PRÉFACE
sous des titres différents, et dont lune, Les prolétaires à la Chambre, fut épuisée en quelques jours. Tel était le courant, nullement haineux, hautement libéral et qui, les événements l'ont prouvé, n'aspirait à rien de chimérique.
Que l'on donnât à ces revendications la forme littéraire, c'est ce que l'on nous a souvent reproché. 11 aurait fallu,' paraît-il, leur imprimer la rigueur d'une démonstration scientifique. Je déclare qu'à cet égard ma conscience me laisse parfaitement tranquille, et je crois que celle de mes contemporains ne l'est pas moins. Nous ne pensions pas — et les bons esprits du jour ne le pensent pas non plus que dans la philosophie sociale il y eût entre la httcrature et la science une telle incompatibilité. xNotre temps est au contraire celui où des httérateurs comme xMichelet, dans ses charmants ouvrages d'histoire naturelle, comme Quinet, dans la Création, comme Eugène Noël, dans La vie des Fleurs (1), se sont en quelque sorte consacrés à humaniser la science par l'attrait du style. Et si l'on se borne simplement à la production socialiste, qui donc a été plus éloquemment littéraire que Proudhon en son beau livre, La Justice dans la Révolution? Non, si ce milieu de siècle a honoré la littérature, il n'a pas dédaigné la science; s'il a pratiqué le libéralisme, ce n'est pas aux dépens de ' l'amélioration sociale ; et s'il a suivi l'idéal sans défaillance, il ne l'a jamais confondu avec la chimère, le rêve ou le mvsticisme. ^
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PariF, mai 189C.
MILIt:U Di: SIÈCLE
Se raconter c'est aussi raconter son époque ; se peindre c'est souvent peindre ses contemporains. Les auteurs de Mémoires n'ont point de meilleur titre ou de plus valable excuse. Si l'on faisait de propos délibéré ce qu'ils font presque toujours à leur insu, cela oil'rirait peut-ôtre quelque intérêt. Convenons que moi voudra dire nous, et le moi cessera bientôt d'être haïssable : on ne verra plus en lui que le document sincère et le témoignage parlant.