‹ Mille questions d'étiquette [microforme]Chapitre 28 sur 65 · JOUR DE L’AN · texte numérisé non relu

JOUR DE L’AN

Q. — À qui une femme doit-elle des cartes de jour de

l'an, en dehors des obligations familiales ?

R. — Une femme, ne faisant pas de visites aux hommes qui vivent seuls, ne leur envoie ni ne retourne de carte au jour de l'an.

Il y a, toutefois, comme pour n'importe quelle prescription, des exceptions à la règle.

Ainsi, une femme très jeune et, aussi bien, une femme d'un âge mûr peuvent répondre par une carte à celle que leur enverrait un septuagénaire, Elles font preuve, en agissant ainsi, de déférence filiale, et, d'aileurs, les visites à un homme aussi âgé ne leur sont pas interdites.

Enfin, les femmes, qui occupent un emploi administratif ou autre, se croient obligées d'adresser leur carte à leur supérieur, à leur patron. Cette coutume n’est pas très française. Supérieur et patron devraient faire entendre «w'ils n'attendent pas pareille avance d’une femme. Ce serait plutôt à eux à lui envoyer leur carte, sans espérer de retour. De la sorte serait pratiquée la généreuse courtoisie française, qui, dans un esprit chevaleresque, fait de la femme la supérieure de l'homme, dans les relations de politesse.

Contrainte de devancer son supérieur ou son patron si elle croit qu’il ne professe pas ces sentiments, l’employéc prendra son parti de ces usages peu galants en se disant que ce ne sont pas là, des rapports de femme à homme mais d’inférieur à chef.

Q. — Peut-on embrasser une jeune fille au jour de l'an ?

R.— Ceci n'est pas une question d’étiquette, mais de convenance. À moins d’être très intime ou suffisamment certain que le baiser ne sera pas désagréable, il vaut mieux s'abstenir. D'ailleurs, dans le premier :::3, on peut trouver Ne ne occasions, sans profiter subrepticement de celc-1a.

Q. — Peut-on se permettre, au jour de l'an, des visites ou des démarches d'affection ou de politesse qu’on ne fait pas en temps ordinaire ?

R. — La plus grande délicatesse est toujours de rigueur, cependant, il ne faut rien exagérer, car, par timidité, on pourrait tomber dans l'excès ç “traire et manquer à des devoirs de reconnaissance ou : spect. On peut toujour légitimer une visite, une lettt une marque de souvenir par la déférence qu’on y apporte. Voici un exemple :

Une personne a été employée sous les ordres d’une autre, de sexe différent. Les rapports avaient été excellents et même amicaux. Le temps a amené une moditication dans les situations ; tandis que la dernière restait dans sa modeste place, le supérieur favorisé par la chance est devenu un personnage. En ce cas voici les termes approximatifs de la lettre à faire :

“Le souvenir de vos bontés pour moi m'autorise à vou: envoyer, à l'occasion d’une date où tous les vœux sont permis, les miens, avec l'expression de mon affectueuse gratitude. J'associe votre famille dans ma pensée, en formant les souhaits de bonheur que vous méritez si bien. Croyez toujours à mon modeste dévouement, et agrée l'hommage de mon respect ”.

Naturellement, nous ne donnons pas les lignes ci-dessus comme un modèle ; nous voulons seulement faire comprendre aux timnrés que même un souverain ne saurait s'offenser de l'expression d'une reconnaissance ou d’une affection sincère naïvement, mais humblement exprimée.

La visite est toujours plus scabreuse, parce qu’on peut arriver mal à propos. Il faut demander, en s’annonçant. si la personne qu’on vient voir “ peut recevoir sans se déranger”. Lorsqu'on est admis, on s'excuse de l’importunité ; on dit qu’on aurait cru manquer à un devoir en n'apportant pas les vœux traditionnels à quelqu'un à qui l’on doit tel ou tel bienfait. Et l’on ne prolonge l’entretien qu’autant que l’on vous retient.

Quant aux visites purement mondaines, elles battent alors leur plein, Aussi sont-elles très écourtées, chacun ayant toujours une liste plus ou moins longue à épuiser rapidement. On entre, on sort... les salons sont de gais et brillants passages. Partout le thé est prêt, mais on n'a jamais le temps de le prendre.

Q. — Existe-t-il des superstitions spéciales au nouvel an ?

R.—Le ïer janvier, fêté unanimement au Canada, a une importance très grande ; il commence une année grosse d'imprévus et de points d'interrogation : aussi les gens superstitieux, et ils sont légion, ont-ils trouvé quantité de présages dans les moindres faits de cette journée.

Is les interprètent naturellement sans grandes raisons, et les jugent heureux ou malheureux sans trop savoir pourquoi.

Cependant la majeure partie de ces croyances ont des origines anciennes ; les Romains et les Druides nous en ont transmis de nombreuses.

Les premiers croyaient que ce que l’on faisait au début de l’année devait fatalement se faire toute l’année, d’où la volonté, chez certains superstitieux, de ne rien entreprendre le Jour de l'An, de se reposer et de s’égayer.

C’est aux seconds, les Druides, que nous devons la croyance dans l'influence heureuse du gui.

Surtout, si vous voulez du bonheur pour toute l’année, évitez, mesdemoiselles, que la première personne qui vous embrasse, en vous souhaitant la bonne année, appartienne au même sexe que vous.

C'est du r-ste en raison de cette superstition qu’en France, dans théâtres, après la représentation du 31 décembre, passe minuit, toutes les actrices de petite importance sautent généralement au cou des pompiers de service dans les coulisses et des machinistes du théâtre.

Pere Core DE de

Ces étrennes en valent bien d’autres si l'actrice est jolie.

D'aucuns vous recommanderont de vous lever du pied droit le 1er janvier si vous voulez que tout vous réussisse,

Ils vous souhaiteront, car c’est encore un présage heureux, de rencontrer simultanément, dans le courant de la première journée, les trois B, c’est-à-dire: une hoiteuse, un bossu et une bonne d’enfants.

Les voitures rencontrées ont aussi leur importance le Jour de l’An.

Voiture de maître : richesse ; fiacre : médiocrité ; charrette : misère ; corbillard : deuil.

Et le numéro de la voiture et la couleur des lanternes, croyez-vous que la superstition les aient négligées ?

Guigne, la lanterne verte ; chance, la lanterne rouge : présage heureux, le numéro impair, surtout si un chiffre du nombre est doublé ; déveine énorme, si le nombre est pair, mais, dans ce cas, montez dans la voiture, et le mauvais sort est conjuré.

Evitez que le cheval de la voiture que vous prendrez soit blanc, il porte la guigne ; cependant, si vous crache à

gauche avant de montrer dans la voiture, vous voyez fuir la malchance.

La nomenclature de ces vains présages semble un peu fantastique, et cependant toutes ces superstitions sont plus générales qu’on ne croit.

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