‹ Milianah, épisode des guerres d'Afrique verseChapitre 13 sur 14 · TES · texte numérisé non relu

TES

NOTES

J ai dé^k dit» disim les qut^lque^ ligues qui précùdeut ce poëme, qu'il fut écrit d'après le journal manuscrit rapporté de Miiianah par le gouverneur de la garnison. Céist daus uue circonstance dont j'ai gardé le vif souvenir que je fis la connaissance de cet honorable officier.

J'étais assis, un soir, avec de nombreux convives, à la table d'un des premiers négociants de Marseille. I.vi réunion était à la fois intime et brillante. A côté de la maîLresbe de la maison, se trouvait un homme à visage caractéristique, dont les cheveux et la moustache avaient dû blanchir prématurément, car il ne paraissait pas avoir dépassé Tâge moyen. Ce personnage exerçait sur la réunion une sorte d'influence magnétique. Vers lui se tournaient tous les regards ; vers lui se penchait sympathi-

NOTES

quement ])lus d'un charmant visage. Évidemment il avait des droits à une attention particulière. Tout ce que je pus eu deviner, à uue première vue, c'est qu'il était de race militaire, et qu'il avait beaucoup soulTert.

Par intervalle, détournant de la table ses yeux distraits, il les fixait vaguement dans un angle de la salle; et chaque fois qu'il les ramenait sur les femmes et les flambeaux, il semblait se réveiller brusquement de quelque noire rêverie. Singulièrement pâle et amaigri, on aurait dit un fantôme égaré dans une fête.

Au dessert, quand la causerie s'anime, mille questions lui furent adressées ; toutes avaient le même bot : obtenir quelques détails inédits sur ce blocus de Milianah dont la presse avait tout récemment entretenu le public. A toutes les questions, la réponse était simple, modeste, laconique.

' Et pourtant celui dont la parole contenue répondait

si brièvement à la curiosité générale, aurait pu, mieux qu'un autre, se poser en complaisant narrateur : ce convive n'était pas autre que le lieutenant colonel d'iliens, à son retour de Milianah.

Au moment où nous quittions la table, il vint à moi et me dit :

— Si nous vous avions eu là- bas au milieu de nous.

NOIES

IHl

peQt-èti*e y auriez- vous trouvé matière à quelques» vers. Moi, soldat étrangei* à cet art, je me suis contenté d'écrire, pour mon usage personnel, une sorte de galette familière» où j'ai fixé, joiu' par jour, les détaiib de notre aventure. Cest un simple récit, tracé chaque soir d*une plume h&tive, et souvent interrompu par le cri d'alerte.

— Colonel, lui dis- je, 11 faut que vous m'accordiez une grâce. Permettez -moi délire ce manuscrit.

Dès le jour suivant, le précieux Journal était dans mes mains.

Quaud, une suuiaiae après, j'allai le reudi'e à son auteur, et lui lire les premières pages du podme Inspiré par lui, j'étais loin de me doutei* que je le voyais pour la dernière fois, n est vraiment des existences prédes» tinées au malheur. A pdne remis de ses souffirances, \1. d'iilens l epartait pour rAiri(|ue où une mort déplorable devait bientôt briser sa carrière. En 1865, pendant une promenade militaire aux alentours de la MaUon carrée.^ il reçut en pleine poitrine la balle d'un Arabe embusqué derrière un buisson.

CHANT PKEMIEK

— P*ge 19. —

M D0 tous les points que nous avons occupés en Afrique, Miilanah est peut-être la ville où nos soldats ont eu à

supporter le:s i)lus rudes épreuves »

Sowenifë d€ la y%9 mtlilaiiv, luf le Cm de (UsmiAKK.

Miliauali, la ville aux maureiM|UCS maisons, Pkmge d'un hast Mmmet sa vue aux horizons.

