‹ Mille ames (volume 2)Chapitre 5 sur 15 · II · texte numérisé non relu

II

— Ces cigares ne sont pas mauvais, observa le gouverneur.

— Ils sont excellents! reprit le maréchal de la noblesse, qui à part soi pensait : « Tu peux t'en payer de bons, avec les milliers de roubles que tu reçois du fermier! t>

A dix heures arriva l'officier du génie Khovsky, jeune homme très-bien vu de la gouvernante, à cause du rare talent de pianiste qu'il possédait. Il fournit enfin un thème un peu intéressant à la conversation.

— Je viens du port, Excellence. Le mobilier du vice-gouverneur est arrivé, dit-il au lieutenant général.

— Ah! fit ce dernier,

— C'est superbe! continua l'officier en s'adressant plutôt aux dames. Les meubles sont en velours ponceau à fleurs noires, — la matière n*a rien d'extraordinaire, mais le travail est admirable! Et puis ces candélabres, ces lustres, enfin ces immenses tableaux de l'école flamande! J'en ai examiné quelques-uns, et, naturellement, il est difficile de juger, mais ce doit être des originaux : — c'est merveilleux!

— Que voyez-vous là de merveilleux? Qui donc n'a pas cela? remarqua la présidente, qui ne voulait pas admettre que quelqu'un put avoir un salon plus beau que le sien.

Pendant ce temps, le maréchal de la noblesse souriait comme en aparté.

— Je ne sais pas quels sont les renseignements de Votre Excellence, commença-t-il avec hésitation, mais moi, je l'avoue, à mon arrivée ici, j'ai passé chez le prince Ivan. Le nouveau vice-gouverneur est son parent par alliance, et le prince en fait le plus grand cas. « C'est, dit-il, un homme fort riche; de plus, il est intelligent, connaît son affaire, et avec cela possède un caractère ferme, énergique... » Je ne sais pas, peut-être, en sa qualité de parent, appuie-t-il un peu trop sur l'éloge.

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— Pas du tout ! reprit le gouverneur, il n'y a nulle exagération dans ce portrait. J'ai demandé moi-même cet hommelà au ministère, car c'était bien le moins qu'on m'envoyât enfin un collaborateur comme je le désire.

— Votre Excellence n'a en vue que le bien du service.

— Le bien du service, exclusivement!

Le directeur de la chancellerie avait prêté une oreille attentive à cette conversation, et, au moment où le maréchal de la noblesse allait s'asseoir à une table de jeu, il s'approcha de lui.

' — C'est du vice-gouverneur que vous parliez à Son Excellence? demanda-t-il.

— Oui, votre vieillard est content.

— Comment ne serait-il pas content, je vous le demande? reprit d'un air attendri le directeur de la chancellerie : Son Excellence a maintenant des milliers de papiers à examiner, il lui faut de toute nécessité un collaborateur! Et puis, on a eu égard à sa désignation, on lui a donné l'homme qu'il avait lui-même choisi. C'est très-important.

— Je crois bien! reconnut le maréchal de la noblesse.

— Comme cela, grâce à Dieu, nous pou vons être tranquilles ! ajouta en clignant les yeux le directeur de la chancellerie.

Après avoir fait une petite poule chez le gouverneur, le maréchal de la noblesse se rendit chez un de ses collègues, dans le logement de qui l'on taillait la banque depuis quatre jours. Autour d'une table couverte de cartes défraîchies et déchirées étaient assis quelques joueurs. Tous avaient des visages terreux, flétris par les veilles, la débauche, les émotions du gain et de la perte. Ils étaient, qui en redingote, qui en robe de chambre, qui en chemise; pourtant, là aussi, on parla du nouveau vice-gouverneur.

— D'où venez-vous? demanda le maître du logis, qui, bien

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que complètement décavé, était vautré sur le divan, dans l'attitude d'un vrai sybarite.

— De chez le gouverneur, répondit avec un sourire insouciant le maréchal de la noblesse. Il n'a été question, tout le temps, que de son nouvel adjoint.

— Eh bien, batuchka, qu'est-ce qu'on en dit? voulut savoir un conseiller de la régence provinciale.

