‹ Milton, sa vie et ses ouvresChapitre 3 sur 12 · PREFACE VI · texte numérisé non relu

PREFACE VI

On verra que je me sépare sur plus d'un point des opinions de l'éminént critique, et, en ceci surtout, que je suis loin de trouver, comme lui, dans Milton, l'exacte représentation des idées de son temps. Milton a été, malgré Téclat de sa vie publique et de ses luttes théologiques, malgré ses attaches avec le parti dominant, aussi isolé parmi les hommes de son temps que son poëme parmi les œuvres du génie poétique de l'Angleterre. C'est pour cela que je n'ai point vouju grossir ce travail des rapprochements historiques et littéraires que fournissait une époque féconde en documents de toute sorte, et je n'ai cédé que dans une limite fort restreinte à la tentation naturelle d'agrandir le cadre aux dépens du tableau. A mon sens, on ne fait pas sa part à l'histoire. Elle n'existe, elle ne peut donner l'impression de la réalité que par le détail ou la liaison des événements, des idées et des caractères. Au reste, dans une étude biographique bien faite , l'homme devrait mieux servir à faire connaître son temps que le temps à faire connaître l'homme. Rien de plus arbitraire que ces tableaux historiques composés à l'aide de faits artificiellement groupés, et dans lesquels l'homme disparaît pour faire place à la foule. Il n'y a d'harmonie, dans l'histoire comme ailleurs, que là où l'unité donne à chaque chose la forme et la place qui lui convient. Dans une biographie, cette unité est la personne même du héros, qu'il ne faut pas noyer dans un déluge de rapprochements et de comparaisons. Il y a, au Louvre, un paysage de Ruysdaël, où tout le tumulte, toute la furie d'un orage se concentrent sur un chêne tordu et dépouillé, qui s'élève seul sur une colline aride et désolée. Aucun artifice, aucune complication n'eût pu rendre plus saisissante cette convulsion de la nature. Les véritables grands hommes donnent plus à leur temps

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