— rage 18. —

« Par sa position, cette vieille cité romaine est la clef de rintérieur des terres, et ouvre Taccès des richea

NOTKS,

pldiiies et des lécondes vallées situées eatre le Chéliil et lé Mazafran. Cette petite ville, à 108 kilomètres environ d'Alger et à 60 de Blidab^ est située sur le versant méri^ diuiiui du Zaccar, à l,2po mètres au-dessus du niveau de la mer. Suspendue en quelque sorte au penchant de la montagne, elle est bâtie sur le flanc d'un rocher dont elle borde les crêtes. Sous la domination romaine, Milianalj, rantiqoe Miaiana^ par sa pîosltion centrale au milieu d*une riche contrée, devint un foyer de civilisation, une florîssftnte cité, résidence «Tune foule de familles de Borne. On y retrouve encore aujourd'hui des traces non équivoques de la domination romaine;, un grand nombre de blocs en marbre grisâtre, couverts d'inscriptions, et quelques-uns de ligures et de symboles. Un de ces blocs o(n*e sur ses faces une urne ou un cercle; uh second représente un homme à cheval, ayant uneépée dans une main et un rameau dans l'autre ; deux autres portent des bustes romains d^inégale grandeur. Les maisons de Milianah, toutes composées d'un rez-de-chaussée et d'un étage, sont jconstruites en pisé fortement blanchi à la chaux et renforcé habituellement par des portions en briques. Presque toutes renferment des galeries intérieures et quadrilatérales, de forme îrrégulière, soute* nue-s assez souvent par des colonnades en pierre et à

NOTES

Ogives surbaiâi>ées. La ville reDferme vingt-ctoq mosqoées, dont huit assez vastes. Gomme celles de toutes les villes arabes, ses rues sont étroites et tortueuses..... La garaisoû a construit de grandes places et percé deux larges rues aboutissant, Tune à la porte Zaccar, Tautre à celle du Ghéliff. £Ue a cherché à tirer parti des richesses naturelles du sol : c'est ainsi qu'elle a établi un four à chaux et une charbonnière, une suiiTerie, une poterie qui, en peu de temps, a fourni tous les ustensiles de cuisine dont la ville manquait; une tannerie; — enfin une grande usine avec manège, distillateur, pressoir, etc Toutes ces tentatives, qui ont eu le double

avantage d'utiliser les loisirs des troupes et d'augmenter leur bien -être, prouvent de quelle importance peut devenir Milianah , envisagée seulement au point de vue industriel » ouétin

li!

A ses pieds, elle voit, eu riches perspectives, Fleurir les champs, les bois de citrons et dH^Uven, Et soas tes rameaux verts, panne du rocher,

Les cascades d'argent à grands flots s'épancher.

— Page 19» —

n Bâtie sur un plateau, la ville s'avance comme un

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promontoire au-dessus des dernières pentes qui continuent» une lieue durant, jusqu'à la vallée du ChéliiT. Des^ ilaiicsdu Zaccar, de Milianah même, jaillissent des sources abondantes répandant partout la fraîcheur. Autour de la ville s'étendent ces jardins renommée dans toute TAIgérte; des lierres, des mousses de toute espèce, mille plantes aux longues tiges, semblent entourer d'une ceinture de verdure les maisons blanclies aux tuiles rouges. De loin, le regard trompé ne voit qu^un riant aspect ; mais si vous approchez, vous ne trouverez, bientùt que des sépulcres blanchis.

« Une grande rue tracée par les Français, sur laquelle s'ouvrent toutes les boutiques des cantiniers, traverse la moitié de la ville, et s'arrête à rentrée du quartier des Arabes près du mluaret d'une mosquée eu ruiues. Aux chants du muezzin appelant les fidèles à la prière, ont succédé les sons bruyants des clairons français sonnant le service militaire. Milianah, en effet, n'était, à Tépoque de notre séjour en 18&3, qu'un vaste camp. Poste avancé jusqu'en 1841, cette ville était devenue depuis cette époque, avec Médéah, la base de nos opérations dans la province d'Alger. L'on pouvait, du haut du minaret de la vieille mosquée, apprécier l'importance de cette pusi> tton, car on voyait tout le pays qu'elle commande : les

m ' NoiKs.

enroulements de .mamelons q^l la séparent de Médéab,

la vallée du Chéliff courant de Test à l'ouest, et, au delà, le rocher de rOaar-Senis^ dominant ces mdntai^es ka* byies que nous devions soumettre. G*étaît un imposant tableau : quand Jes regards, après avoir. parcouru les horisons lointains» revenaient^ se fixer sor la ville. Ils rencontraient, au pied des murailles, un lieu marqué par de tristes souvenirs .'«eclmetlère (qui reçut, en ISfiO^ une garnison entière. »

^ . Souvenirs de la Vie mUilnire en A(nqi44, par le Gt« de Gastbllane.