— Votre vieillard le loue beaucoup, il en est content!

— N'est-ce pas Kalinovitch ? demanda le banquier, un monsieur tout noir, qui semblait d'un caractère très-malveillant et très-fielleux.

— Oui, c'est Kalinovitch... Eh bien?...

Le banquier sourit.

— On se presse peut-être un peu trop de le louer ! Je l'ai vu faire la révision de notre gouvernement, et les employés n'oublieront pas de sitôt la façon dont il les a houspillés.

— Allons, vous êtes un sceptique! dit le maître du logis en s'emmitouflant dans sa robe de chambre de coupe parisienne.

— Sceptique tant qu'il vous plaira! Rien qu'à le voir, le coquin, on devine en lui une vipère! Vous saurez bientôt de quel bois il se chauffe!

Toutefois, personne n'attacha d'importance aux paroles du banquier, et l'on continua à attendre Kalinovitch dans les sentiments les plus sympathiques.

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Trois semaines après, huit chevaux de poste attelés à une dormeuse anglaise trottaient sur la grand'route conduisant à la capitale de la province. C'était le nouveau vice-gouverneur qui arrivait. A son cou se voyait maintenant cette croix de Saint-Wladimir , qui avait été autrefois l'objet de ses rêves ambitieux.

En avant de son équipage roulait à toute vitesse le mauvais tarantass de l'ispravnik, qui d'une main tenait son chapeau claque pour l'empêcher de s'envoler, tandis que de l'autre il s'appuyait aussi crânement que possible sur la garde de sa mince épée. Le gouverneur lui-même l'avait envoyé à la rencontre de son adjoint pour faire honneur à ce dernier. Mais mon héros paraissait peu sensible à ce qu'avait de flatteur un tel cérémonial. Il n'était plus, à beaucoup près, le jeune ht)mme fringant et présomptueux qu'il avait été lors de son entrée au service. Assis dans sa calèche, il tenait baissée sa tête blanchie avant l'Age. Des rides profondes sillonnaient ses joues creuses et jaunâtres; seul, le regard de ses yeux gris n'avait pas changé, ou plutôt il avait pris une expression plus accentuée encore de fermeté et d'énergie.

Pauline, assise à côté de son mari, avait beaucoup vieilli aussi; elle était maigre comme une momie. Depuis le dernier relais de poste, Kalinoviteh n'avait pas dit un^mot à sa femme, et, en général, il ne faisait aucune attention à elle.

Quand l'équipage s'arrêta devant la porte de la maison, l'ispravnik mit aussitôt pied à terre, et voulut aider le vicegouverneur à descendre de voiture.

— Laissez donc! fit Kalinovitch, dont le visage se colora légèrement; puis, dans le désir de se montrer plus aimable, il ajouta :

— Je vous suis bien reconnaissant, mais vous avez eu tort de vous déranger; vous avez sans doute bien assez d'occupations sans cela.

Ensuite, il se détourna et aperçut le maître de police, un lieutenant-colonel au nez roiage, qui connaissait son métier à merveille. Ce fonctionnaire porta la main à sa casquette, fit deux pas en avant et remit un rapport sur l'état de la ville ; cette formalité n'était pas exigée par la loi, mais le maître de police aimait à faire montre de son zèle.

— C'est aujourd'hui ou demain que vous vous présenterez à Son Excellence ? demanda-t-il en suivant servilement Kalinovitch.

— Non, ni aujourd'hui, ni demain, répondit ce dernier : auparavant, je veux me reposer un peu.

Un certain étonnement se manifesta sur le visage du maître de police; toutefois, en subordonné bien appris , il s'efforça de cacher cette impression, et se retira. Le même jour, les membres de la régence provinciale vinrent en corps pour présenter leurs devoirs au nouveau chef; mais ils ne furent pas reçus. Enfin, au bout de quatre jours, le vice - gouverneur se décida à faire sa première visite. Le maître depolice, accompagné de son Cosaque, courut aussitôt porter cette nouvelle au gouverneur. Le directeur de la chancellerie, qui attendait le rapport dans la salle, boutonna son uniforme L'adjudant, qui lisait l'Annuaire, le laissa décote. L'employé de service arrangea ses cheveux devant une glace.

