‹ Milton, sa vie et ses ouvresChapitre 4 sur 12 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

qu'ils ne lui empruntent, et, sans faire trop de fond sur la théorie de la mission divine des héros, il est permis de dire que chaque génération reçoit d'eux ses impulsions les pius fécondes.

Je ne me flatte point d'être toujours resté fidèle au programme que je m'étais tracé, mais il y a peut-être de nos jours quelque mérite à résister à l'entraînement de l'histoire. J'ai la conscience, du moins, d'avoir cherché à reproduire, avec exactitude et sans parti pris, la physionomie compliquée et particulière de Milton. On verra assez, je pense, que je n'ai pas surfait mon héros; mais je serais étonné si le récit de cette vie ne laissait pas dans l'esprit du lecteur le sentiment qui m'a animé dans ce commerce prolongé avec un grand homme, celui d'une admiration sans attrait et d'un respect sans entraînement. Peu d'hommes ont entrevu plus de vérités que Milton; peu d'hommes ont commis plus d'erreurs. Mais, après la vérité saisie et embrassée, ce rare spectacle présenté aux yeux des hommes, qu'y a-t-il de plus beau que la vérité entrevue? Je vais plus loin. Quand on a la triste expérience de la vie, on sait qu'il faut encore compter parmi les belles choses de ce monde l'erreur embrassée avec conviction et défendue avec courage.

U 15 juillet 1868.

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