L'un d*euz, qui fbt, dit-on, le fils da t^mad Pompée, Repose ici^ soldat couché sur son épée.

£8t-ce bien toL Cnéos ? 6 fier et noble enfant Qui fiéchis 4 Monda sous César triomphant I

— Page 20. —

Ou a prétendu qu'un des tombeaux romains trouvés aux environs de Hilianah /était celui du plus jeune des fils de PompéjB.

NOTES. 187

Or, un Jovr^ la cité que l'Arabe dit sainte,

'* ~ rage 21. —

On appelle villes saiotes» chez les Arabes, celles qui possèdentdjBS mosquées et des tombeaux de marabouts, Miliauah est de ce nombre.

11 n^est ' peut-être pas inutile de rappeler Ici la situation de notre conquête en cettQ année 1840. Le tableau suivant, emprunté à un livre récémment publié» en donnera une idée :

« Nous occupions un. certain nombre de villes et de points fortifiés ; Abd-el-Kader tenait la campagne, et, sauf diverses villes, comme Médéali, Milianaii, Clierclieil, Mascara, Thaza, il n'était saîsissabie sur aucun point du territoire d'Alger, d'Orau, de TH^ et de Gonstantine. Nous avions donc trois clioses à faire : ravitailler les villes et les points fortifiés où nous avions des garnisons, et qui étaient comme autant d'Iles disséminées, perdues dans des pays ennemis et bloquées par les tribus en arme^;

IKH NOTES.

nous eiiipai*er des points où la puissance d'Abd-eU Kad6r était fixe et sédentaire, détruire ses forces régulières; Tatteindre dans Tespace malgré la rapidité de sa cavalerie; détacher de lui les tribus en détruisant son prestige par les défaites réitérées que nous lui infligions, et délier ainsi le faisceau qu'il avait renoué autour de lui par ses succès nitUtaires et Thabileté de sa politique.

« U y avait là trois tâches, non pas précisément successives, car elles se mêlaient continuellement, mais différentes cependant. La première prédominaitau début de la guerre ; c'est-à-dire dans Tannée i8/i0, pendant laquelle le maréchal Yalée demeura à la tête de la colonie; la seconde et la troisième prirent peu à peu le dessus sous le gouvernement du général iiugeaud, qui, commen- ^nt ses fonctions de gouverneur général avec Tannée 1841» eut la conduite de cette guerre jusqu'à la Un de 1866.

« Rien de plus propre à donner une idée de cetteguerre,

dans sa première période , que les expéditions conçues et exécutées par le maréchal Valée« au mois de mai 18&0, pour pénétrer dans la province de Titery et occuper Médéah et Sfilianah. Les forces d'Abd-el*Rader étaient alors entières et il avait tout son prestige. 11 s'agissait de partir de lilidah, de se diriger vers le col de Téniah,

NOTES. 18

passage redoutable situé entre deux crêtes de TAtias, qu^Abd-el-Kader avait fait fortifier à loisir. Après avoir parcouru cette ioogue route et forcé cette position, l'arraée devait se rendri» à Médéali, l'occuper, y laisser une garnison, et revenir à Blidaii en repassant le col de Téniah. Le chemin de Miiiaoah était le même jusqu'à Haouch-MouzaTàh; mais de là il fallait redescendre pla<; avant dans le sens du cours du Chéliff, pour atteindre cette ville. »

ràUMv dé la Conquête de l'Algérie, par V . NmBHBirr.

' L^opération fut d^abord signalée par ce passage de la Mouzaïa qui a laissé de si glorieux souvenirs dans nos

. annales africaines. Entrons maintenant dans quelques détails sur les jôumées qui suivirent :

Depuis huit jours, Tarmée se reposait des fatigues de TexpéditiDn de Hédéah. Le maréchal Yalée ne voulut pas prolonger ce repos et résolut de marcher sur Milianah. Son intention était d'en faire un centre d'opérations pour la campagne qui devait s^ouvrîr au commencement de 1 automne. Le 3 juin, un corps d'armée expéditionnaire, composé de quinze bataillons dMnfanterie et de mille chevanx, fut réuni à Blidah* De là, cetto petite armée vint, le jour suivant, bivouaquer à Haouch-

190 NOTES

Mouzaïa, et, le 5, ayaiu iiaachi la partie hupérieure de la Métidja» sous on violent orage, elle vint, à la nuit tombaute, établir ses bivouacs à Karoubet-el-Ouzrif au pied du Sahei des Beni-Menad.