Kalinovitch arriva dans un phaéton minuscule attelé de deux pur-sang. Le vice-gouverneur quitta dans la salle son manteau de castor, exhibant ainsi un élégant uniforme qui attestait le savoir-faire des tailleurs de la capitale. Puis, avec les façons distinguées d'un fonctionnaire pétersbourgcois, il fit à tout le monde un salut très-poli, et se hâta de passer dans le cabinet du gouverneur, à qui il se présenta en s'inclinant respectueusement.

— Enchanté de faire votre connaissance, très-cher Jacques Vasilitch, lui dit le lieutenant général d'un ton un peu protecteur; mais en même temps il s'empressa de lui offrir un siège, et s'assit lui-même.

— Eh bien, dites-moi, Pétersbourg est toujours aussi bruyant, aussi actif? commença-t-il.

— Comme à l'ordinaire, répondit Kalinovitch.

— C'est une fameuse ville, une fameuse ville ! poursuivit d'un air profond le gouverneur.

— Vous avez vu vos collaborateurs? ajouta-t-il.

— Ils sont venus chez moi, Excellence; mais je me ressentais encore de la fatigue du voyage, et je n'ai pu les recevoir.

— Oh ! oui, cela ne fait rien; alors permettez-moi de vous les présenter aujourd'hui.

Kalinovitch inclina la tête en signe de remercîment.

— Peut-être même voudrez-vous passer l'inspection de la régence provinciale, pour pouvoir ensuite exercer plus sérieusement votre contrôle.

— Vous prévenez la demande que j'allais vous adresser, Excellence, répondit Kalinovitch.

— Je vous en prie , vous m'obligerez moi-même. Je ne suis pas de ces gouverneurs qui se figurent que tout va admirablement dans leur province, par cela seul qu'ils l'admi-

nistrent depuis quinze ans: loin de là , je suis homme, et plus vous me signalerez d'abus, plus je vous serai reconnaissant. Dans plusieurs services, sans doute, il doit y avoir du

relâchement, de la négligence tout ce que je vous

demande, comme à mon plus intime coadjuteur, c'est d'unir vos efforts aux miens pour corriger tout cela. D'après tout le bien qu'on m'a dit de vous, je ne doute pas que nous ne réussissions.

Kalinovitch remercia de nouveau par une inclination de tête.

— Je dois pourtant vous prévenir, continua Bazarieff, que, dans une province comme la nôtre, les fonctions de gouverneur présentent beaucoup de difficultés : au fond, ici, nous formons tous comme autant de principautés distinctes. Vous avez, d'un côté, par exemple, la chambre des domaines; de l'autre, la chambre des finances; ici, la justice; là, les apanages; et enfin, votre régence provinciale avec ses ispravniks et ses gorodnitchis. Naturellement chacun de ces pouvoirs aime à rester maître chez lui, et n'admet pas volontiers qu'un autre s'immisce dans ses affaires... Cela étant, le gouverneur ne peut que laisser chacun faire sa besogne, tout en gardant pour lui la haute administration de la province.

— Votre Excellence a su, paraît-il, se maintenir en bons rapports avec toutes ces autorités, observa Kalinovitch.

— Avec toutes, autant du moins que cela est possible, reprit, non sans fierté, le gouverneur. Pourquoi soulè verais-je des conflits? A quoi bon?... Voici que maintenant la commission de recrutement vient de commencer ses opérations. Ces tas de papiers que vous voyez amoncelés sur la table, ce sont des plaintes envoyées par les paysans de la couronne au sujet des agissements abusifs de cette commission. Malheureusement il n'y a rien à faire , et mon intervention ne

pourrait que nuire. Tout cela est du ressort de l'aide de camp qui est arrivé il y a huit jours; or, à ce que j'entends dire , depuis avant-hier il a pris ses quartiers chez M. l'intendant, et passe tout son temps à faire de la musique avec madame l'intendante. Que voulez-vous que fasse le gouverneur?

Kalinovitch sourit.

— Quelle espèce d'employés avez-vous ici, Excellence? demanda-t-il en baissant les yeux.

