‹ Milton, sa vie et ses œuvresChapitre 4 sur 13 · MI MON · texte numérisé non relu

MI MON

ses présents et me réserva l'autre*. » La musique des sons préparait en lui cette musique de l'âme qu'on nomme la poésie. Le meilleur ami de la famille était Henri Lawes, compositeur célèbre, et qui passait pour avoir introduit le style italien dans la musique anglaise. Aussi Milton, dit Aubrey, chanta fort jeune, et devint un excellent organiste. Terburg eût aimé à représenter cet aimable et sérieux intérieur, et ces concerts de famille, où la voix pure et argentine de l'enfant se mêlait aux graves accents de l'orgue. Cornélius Jansen, peintre hollandais estimé, a rendu à merveille, dans un portrait de Milton à l'càge de dix ans, cette charmante petite tète rasée à la puritaine, sortant d'une large fraise, et qui respire l'intelligence et l'honnêteté. L'enfant vit ainsi s'écouler les premières années de sa jeunesse au milieu des aspirations les plus pures. Aussi , quand il parle de la musique, c'est avec le sentiment délicat d'un artiste, et non avec cette pliraséologie vulgaire puisée dans les lieux communs de la poé.sie. 11 voulait qu'elle fit partie des premiers enseignements de l'enfance, et un j)assage d'un poëme de sa jeunesse prouve que , rebelle aux préjugés de son temps, il aimait à entendre accompagner avec l'orgue les cantiques sacrés de l'Église ^.

Le père de Milton ne se borna point à donner à son fils l'exemple d'une vie laborieuse et relevée par le culte des arts et de 5 lettres ; il mit à sa portée tous

' KpisluUe familiares.

^ Penser j<o.

les moyens d'instruction, réservés alors aux familles nobles ou riches et aux clients de l'Église. « Je fus, dit-il, dès mes premières années, par les soins incessants de mon père, exercé aux langues et aux sciences dont ma jeunesse était susceptible, par divers maîtres et professeurs; soit à la maison paternelle, soit aux écoles •. M il ton le père ne craignit pas d'ébranler la solide piété de son fils, en mettant Homère et Virgile à côté de la Bible, dans la sacoche du jeune écolier. « Tu as voulu, père excellent, dit Milton luimême dans une épître latine, après m'avoir ouvert les sources de l'éloquence romaine et des grâces latines, après avoir formé mes lèvres à ces grandeurs sublimes de la langue des Grecs, digne de servir aux oracles de Jupiter, tu as voulu m'instruire aussi des beautés de la poésie française, et de ces grâces affectées, que l'Italie dégénérée a fait succéder à la langue des Romains ^, témoignant par là de l'intluence des tumultes barbares; enfin, tu n'as pas négligé de me faire enseigner la langue que ])arlèrent les prophètes de la Palestine ^. » Ainsi Montaigne, au souvenir des bontés de son père, sent son langage s'élever et s'attendrir. Milton dut en partie cett ' première éducation de son esprit aux soins du docteur Tliomas Young, écossais de naissance, qui devint une des lumières du parti puritain. Son élève prend Dieu à témoin '* qu'il le révéra comme un

' lieason of cliurch (jovernmcnt .

' Ce doux latin bâtard, comme l'appolle Byron dans Bi-ppo.

' Ep. ad pal rem.

* Epistolœ familiares, n** 1.

père. « C'est sous sa conduite, dit-il, que j'ai pénétré dans les retraites des Muses, que j'ai contemplé les pentes verdoyantes du Parnasse, que j'ai vidé les coupes des Piérides, et, avec la faveur de Clio, trempé trois fois mes lèvres heureuses du vin de Castalia *, » Le maître demeura également assez étroitement attaché à l'élève. Nous voyons qu'il lui envoya de Hollande une Bible en hébreu : c'étaient les petits présents que se faisaient les amis de ce temps-là. Ainsi préparé, le jeune Milton arriva déjà savant parmi les enfants de son âge. Aucune école n'était aussi célèbre et aussi fréquentée que celle de Saint-Paul, fondée sous Henri VIII par le doyen Colet, et dirigée alors avec éclat par Alexander Gill. Ce fut celle que chaisit le père de Milton, sans toutefois lui retirer immédiatement le précieux appui du docteur Young. L'enfant y resta quatre ans au moins, depuis l'année IG20 jusc[u'à l'hiver ou au printemps de 162't -. Ce n'était pas pour lui qu'avait été placée sur la porte de l'école cette laconique et significative inscription : Aut doce, aut disce, mit discede. « Enseigne, apprends, ou va-t'en. » Il était déjà dévoré de la soif d'apprendre. « Dès ma plus tendre enfance, dit-il lui-même, mon père me destina à l'étude des lettres. Je m'y livrais avec une telle ardeur que, depuis ma douzième année, je quittais rarement mes leçons avant minuit pour me mettre au lit ; ce fut là ce qui altéra tout d'abord ma vue,

' Elégies latines.

* Massoii, 1, p. 60.

dont la faiblesse naturelle fut encore augmentée par de fréquents maux de tête *. Mon ardeur pour la science n'en fut pas ralentie, et mon père me fit instruire, à l'école et à la maison, par divers maîtres. Lorsque j'eus appris plusieurs langues, et témoigné un goût déclaré pour les douceurs de la philosophie, il m'envoya à Cambridge, une de nos deux universités nationales 2. » Les douceurs de la philosophie 1 ce mot ne fait-il pas frémir dans la bouche d'un enfant de seize ans, et ne présage-t-il pas à lui seul toute une vie de labeur profond, également fermée aux tentations du vice et aux leçons de l'expérience? Milton semble avoir évoqué devant son esprit le souvenir des jours austères de son enfance, quand il met dans la bouche du Christ ces vers du Paradis reconquis ?

When I was yet achiM, no childi^h play To me was pleasing; ail my mind was set Serious to learn and know, and thence to do What might be pnV)lic good : myself I thought Born to ttiat end, born to promote ail truth And righteous things.

Mais l'esprit libéral et éclairé de son père lui avait ménagé, nous l'avons dit, d'intelligentes distractions. Il sembhiit que les circonstances et la volonté eussent combiné dans l'éducation du jeune Milton

' Aubioy nous (lit qu'on cluit obli^(= do faire vriller une servante auprès de lui.

•* Delcmio secutiila.

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