CHAPITRE VII
Le Musce de Brera. — T.es églises baroques et la décadence italienne. — Le Musée Poldi-Pezzoli. — Le Milan moderne. Son charme. Ce qui demeure du Milan aimé par Stendhal.
Pour voir une ég-li.se pareille, il faut aller à I.ugano, qui contient la fresque la plus magnifique de Luini, dans Sainte-Marie-des-Anges. Il faut aller à Saronno, sanctuaire plus voisin encore de .Milan, où Luini partage avec le plus charmant ouvrage de Gaudenzio Ferrari la décoration de l'église.
Que n'avait-il pas décoré, dans ce pays? Le musée de Brera, qui nous attire maintenant, est plein de fresc[ues arrachées. Dieu sait pourquoi, un peu partout. Et je ne puis me souvenir sans délices de l'impre.ssion que j'éprouvai, lorsque venant, — hélas, qu'il y a longues années! — pour la première fois de France afin d'étudier Luini, je trouvai cette
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foule de figures délicieuses, d'un coloris clair et fleuri, qui reposait de la
l-:..^ai.:;L u'uii tableau, par C. Crivcili, iv 201 a Brcra.
couleur uniformément jaune et noire dont les tableaux à l'huile se recouvrent dans les musées. La figure de la Vierge 31arie suivant l'époux à
travers les campagnes, ces tableaux jjeints en rose, en gris, en bleu doux, en couleur de paille. a\ec les marques délicates de la retouche à sec, ces fonds où je reconnaissais les paj'sages traversés dans les courses d'automne, parlaient un langage nouveau, comme ce pays même qui les avait inspirés, et ne changeait point. Devant la sainte Catherine soutenue
Tète du Christ, attrihué à Léonard de Vinci (?)
au ciel par les anges, il fallait admirer une chasteté d'impression vraiment sacrée, une puissance d'art qui faisait voler les figures avec un naturel si parfait que le miracle semblait se faire sans eftort ; et pensez que même notre Puvis de Chavannes échoua, le divin Puvis, dans les figures enlevées à travers l'espace ; sous la jeune sainte, et prêt à recevoir son corps léger, on voyait un sarcophage antique. Toute la Renaissance dans sa première forme et son meilleur élan n'était-elle pas là ? Une vierge
chrétienne doucement jïortée par les Anges, et que va recevoir, à jamais. un sépulcre anticfue 1
D'autres frescpies ont augmenté ce trésor. Et ce beau musée de Brera, logé dans un palais d'un art suranné, mais respectable et digne, a vu
Le Mari.ige de la Vierge, par Kaphaël
passer, pour son honneur, iM. Corrado Ricci, cpii lui a donné les soins dont profitent présentement les 31usées florentins. JMieux ordonné maintenant, il contient, au milieu d'excellents tableaux qui trouveraient leurs pairs dans d'autres galeries, quel([ues trésors exceptionnels quant à la renommée ou quanta la valeur.
Ceux qui sont célèbres, avant tout, c'est le dessin jour la tète du
Christ, attribué presque toujours à Léonard, et c'est le mariage de la
U M.iri.i"c de l.i Vici-'L'. TC-tc Je la Viere
\'ierg-e, par Raphai'l. Je ne sais jjoiiU si le dessin ruiné, piqué, qui montre un Christ dolent et miè\re, est du Vinci ; faut-il le dire ? je ne le crois point. « i)outeux », disent les Allemands. Et je répéterai : douteux. Au