— Des employés excellents , répondit le gouverneur : du moins, dans mon département immédiat, j'ai tâché, autant que possible, d'avoir des hommes de choix. Personnellement, je suis sévère pour mes subordonnés. Mon employé doit être un autre moi-même. Ma règle est celle-ci : quand je fais une tournée d'inspection, je ne regarde pas leurs papiers; c'est insignifiant, cela n'a qu'une importance secondaire, — j'étudie le pays, j'en examine les besoins. Si l'on ne se plaint pas de l'employé, c'est qu'il est bon. Sans doute, il faut encore voir, quand il y a des plaintes , de qui elles émanent. Les dénonciations provenant de petits bourgeois chicaneurs, d'expéditionnaires congédiés, je ne me contente pas de les jeter au panier, je m'efforce d'en punir les auteurs. C'est une peste qui, si on la laissait se propager, n'épargnerait personne. Mais quand une plainte m'est adressée par un propriétaire , par un négociant , par un homme comme il faut , j'en conclus que le fonctionnaire s'est donné de graves torts envers lui, et je suis sans pitié. Ce n'est pas le public qui existe pour nous, c'est nous qui existons pour le public; il faut donc que l'on soit content de nous, voilà mon système!

Jusqu'à quel point Kalinovitch admettait ce système , il aurait été difficile d'en juger d'après l'expression de son visage.

— Mais il est midi, il est temps de partir! fit le gouverneur, et il sonna.

L'adjudant entra, tenant son casque à la main. Le lieutenant général lui dit en français de faire atteler sa voiture ; puis il proposa au vice-gouverneur de se rendre avec lui à la régence provinciale. Dans la salle, ils furent retenus durant quelques minutes par des solliciteurs. Un ancien capitaine d'état-major, portant encore l'uniforme et le chapeau à plumes, déposa une plainte contre sa femme, qui s'était enfuie de chez lui en emportant le lit conjugal, un lit pour deux personnes, et dont le capitaine avait fait les frais. Ensuite, une petite vieille, ridée et chassieuse, se jeta aux genoux du gouverneur, et se plaignit hautement de son fils, qui lui avait donné des coups de flûte sur la tête. Dans le but évident de montrer à son nouvel auxiliaire combien il prenait au sérieux les devoirs de sa charge , le lieutenant général questionna assez longuement ces deux personnes, et remit leurs requêtes à l'adjudant.

— C'est étonnant, la grossièreté de mœurs qui existe encore ! observa-t-il en sortant avec Kalinovitch : l'un bat sa vieille mère, et l'autre est vexé, non parce que sa femme l'a quitté, mais parce qu'elle lui a emporté un lit de plume.,. Et il faut vivre avec ces gens-là!

Sur le perron les attendait le maître de police, debout dans une attitude respectueuse. D'un geste impérieux le gouverneur ordonna de faire avancer son équipage, et, quand Kalinovitch voulut monter dans son phaéton, il n'y consentit pas.

— Permettez que je vous offre une place à côté de moi, nous causerons en chemin.

Kalinovitch déféra à ce désir. Le maître de police et son Cosaque précédèrent à cheval la voiture du gouverneur. Celui-ci, durant toute la route, affecta de s'entretenir avec

le vice-gouverneur d'une façon fort animée et presque amicale. Les fonctionnaires et les marchands qui les voyaient passer ne purent s'empêcher de remarquer le fait. Une dame toute jeune, femme d'un employé aux délégations spéciales, se promenait en proletka : elle ordonna exprès au cocher d'aller au pas et, pendant longtemps, suivit des yeux les deux hauts dignitaires. Sur le perron du bâtiment affecté aux administrations collégiales, ils furent reçus par un huissier, qui, bien qu'on fût en automne et qu'il fît très-froid, n'avait sur lui que son mauvais uniforme. Le pauvre diable devait mourir peu après, tué par un refroidissement et, en partie aussi, par l'excès des agitations morales.

— Bonjour, mon cher, lui dit le gouverneur, et, portant haut la tète, il monta l'escalier d'un pas rapide.

