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CHAPITRE III

Triomi>he et flamboifment du gothique à Milan : le Dôme. Ses détracteurs La défense dont il est diarne. Son histoire.

Toutes ces église.s anciennes, rangées autour de la cité, forment les fleurons d'un diadème dont la pierre centrale, au cœur de Milan, est le Dôme même. Je n'ignore pas qu'il est de bon goîit. et raffiné, d'affecter, au nom du gothique, un grand mépris pour la cathédrale milanaise. Cette affectation de dédain, et les plaisanteries faciles, empruntées à la pâtisserie le plus souvent ou à la lingerie, sont simplement ineptes; si la cathédrale de Chartres est la rude fleur d'un pays morne, gris et pâle quand la moisson ne le fait point roux, si Notre-Dame de Paris, ou Laon, ou Reims, ou Bourges, expriment l'âpre mysticisme de nos terres barbares, pourquoi ce pays gras et doux du Milanais, dont l'allégresse accueille et dont le charme enivre, après la traversée des Alpes, n'aurait-

il pas reçu le droit d'exprimer la forme de sa religion dans cette blanche église, immense, à mille clochetons, immaculée comme les glaciers que l'on découvre de son toit, offerte au soleil et aux molles pluies argentées comme les plaines qui lui font un magnifique piédestal ? Est-ce que la

Le Dôme, denière Tabside.

vigne lombarde est courte el bossue, et revèche, comme nos ceps? Ne s'enlace-t-elle point aux mûriers, pour s'épanouir en guirlandes? et l'air qui joue autour du Dôme a-t-il rien de commun avec notre ciel dur et belliqueux ?

Ces gens avaient du marbre, et non une pierre austère et rugueuse. Ils ont fait leur cathédrale en marbre, toute en marbre blanc, et la matière, comme il sied, a conseillé par sa nature même le st3-le et l'ornementation.

Parce que le marbre était dur et devait se polir, les angles et les ressauts se sont muliipliés dans le détail, alors que la force du marbre permettait, dans l'ensemble, les plans hardis et les larges baies, avec un système très simple d'équilibre et de contreforts.

Le Dôme, toit et flèche.

On veut ])orter au xiv" siècle le commencement de cette (vuvre énorme. Et l'on voudrait aussi que l'auteur du plan fut un Campionais encore, Marc de Campione. Mais l'œuvre, image rayonnante de la cité même, devint et devait être cosmopolite; à .^\ilan. lombarde, française et allemande, éternel passage et magnifique auberge des nations enivrées par l'Italie, il fallait Nicolas Bonaventure et Hans de Fribourg,

il fallait Henri de Gmund, Ulrich de Fussingen, et il fallait Jean Mignot, comme, aux premiers temps, Simon d'Orsenigo. Les Italiens y régnaient ensuite, mais cette empreinte indélébile, laissée par tant de mains diverses, ce style composite, où les transalpins marquent fort, avaient eu

Le Dôme, contreforts.

le temps de créer cette église, de décadence si l'on veut, mais si curieuse et charmante avec ses gaucheries coquettes, son mélange de grands partis pris et d'ornements fouillés à l'excès, ses statues, ses tas de statues sous des baldaquins, tout son ])eii])l(' de sculptures et sa forêt de cannelures multipliées pour le plaisir, à des endroits presque invisibles. Une créaturc (le joie, |)ompeuse un peu, très inégale, amljitieuse et excessive

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comme le climat, et le ciel, et les montagnes et la race au milieu desquels elle hausse sa masse de douze mille mètres carrés sur cent huit mètres de hauteur, et ses cent tourelles et ses six mille hommes de marbre, parmi lesquels il est, dit-on, même un Napoléon I"!

Il existe une pierre ancienne, d'époque plus ou moins certaine, qui dit : « Le Dôme de Milan fut commencé en l'an 1386.

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