ACTION ACTUELLS DES BAUX
quant alors de diverses manières, fig. 13, sont bientôt culbutées : c'est ce qu'on voit fréquemment dans certains escarpements au pied desquels se trouvent des couches argilo-sabieuses qui conduisent les sources au dehors.
Quelque chose d'analogue arrive lorsque, baignant le pied des montagnes, les eaux y trouvent des matières qu'elles peuvent délayer ou d^agréger. Ces matières étant détruites, les parties supérieures du terrain se trouvent bientôt en surplomb, et il se fait des éboulements plus ou moins considérables : c'est ce qui a lieu sur les côtes maritimes; sur les bords des lacs ou des rivières, où il se forme ainsi des escarpements plus ou moins élevés, qui se dégradent de plus en plus. La même chose se passe quelquefois au pied des cascades qui se précipitent par-dessus des rochers à pic, fig. 44, formés de dépôts alternatifs calcaires et argileux ; ces derniers sont désagrégés et entraînés petit à petit par les eaux qui suintent le long de la paroi, ou qui rejaillissent après la chute, et les autres couches» mises en surplomb, ne peuvent manquer de s'ébouler tôt ou tard sous leur propre poid», et à l'aide des fissures qui résultent de leur soulèvement, % 432. Dans ce cas, la cascade s'enfonce dans la masse du terrain, et, le même effet se répétant successivement, il se forme une gorge de toute la largeur du ruisseau, et qui s'approfondit de plus en plus. C'est ainsi que la cascade du Niagara, par laquelle le lac Erié se précipite dans le lac Ontario, a reculé successivement depuis l'établissement des Européens en Amérique, et sans doute a creusé antérieurement le lit profond par lequel ses eaux s'échappent ensuite.
§ 94 . Effets du poid« des eaux. — L'eau agissant par son poids comme tous les autres corps, doit contribuer souvent aux éboulements que nous avons signalés, et il n'est pas moins certain qu'elle exerce ainsi une action puissante sur les digues qui peuvent la retenir. Nous en voyons les malheureux effets dans les inondations auxquelles diverses contrées sont exposées par suite de leur position au-dessous des fleuves, des lacs ou des mers, retenus par des digues naturelles ou artificielles. La formation du Zuyderzée, en 4225, et du BieS'Bosch, en 4 421 ; les inondations nombreuses des polders, celles qui ont désolé dernièrement la Camargue, en sont de tristes exemples, auxquels, à la vérité, l'action du courant a eu autant de part que l'élévation des eaux. Lorsque, par suite des éboulements, certaines vallées se trouvent barrées, les eaux amassées en lacs réussissent souvent , par leur poids seul , à pousser devant elles les obstacles qui s'opposaient à leur passaj^o : c'a^^t ce qui tt*l arrivé dans la vallée de Bagne en Valais, eu ^H\%, eV c\> ^\\\ v^wd. w^
souvent à la suite des tremblements de terre, ou les eaux , arrêtées momentanément , ont fini par faire plus de dégâts dans la contrée que le phénomène passager qui venait de Tébranler, $ 30 et 95.
§ 9%. Aeiion des eaux courantes. — A Taclion délayante et au poids des eaux, se joint souvent une nouvelle force par le mouvement dont elles peuvent être animées, et qui dépend de la vitesse acquise en parcourant des pentes plus ou moins rapides. Cette force est quelquefois d'une prodigieuse intensité, et capable des plus grands effets, qu'on peut surtout observer dans les montagnes. U n'est personne qui n'ait eu l'occasion de la remarquer, après les orages, sur les dépôts meubles si fréquents à la surface de la terre, et d'observer les ravines qui se trouvent alors creusées; mais les effets sont d'autant plus puissants que les pentes sont plus rapides et la masse d'eau plus considérable, de sorte que quand une trombe ou un violent orage vient fondre sur une haute montagne, il arrive souvent que le terrain, à moins qu'il ne présente absolument que le roc vif, se trouve balayé et raviné à une grande profondeur. Les fissures nombreuses dont la surface des rochers est criblée, donnant immédiatement prise à l'action des eaux, il se détache aussitôt une masse considérable de fragments qui augmentent de plus en plus le pouvoir destructeur du courant. Bientôt alors des blocs de toutes dimensions se trouvent arrachés à la montagne*, enlevés, transportés à de grandes distances, décuplant, centuplant les effets en raison de leur masse et de la vitesse qu'ils acquièrent. De là des ravins effrayants sur des pentes jadis unies, et une immense accumulation de débris au pied de la montagne et sur toute la partie du terrain où la vitesse s'est successivement ralentie. Les torrents gonflés par les circonstances de ce genre, ou par la fonte subite des neiges, produisent également d'effroyables ravages; ils enlèvent tout sur leur passage, jusqu'au roc vif, que bientôt ils attaquent lui-même avec force, au moyen des fragments et des blocs qu'ils poussent avec rapidité. Rien de plus effrayant que ces cours d'eau, qu'il faut avoir vus dans les gorges qu'ils parcourent, et roulant quelquefois des rochers de 10 à 15 mètres cubes, pour s'en faire une idée exacte.
Si, après la rentrée du torrent dans ses limites ordinaires, on parcourt les parties de la vallée qu'il a remplies, on trouve des change-
* Toutes les roches qui composent la surface terrestre sont fracturées de toute» les manières ; c'est à la faveur de ces fissures que des blocs énormes peuvent être délachcs en certains points par la fori^e des eaux , tandis qu^en d'autres on voit en quelque sorie le terrain résister indéfiniment.