Celui qui a eu le plaisir de visiter, revêtu d'un titre officiel, les locaux des administrations collégiales, celui-là comprendra sans doute qu'il faut avoir des nerfs très-émoussés, pour ne point en pareil cas être gonflé du sentiment de son importance. Ce sentiment, mon héros ne semblait pas l'éprouver : il marchait la tête basse et comme courbée sous le poids de préoccupations pénibles, tâchant seulement de ne pas rester en arrière de son supérieur.

La chancellerie était déjà à son poste.

— Ce sont tous gens très comme il faut! murmura le gouverneur.

Les conseillers furent présentés au nouveau vice-gouverneur dans la salle des séances.

— Depuis combien d'années êtes -vous membre de la régence, Serge Nikolaïtch? demanda le gouverneur au doyen des conseillers.

— Depuis dix-huit ans, Excellence, répondit modestement celui-ci.

— Et depuis ce temps-là combien de blâmes la régence a-t-elle reçus du sénat? poursuivit le lieutenant général.

— Il n'est pas à ma connaissance qu'elle en ait reçu un seul, reprit le conseiller.

Le gouverneur sourit.

— Pas un seul, ce n'est pas mal! fit-il en redressant sa taille.

— M. l'assesseur est un ancien élève de l'université de Moscou; et si notre ville est administrée comme ne l'est, je pense, aucune ville de gouvernement, c'est à Valentin Osipitch que nous le devons, acheva-t-il en montrant le conseiller de la deuxième section qui regardait Kalinovitch eu pleine figure avec des yeux de taureau.

Le premier secrétaire était Médiokritzky ; sa fortune avait suivi celle du directeur de la chancellerie qui était son beau-frère : ils avaient épousé deux sœurs, les filles du prêtre Kiprensky. Depuis qu'il savait qui était nommé vicegouverneur, Médiokritzky tremblait dans sa peau, mais, sans faire part de ses inquiétudes à personne, il avait laissé croître ses favoris dans l'espoir de se rendre méconnaissable; et il put se flatter d'y avoir réussi : Kalinovitch, en effet, ne parut pas le reconnaître. En parlant des conseillers sur un ton si; élogieux, le lieutenant général leur payait une dette de reconnaissance, car ils lui avaient livré pieds et poings liés l'ancien vice-gouverneur.

Au sortir de la salle des séances, il conduisit Kalinovitch dans les diverses sections.

— Messieurs, voici votre nouveau chef, celui qui désormais sera ' jge de votre moralité et de votre zèle dans le service, dit-il partout d'une voix sonore; après quoi, il ne se crut pas permis de retenir plus longtemps le vice-gouverneur, et celui-ci se retira.

Mais tout ne finit point par là. Le même jour, le gouverneur rendit la visite qu'il avait reçue et désira absolument être présenté à la maîtresse de la maison. Pauline, qui n'avait pas encore eu le temps de s'organiser, fut donc forcée de le recevoir dans un salon encombré de boîtes, de cartons, etc. Il se trouva que Bazarieff avait connu le père de Pauline, il avait même servi sous ses ordres, et il en fit le plus grand éloge. La vice-gouvernante ne voulut pas être en reste d'amabilité, et, bien qu'encore très-fatiguée du voyage, elle fit deux jours après une visite à la gouvernante. Celle-ci la retint au moins deux heures, l'obligea à prendre du café, la supplia, pour l'amour de Dieu, d'être prudente dans le choix de ses relations et lui donna même une petite liste des dames avec qui l'on pouvait encore se lier. La gouvernante ne se borna pas à cela : oubliant pour cette fois sa fierté, elle rendit dès le lendemain à Pauline sa visite, but aussi du café chez elle et resta là trois heures. Ensuite elle commença à dire partout que la nouvelle vice-gouvernante n'était pas belle, mais que ce n'en était pas moins une femme des plus charmantes. Quant à Kalinovitch, tous ceux qui l'avaient vu, hommes et femmes, disaient qu'il n'était pas beau, mais qu'il avait une phvsionomie extrêmement intelligente.

La société vit avec joie les relations amicales qui avaient

commencé à s'établir entre le gouverneur et son adjoint.

Sous de tels auspices, la saison promettait d'être brillante.

D'abord, le prince Ivan se transporta à la ville et, naturelli;-

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