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élargissement de la prédication chrétienne. Dans mes ouvrages : La Piété au xix« siècle, Déisme et Christianisme, j'ai contribué, autant que je l'ai pu, à cette émancipation dont nous profitons à l'heure qu'il est.
Les livres d'ailleurs, il convient de l'avouer, sont sortis du journal. La situation exceptionnelle occupée pendant quelques années par rOpinion Nationale conférait à ses collaborateurs une puissance d'action qui, rarement depuis, s'est retrouvée. En religion, en philosophie comme en politique, Adolphe Guéroult était le type de l'esprit vraiment libéral; ce n'est pas lui qui, sous prétexte d'inopportunité, aurait écarté des colonnes de l'Opinion les articles sur la question religieuse, pas plus qu'il n'interdisait les études sur la question sociale.
Cela se comprend du reste d'autant mieux que Guéroult avait appartenu à l'école saint-simonienne et que par conséquent le socialisme n'était fait ni pour le rebuter, ni pour l'effrayer. Le socialisme de cette époque pouvait avoir les mêmes inspirations, mais n'avait certainement pas les mêmes allures que celui d'aujourd'hui. Est-il besoin de rappeler à des générations peut-être trop aisément oublieuses, le magnifique élan de charité, de fraternité, de justice dont témoignent les ouvrages de Lamennais, de George Sand, de Pierre Leroux, de Proudhon ? Que ce socialisme ait sa base dans le sentiment au lieu de prétendre s'appuyer sur la science, cela ne doit à nos yeux rien lui enlever de son mérite. Il s'y mêlait parfois de l'enfantillage, mais non pas du ressentiment ou de l'àcreté. A ce propos, ily asurJean Journet, celui qui s'intitulait V Apôtre, une historiette que Charles Sauvestre contait à ravir et qui est tout à fait signalétique.
Au moment où venait de s'installer le Gouvernement provisoire, lorsque Lamartine logeait, je crois, au ministère des Affaires étrangères, Jean Journet eut besoin de lui adresser une sollicitation pour je ne sais quelle oeuvre démocratique. 11 alla donc au boulevard des Capucines, se nomma. On le fit entrer dans un petit salon réservé, con-
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tigu à la pièce où se tenait le ministre. Dans ce salon un beau et riche tapis commun aux deux pièces couvrait le parquet. Jean Journet s'ennuie, s'impatiente, regarde le plafond, le tapis. Tout à coup une idée géniale s'éveille dans son cerveau. Avec ce que produii'ait la vente d'un pareil tapis, on pourrait nourrir plusieurs familles. Il ne s'agit que de le restituer à la communauté. Hien de moins embarrassant.
Jean Journet, qui était tapissier à ses heures comme saint Paul, portait toujours sur lui les outils nécessaires à sa profession. 11 se met conciencieusement à déclouer le tapis ; au fur et à mesure il le roulait. Lamartine, en train d'écrire à son bureau dans l'autre pièce, sentit bientôt son fauteuil se mouvoir sous faction d'une force invisible. Ce n'était pas seulement le fauteuil qui marchait, c'était le lapis qui s'acheminait vers la pièce voisine. Le ministre ébahi se lève, va ouvrir la porte et trouve Jean Journet à genoux, tout entier à son travail, nullement troublé ni intimidé : « Ne vous inquiétez pas, citoyen ministre, dit-il placidement, j'accomplis une œuvre de charité : ce sera fini dans un quart d'heure. »
Si tous les socialistes de 1848 n'étaient pas aussi naïfs que celui-là, ils partageaient avec lui ce sentiment vague et pourtant vif de l'universelle réciprocité. On s'est beaucoup moqué de Pierre Leroux qui prêchait toujours l'amour, et l'on a même fait à ce sujet des chansons assez réjouissantes. Je ne vois pas cependant quel autre mobile l'on pourra jamais invoquer, et c'est là qu'il en faudra revenir, qu'on en revient dès à présent. On ne fonde rien avec la haine. Or c'est d'édifier qu'il s'agit, et non d'abattre. Le vrai socialisme ne saurait être destructeur. 11 est constructeur par définition et par son essence même. Cette idée, du plus grand au plus petit, du plus obscur au plus célèbre, nousl'avions, non seulement en Février, mais sous lesecond Empire, surtout aux approches de la catastrophe. J'écrivais alors un livre, La petite Bourgeoisie, publié en livraisons