‹ MinéralogieChapitre 102 sur 160 · ACTION ACTDBLIJE DES EAUX · texte numérisé non relu

ACTION ACTDBLIJE DES EAUX

ments considérables dans le nombre et la position des blocs qu'on y observait auparavant. On remarque aussd tant sur le fond que sur les parties latérales, jusqu'à la hauteur des eaux, que les rochers sont fraîchement usés, cannelés, même très-profondément lorsqu'ils sont calcaires ; ce qui résulte évidemment de Taction des blocs durs et pesants que le courant entraînait. Sur d'autres points, des cassures fraîches indiquent les arrachements violents de parties plus ou moins considérables de rochers, en même temps que la propreté du lit atteste le balayage des fragments et des terres qui se détachent journellement des parois.

§ 93. On est souvent conduite attribuer aux plus faibles courants, aux filets d'eaux qui coulent sur les rochers, une action qui à la longue semble déterminer des sillons tortueux plus ou moins profonds. Il est probable que ces effets ont lieu au moyen des grains de sable que ces eaux entraînent journellement, à moins qu'ils ne soient dus à une action délayante sur des rochers qui se désagrègent facilement dans les alternatives d'humidité et de sécheresse. On trouve partout de ces sillons au milieu des montagnes, et môme sous les glaciers où ils sont produits sans doute par les eaux qui proviennent de leur fusion.

§ 94. KlTeto ékem chute» d'eau. — Les eaux qui tombent en cascade d'une certaine hauteur produisent aussi des effets particuliers. Ce sont des cavités arrondies, plus ou moins larges, plus ou moins profondes au pied de la cascade, où elles sont produites tant par le choc des eaux que par les débris de rochers qu'elles charrient. On observé fréquemment au fond de ces cavités des cailloux roulés, plus ou moins nombreux, plus ou moins volumineux», qui, mis en mouvement par les eaux, finissent par creuser la roche assez profondément, déterminent sur les parois un poli plus ou moins vif, ainsi que des stries et des sillons circulaires. Quehïucfois le diamètre intérieur des trous se trouve plus ou moins élargi par ce moyen, et l'orifice est resté plus petit. On cite de ces cavités dans toutes les parties du monde, soit auprès des cascades actuelles, soit au milieu des montagnes où elles ont été produites à des époques anciennes.

Nous devons mentionner des cavités du même genre au milieu des rivières, où elles sont produites par les remous des eaux qui impriment un mouvement giratoire aux sables et cailloux roulés qu'elles charrient. Il est probable qu'il s'en trouve également au milieu des mers peu profondes, et que c'est l'origine des tourbillons connus en diverses localités, dont quelques-i/hs sont très-dangorcMix pour les petits bâtiments qui s'en approchent.

Ces sortes de cavités, surtout lorsqu'on les trouve dans les montagnes, loin de toute chute d'eau aujourd'hui connue, portent le nom de chaudière et marmite des géants, pot-holes des Anglais.

§ 95. Débâcle de» laes. — Les lacs qui se forment quelquefois dans les vallées par suite des avalanches ou des éboulements qui sont venus les barrer, offrent encore dans leur débâcle quelque chose de plus effrayant que les courants ordinaires, par suite de la masse énorme d*eau qui peut s'écouler alors en quelques moments. A peine a-t-il commencé à se faire un écoulement par quelques fissures, que l'ouverture initiale augmente avec une prodigieuse rapidité, et qu'à l'instant, en quelque sorte, toute la digue est emportée. Un volume énorme d'eau se précipite alors avec une violence extrême, et rien ne peut résister à l'action combinée de la masse et de la vitesse, qui va quelquefois jusqu'à 15 et 20 mètres par seconde. Tout est culbuté, et les roches les plus solides, pour peu qu'elles fassent éperon sur la direction du courant, sont à l'instant arrachées, brisées, transportées à de grandes distances, et même en blocs énormes. Le déblayementest si complet à l'origine du courant et dans les passages étroits dont la pente est rapide, que le roc mis à nu semble avoir été taillé par la main des hommes : c'est ce qui arriva lors de la débâcle du lac qui s'était formée dans la vallée de Bagne en 4818, et ce dont on voit encore des traces sur les flancs des vallées qui furent ainsi barrées dans la Calabre pendant les tremblements de terre de 1783.

On ne peut douter, en voyant de tels résultats, que si , par l'effet de quelques commotions souterraines, il se formait une fissure dans la digue d'un grand lac, comme le lac Érié , par exemple, il ne se creusât en peu de temps une brèche profonde, exactement comparable aux défilés qu'on observe si fréquemment dans les vallées, § 19, et qu'on est si fortement tenté d'attribuer à des débâcles de lacs placés jadis les uns au-dessus des autres, comme le sont aujourd'hui ceux de l'Amérique du Nord.

§ 96. Torrent* boueux. — Il se fait aussi , par une cause ou par l'autre, des torrents de matières boueuses, dont les ravages ne sont pas moins terribles. Quelquefois il arrive, comme en Irlande, que des tourbières, § 124, placées sur de très-légères pentes, après s'être gonflées, bombées plus ou moins en retenant l'eau des pluies, ne peuvent plus résister à la première averse et se mettent en mouvement. Elles s'écoulent alors, malgré la consistance de la pâte et la faiblesse des pentes, avec une prodigieuse rapidité, et renversent tout ce qui se trouve sur leur passage. C'est ce qui est également arrivé après l'éboulement de la Dent du IMidi, dans les Alpes, en

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