M II. AN
il pas beau, glorifié par cette inscription vigoureuse : « .Messire Oldrado de Tressan, podestat de -Milan, celui qui construisit cet édifice, il fit brûler les Cathares ihérétiques), ainsi qu'il le devait. « L'art est aussi dans des épigraphes pareilles I
L'artiste doit chercher, même aux monuments abîmés par les siècles, les traces d'une beauté mutilée. C'est ainsi qu'il tourne, derrière la place du Dôme, vers l'église de Saint-Gothard; comprise au xviir siècle dans l'horrible Palais Ro3'al où grimacent les effigies mornes dans les salles désertes, dépouillée de sa belle porte, dépouillée du monument d'Azzo Visconti, cette antique église, où tombait assassiné, le i6 mai 1412, le duc Jean-Marie Visconti, conserve sa tour, la plus charmante de .^Vilan, véritable fleur au pistil doré, qui enchante les yeux lorsque, du haut du Dôme, on cherche à détailler le panorama de .Milan et qu'on s'arrête aux plans les plus proches.
Cette statue, qui semble une fleur d'or, c'est l'archange 31ichel, qui pose sur un globe doré. Cet ange est supporté par une sorte de flèche conique, tressée d'écaillés imbriquées, et qui repose sur une colonnade circulaire, tandis que tout le reste, de forme octogonale, est, par la matière même de l'ornementation, le plus excellent exemple de l'art que met l'architecture lombarde à employer la terre cuite. Rien n'est plus riche, et plus léger tout ensemble, que cette couleur d'une pourpre effacée, recuite au soleil et passée aux terribles pluies du .Milanais, et qu'ornementent seulement ]3ar endroits, en cannelures, en arcades ou en colonnettes, les blanches dentelles de marbre. La jolie tour a l'intérêt, aussi, d'être signée comme une statuette. Au bas, sur une pierre fruste, on lit : i^laislre François de Pecorari de Crémone, a fait cet ouvrage. « Mngisttr Fraiicisciis de Pecoraris de Crcmona fccit hoc opiis. »
Malgré que l'on ait retrouvé dans des fouilles faites à l'église de Saint- .Simplicien. parmi le vieux quartier qui entoure la Brera, un moellon avec l'empr^einte du règne d'Agilulf, c'est-à-dire du VI" siècle, la pauvre église ne conserve rien d'antique. Si le Bergognone n'était là, s'il ne restait, des histoires sacrées qu'il avait prodiguées au couvent voisin, une fresque insigne, un couronnement de la \'ierge, et si Bernardino Luini n'avait laissé, sur l'arcade du chœur, quelques-uns de ces piitti, qui le font, en jjeinture, l'égal d'un 31ino de Fiesole, on ne s'arrêterait guère en cette église. -Mais, malgré les restaurations, ce sujet sans pareil, d'un fils divin couronnant sa divine mère, a conservé, dans cette niche du chœur où l'encensent les prêtres, les traces du chef-d'œuvre qu'il devait être, avant que la sauvage intrusion du Borroméisme eût élevé les autels en catafal-
ques, voilé les peintures anciennes et saccagé les plus vénérables des temples, au nom de l'art jésuitique.
Un autre modèle de l'art fleuri qui emplo3'ait la terre cuite pour orner les églises et rehausser l'élégance de leurs fa^-ades ou de leurs campaniles.
La Loggia des Osii.
est conservé dans cette église Saint-Marc, la plus vaste de Milan après le Dôme, et si merveilleusement placée, sur l'ourlet de ces canaux muets et mornes qui font à Milan, une ceinture d'eau glissante et de solitude. Dans ce pays lombard, « oii flotte, disait un songeur, la fièvre et le rêve », ces navigll délicieux mettent assez de fièvre pour soutenir et pour exciter la rêverie. Au crépuscule, le long d'une place déserte où les acacias frissonnent, une église avec sa rosace brodée de terre rouge semble conserver
le soleil couchant et l'enserrer encore. Et c'est alors que, dédaigneux d'une nef profanée, il faut s'arrêter devant la façade, à Saint-.Marc,
admirer ces terres purpurines, non plus amassées en lignes rudes, comme au temps des briquetiers primitifs, mais estampées en reliefs délicats, nuancées par les siècles dans leurs creux et dans leurs ressauts ; tresses, nœuds, méandres, restes charmants du vieux st5-le vivifié par la jeune fantaisie, c'est, en terre cuite, la dentelle qu'on fit en marbre, pour le Dôme. Il semble que l'on n'ait osé, ailleurs que sur la porte, mettre la blancheur du marbre, en cette église qui reflète la rougeur des soleils baissants par les canaux, fils des marécages lombards. .Seule, cette porte, à pilastres et à colonnettes , avec la flexible ogive de son portail en amande et son gracieux fronton, est blanche, et porte la trace de l'école pisane, habile à sculpter le marbre neigeux.
Les peintures de l'intérieur ne mériteraient qu'un sourire, si la cliapelle des Foppa n'avait été barbouillée par J^omazzo; ce méchant peintre qui barbouillait aussi, et beaucoup mieux, le jiapier, et dont les livres indigestes sont encore dignes d'être feuilletés, parce qu'il a connu les maîtres radieux du xvr siècle, et parle d'eux, en son fatras.
Avec le tombeau, d'école pisane, qui renferme en ses draperies ronflantes, Lanfranc Settala, fondateur de l'église, en 1262, Saint-.'^larc contient un tombeau de l'école lombarde (1333) celui du professeur .Martin Aliprandi. Deux autres monuments, de la même famille et du même temps, sont dus à cette pléiade d'artistes
Le clocher Je Saiiit-Golluird.
savoureux, surnommés les Campionais, parce qu'ils étaient, sculpteurs ou praticiens, originaires d'un petit village enserré sur la rive étroite du lac de Lugano; Campione, qui garde encore des fresques gothiques sur les murs extérieurs de son humble église, aux préaux envahis par l'herbe. A -Milan, autour de Milan, de Bergame à Modène, de 31onza jusqu'à Vérone, ces vaillants maîtres Hugues, Jean, Bonin, Mathieu, Jacques,
Façade de Saint-Marc.
ont amassé les chefs-d'œuvre comme le tomljeau de Bérard de -Maggi, à Brescia, comme les tombeaux des Scaliger à "Vérone. Il convenait que leurs œuvres fussent présentes à Saint-Marc, dans cette église milanaise entre toutes, que pavaient jadis, avant les Papes ineiDtes et les néfastes archevêques du XVI" siècle, les pierres tumulaires des Milanais les plus fameux.
Le Dôme, vue d'ensemble.