. jadis reléguée dans les caves à Brera. On l'a bien maladroitement remise à l'ombre d'une salle où le jour faux la coupe en deux.

C'est un maître de Campione. quelque Bonino. qui campait au

Porte des MéJicis, par -Michelozzo.

XlV siècle ce formidable cavalier sur son tombeau. Le sarcophage même, sur ses colonnes, avec ses bas-reliefs déjà moins roides, et ses charmantes statuettes, annonce le printemps de la Renaissance. Mais le formidable seigneur, sur son lourd destrier, la main sur les larges rênes, et figé droit dans son armure, semblerait d'un art plus ancien et plus fort. Si la tombe ressemble aux autres sépulcres déjà vus à .Saint-Eustorge, si elle se relie

à la tradition qui produisit l'autel de Carpiano, entre autres belles œuvres, s'il y a là du luxe, et des mièvreries, et des dorures, tout cela s'écrase sous le spectre blanc qui domine et parait à peine être en marbre, tant il est fruste et archaïque. Ce portrait sauvage convient au sire que fut Barnabe : sa vertu principale était une passion désordonnée pour la chasse au sanglier. Après une peste et une famine qui avaient désolé la ville et l'État, et qui le laissaient, lui, fort insensible, « il se tourna, dit la chronique, contre ses malheureux sujets qui durant les cjuatre dernières années avaient pris des porcs sauvages et autres sauvagines, et faisait depuis à force d'entre eux arracher les yeux avec grandes tortures, puis les faisait pen-

Ciston Je Foix, p.ir le B.imbaja.

dre par la gorge... Il tenait une meute de cinq mille chiens, et la majeure partie d'iceux confiait à la garde de cito}ens et aussi aux paysans, lesquels n'avaient point le droit de nourrir aucun autre chien. Et ceux-ci, deux fois par mois, étaient tenus de présenter les chiens, et s'ils se trouvaient être maigres, on était condamné à une forte amende, et s'ils étaient gras, ]30ur avoir péché par excès, on était ])uni de même, et si les chiens mouraient, on se vo3'ait prendre tout son avoir. >i

Regina dalla Scala, qui eut l'insigne honneur d'épouser ce prince pittoresque, a son tombeau non loin de lui, c'est une (i-uvre de même école, mais d'un accent et d'une signification, comme il convenait, beaucoup moindres.

I.es intéressants bustes de l'école lombarde, les fresques de Foppa, la chaire de la Renaissance et même une fresque de Bramante (Mercure, Argus ?)ne parlent pas à l'artiste curieux de nouveau, et surtout avide d'art local, autant que les anciennes décorations des salles liasses, dont cer-

taines sont attribuées au Vinci ou à son école, et d'autres à Beltrafio. Mais la merveille de ces salles, et qui semble faite pour un poème de Pétrarque ou pour un récit de Bandello. c'est la salle léonardesque appelée la salle délie Asse.

J'ai pu voir renaître cette décoration extraordinaire. Elle est complète maintenant : c'est un bocage d'arbres verts, pareil à ces bois de légende qui accueillent la rêverie en Toscane, chez les moines fiesolans de Saint-François, ou dans les jardins florentins de Boboli, de la Petraïa, de Castello. Bois sacrés, « chers aux arts et aux Cluses ». et que peut animer à son gré le rêve d'un artiste. Le maître. — le Vinci, peutêtre, — qui a dessiné ces feuillées, n'a pas manqué d'}- enlacer les emblèmes et les devises. Et sur ces robustes ramures de lauriers et de chênes verts, la Renaissance a fait fleurir les écussons, les entrelacs, les mots d'amour et les mots de guerre. On voit le ciel entre les branches, et l'an nous dminc ici l'un des plus beaux spectacles que puisse montrer la nature : des feuillages sur le ciel bleu.

Il V a comme un sortilège en ce Castello ; les débris de beauté que l'art et la piété municipales y ont accumulés pénètrent plus profondément que dans un musée ordinaire. Voici le héros de Ravenne. Gaston de Eoix, tué dans sa victoire, à vingt-trois ans ; heureuse image du triom])he et de la jeunesse, qui a sublimé jusqu'au génie le talent d'Augustin Busti Sera-

Tombe.ui Je Laiiciniis Ciirtius, p.ir le Bambaja.

baglio, dit le Bambaja. Devant les fragments qui subsistent de ce monument commandé en 1315 par François I'" victorieux, le vers insigne du grand Gœthe revient aux lèvres :

Selig der den er im Siegesglanzc findet! Heureux celui que la Mort emporta Dans la splendeur de la victoire !