Le l^demain, Tarmée continua sa marche et gravit de hautes montagnes détachées du mont Zaccar. Le 7, à Taube, on aperçut la vidlée du ChélilT, et le soir, on bivouaqua sur les rives du ruisseau VOuedSaboujL Le 8, harcelée par une nuée de cavaliers arabes qui s^élevaient au nombre de d ou /i,000. Tannée se mit à gravir les hauteurs escarpées qui conduisent à Milianah. On tira le canon et nos eolonnes d^attaque ne tardèrent pas à en* trer dans la ville.

Depuis la prise de Cherchell, Abd-el-Kader avait ordonné l'évacuation deMilianah, dont les habitants s'étaient transportés dans les tribus éloignées. La ville entière devint déserte; tout ce qui pouvait être de quelque utilité à Tarmée franç^^se fut emporté, et les bataillons réguliers ennemis achevèrent ia destruction par Tincendle, de telle sorte que notre armée, en arrivant, ne trouva qu'un monceau de ruines. Les mosquées seules, entièrement dépouillées, furent conservées.

par ordre du jour du il juin, le lieutenant- colonel d'Illens fut nommé commandant supérieur, gouverneur

iNOTES. m

de Hiliattah. Le i% les troupes du corps expéditionnaire,

jsous les ordres du maréchal Valéc » s'éloignèrent de la

ville.

N'importe; dés ce jour, sur renceiiite eci'oulée ' La bannière française apparat, et Valée,

Chef austère, en ees murs noirs de feux si récents,

De uod meilleurs soldats consigua tieize ceiite.

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TABLEAU DE LA GARNISON DE MILIANAH Extrait du ruanuscrit de M, D'Illetts,

MM. D'iLLEMSf lieutenant- colonel du ii* léger, commandant supérieur*

TftippiER, capitaine du i**" du génie, commandant le génie.

NiCQUBUx, capitaine, commandant TartiUerie.

Breton, capitaine, commandant ia 7* compagnie de sapeurs du i" régiment -du génie.

NUTEb.

BoNAFouXf capitaine en second de ia même Compagnie.

Noël, iieuteuaut des sapeurs du géaie.

PKaaiouD, clief de bataillon, commandant le 2* bataillon, fort d*environ 550 hommes.

Febrari, chef de bataillon, commandant le U* bataillon de ia légion étrangère, fort de près de

50 U iiummes.

pLJADE-AujOiN , cliii'ui*gieu aide-major, clief du service de santé.

OcpLAT, pharmacien, aide-mayor.

DuTEMPS, chirurgien, aide-major.

Bellet, chirurgien, sous-aide.

. Lbtellier , ofBcim' d*administratîon , agent comptable* chef du service.

Boeuf, premier commis.

L'artillerie se composait de deux fractions de batteries, cûuiposées d'un lieutenant et de 45 sous-officiers et canoniers.

Ëlie possédait : deux pièces de S; un obusier de 24» ei deux obuslers de montagnes. En tout, 5 pièces.

\'ous garderez, dit-il a riiitrépide élite.

Ces donjons qu'avec vous enfin la France habite.

— Page Tà. —

Ces msiructioris bout ù peu près le mot à mot de Tordre du jour du maréchal Valée.

Le maréchal y annonçait en outre un prochain ravitaillement de la place, qui tut opéré, le 20 juin, pai* un corps d^environ 5,000 htunmes, sous les ordres du colonel Gbangarnier. L'auteur n'avait pas à faire mentiou» dan^ le poème, de ce ravitaillement qui s^exécuta peu de jours après l'occupation. Il ne laissa» d'ailleurs, dans la place que des approviisionneinenti* bien iusuflisants . comme on pourra le voir dans une des notes qui suivent.

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