Tcte du Gaston de Foix.

Le héros des jeunes Ijatailles et des puissantes espérances dort un sommeil si paisible et si radieux, la couronne de laurier semble si naturellement unie à ses cheveux d'adolescent, à sa figure presque vierge, sans ride et sans souillure, il est si noble, il est si calme, qu'on pourrait en faire l'image de la chevalerie défunte, de l'esprit gaulois sous sa forme la ]ilus charmante et la plus pure. Le beau prince repose sur un coussin brodé, le col ceint du collier de Monseigneur Saint-Michel ; ses paupières douces semblent clore à peine ses yeux encore éblouis du triomphe, et la chair de son visage n'a ]3oint subi d'affront; il dort, il a vu la victoire, il croit que les champs d'Italie seront généreux à nos armes. Heureux qui

tombe à vingt-trois ans. après avoir vaincu les troupes de Jules II et pris celui qui deviendra Léon X.

Le dessin qui donne l'idée complète du monument mutilé se trouve au South Kensington Muséum ; la Bibliothèque Ambrosienne, la villa Busca, le Musée de Turin, conservent des fragments de ce tombeau qui appartenait à l'église Sainte-Marthe de Milan. Mais c'est le Musée du Castello qui le possède véritablement, puisqu'il contient cette statue plus belle en sa ruine que les élégantes inventions du même Bambaja. malgré leur élégance et leur finesse.

Il faut admirer, en effet, ce monument du littérateur Lancinus Curtius, vrai joyau d'un art jeune et souple. 3lais rien n'annonce, en cette grâce ondoyante, la force contenue et le sentiment superlie qui sculptèrent (iaston de Foix.

Des sculptures lombardes et florentines, un Aiigiisic ûvcr la Sibylle. de Duccio, des .Solari, une Madone authentique de ces merveilleux Rodari qui ont sculpté comme une châsse les églises de Côme et de I-ugano, les restes partiels du monument Birague qui se retrouve encore par fragments à l'Isola Bella, chez les Borromées, mènent au .Musée artistique, où la première salle, à l'étage supérieur, est maintenant décorée parles médaillons des Sforza, que peignit Bernardino Luini.

C'est une rareté dans l'œuvre de cet artiste que les portraits à fresque ; et ceux-ci, qui ornaient naguère la maison Délia ïela, sont un véritable trésor. Il apparaît que Luini, plus soucieux du beau que du vrai, ne s'astreignit point à figurer très exactement les douze princes et princesses. Il interpréta, comme on dit; et, puisque sa décoration est charmante, expressive, auguste, il eut raison; que nous importe la ressemblance des Sforza? Seul le dernier duc François dut être peint d'après nature.

TJn objet de pure curiosité, c'est la prétendue statuette copiée sur celle qu'avait modelée Léonard pour le monument du maréchal Jacques Trivulce. Mais la beauté vient accueillir dans le Musée artistique, un peu mêlé, qui contient des Vénitiens comme Antonello de ."Messine, avec cette tète superbe ceinte de laurier, comme le Tintoret, avec ce portrait de vieil homme, artiné, creusé par la vie, ([ui est une page inouïe de vigueur et de subtilité, même dans l'œuvre d'un tel peintre.

Seulement, tout ceci, comme les collections de médailles, de porcelaines, c'est le .Musée qu'on peut trouver ailleurs; ainsi que cette autre réunion de documents curieux, qui se retrouverait à Bologne, et que l'on appelle le .Musée du Risorgimento . Il n'appartient point à un

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étranger, fût-il à demi du pays par ses études et par ses sympathies, de décrire cette dernière collection. Qu'on lui permette cependant, puisqu'il est Français, de dire aux Milanais ([u'il manque un objet à ce musée-ci : et c'est la statue de Napoléon TTl iMilrant à Milan, qui moisit, via

Un poète, par Antonello de Messine.

.Senato, dans la cour des Archives; .^lentana fit exiler jadis celui qu'avait glorifié Solférino. Milan s'honorerait en le remettant à la place qu'il a méritée. Xapoléon III est, pour nous, le souverain de la défaiU'; il doit rester, pour l'Italie, l'allié de la résurrection. Et son exil est bien injuste ici, — quoiqu'il nous soit indifférent.

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