‹ MinéralogieChapitre 116 sur 160 · ANCIENS EFFETS DE SOULÈYEMENTS OU D* AFFAISSEMENTS · texte numérisé non relu

ANCIENS EFFETS DE SOULÈYEMENTS OU D* AFFAISSEMENTS

6 millions de mètres que présente le rayon moyen de la terre? Et cependant de telles éminences, ou de telles profondeurs, qui ne produiraient que 4 millimètre de saillie, ou 4 millimètre de creux sur une sphère de 4 mètre de rayon, sont déjà des raretés sur notre globe, où les grandes inégalités ne sont pas même comparables aux petites cloques qui passent inaperçues sur les coulées de verre ou de métaux préparées dans nos usines. Si nous joignons à ces réflexions l'idée de l'immense force qui s'exerce souvent de l'intérieur de la terre à Textérieur, § 73, rien ne nous étonnera dans les phénomènes qui se présentent à nous. Voyons cependant comment les faits justifient cette conséquence.

§ 453. Dé^ts eo^nllllers et places «onlevces. — Ce qui caractérise les parties de terrain soulevées de nos jours au-dessus des mers, c'est la présence, à la surface des rochers mis à nu, de divers coquillages ordinairement fixés à fleur d'eau , comme les balanes , les moules, etc. , § 32 ; ou bien celle de quelque dépôt coquillier identique avec ceux qui se forment journellement au fond des mers voisines. Or, en examinant les collines qui bordent les côtes du Chili, on a trouvé sur les plateaux qui se succèdent en terrasses, et dont les bords sont parallèles aux rivages actuels , des coquilles semblables à celles qui ont été mises à sec sous nos yeux, et qui sont encore adhérentes aux rochers , ainsi que des dépôts coquilliers qui renferment les mêmes débris organiques que ceux qui se forment dans l'océan Pacifique. N'est-il pas de la plus grande probabilité que ces dépôts sont aussi les résultats de soulèvements successifs, semblables à ceux qui se sont manifestés de 4 822 à 4 837 ? Cette conséquence est fortifiée par l'observation faite à l'ile San-Lorenzo , près de Lima , où l'on a trouvé à 30 mètres au-dessus de la mer des dépôts semblables qui renfermaient des joncs tressés , des portions de fil de coton, des débris de poteries, ce qui annonce évidemment une formation effectuée depuis la présence de l'homme dans ces contrées ; or, puisque le niveau des mers n'a pas changé depuis les temps historiques, § 3i , il faut bien que ce soit par soulèvement que ces dépôts aient été mis au jour.

$ 454. Les côtes de la Suède se soulèvent lentement , comme il a été établi par les observations les plus précises, $ 35. Or, en creusant un canal près de Stockholm, on a trouvé au milieu des lits de sable, d'argile et de marne, remplis de coquilles semblables à celles qui vivent dans la Baltique, des débris de vaisseaux fort anciens et une cabane en bois. Donc toute cette contrée, jadis sous les eaux , a été soulevée depuis l'existence de l'homme, c'est-à-dire dei^uUcs^ei l'Océan est invariable. Il devient dès lors \nC\t\\me>Tv\. YfQ\»Jc\^ o^^X'îi

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dépôt coquillier d'Uddewalla, à 70 mètres au-dessus de la mer, oâ Ton reconnait encore les débris organiques de la Baltique , et où M. Brongniart a trouvé des balanes fixées aux rccbers, comme sur la côte actiiolle, est également un résultat de soulèvement. Nous devons en dire aurant des dépôts analogues qu'on trouve sur les côtes de Norwége jusqu'en Lapon ie, et de beaucoup d*autres qu'on rencontre sur les côtesd'Angleterre,danslesilesdu grand Océan, etc. Mais voici d'autres faits :

§ 455. Sur la côte de Pouzzoles, on voit, à 7 mètres au-dessus de la mer, des dépôts do coquilles semblables à celles qui vivent encore dans la Méditerranée, avec lesquelles se trouvent des débris de poteries et des fragments de sculptures. Or, nous savons que le niveau de cette mer n'a pas changé depuis les Phéniciens ; par conséquent, c'est un soulèvement effectué depuis Tapparition de Tbomme qui a mis ces collines au jour. En Sardaigne, il existe des dépôts semblables, mais plus élevés, où M. de la Marmora a trouvé des traces d'une industrie nai:i:sante, et qui renferment en outre des coquilles fluviatilcs et terrestres. Enfin , on observe des faits analogues dans une multitude de localités. Or, il se trouve dans les mêmes contrées des collines qui atteignent jusqu'à 700 mètres, où l'on ne voit plus, à la vérité, de débris de l'industrie humaine, mais où l'on rencontre' encore les mêmes coquilles méditerranéennes que dans les pre mières, et quelquefois même avec leur couleur. Ce fait conduit forcément à admettre encore que ces dépôts ont été soulevés du sein des eaux tout aussi bien que les autres , et seulement à une époqK antérieuro à riiomme dans la contrée. Il faut attribuer la nif origine à beaucoup d'autres dépôts analogues qu'on trouve aorte côtes de Sicile, de Sardaijrne, des États Romains, de la ToscaMi<^ Nice, do France et (rEs[)agne. La môme conséquence s'applkpei co qu'on observe sur les côtes de l'Océan, on France, en Ânglettnvaux Antilles, à Timor, à la Xouvollo-Hollande, et dans plusin'^ îlos de la mer du Sud. On y reconnaît dos plages de sable à diverses hauteurs, dos dépôts calcarifèros, remplis de coquilles marinesseobiablos à celles qui vivent dans les mors voisines, des huîtres et d^ , balanos fixées aux rochers, enfin des bancs de polypiers, ,^ l23, j identiques avec ceux do nos jours, et le tout élevé plus ou mcin^ au-dessus du niveau des mers.

§ 156. Lorsqu'à l'intérieur dos terres on trouve sur le flanc dff montagnes, et sur les escarpements, dos sillons allongés, des creux, dos excavations qui forment dos lignes horizonlales , il est évident que ce sont d'anciens rivairos sur lesquels la mer venait battre. ^ exerçant ses déç^ra(\'dl\OT\s comme aujourd'hui , § 98 à 400, et q«w

ANCIENS EFFETS DE SOELfiTIHENTS OU D'AFFAISSEHXim. IS7 ont été souleva à la hauteur où nous les voyons. Ceet es qu'attestent encore les débris roulés de toute espèce, minéraux, ossements d'anlmaus , coquilles, madrépores, qu'on trouve quelquefois alors au pied des escarpements, aussi bien que les trous plus ou moins nombreux renfermant encore Ips coquilles des mollusques saxicaves qui les ont formés On trouve assez fréquemment ces divers indices sur les montagnes calcaires de la Bourgogne méridionale, de la Franche-Comté, du Bas-Dauphiné, de la Provence, etc.

§157. Temi^ic de ■énptaiB, — C'est à des événements du même genre que se rapporte le phénomène du temple de Sérapis, sur iû côte de Pouzzolea, qui a donné heu à tant de controverses parmi les géologues. I! ne reste de cet antique monument que trois colonnes de marbre, debout sur

d'une port, il n'est guère vraisemhlable que ce temple, d'ailleurs construit avec un grand 1 ux ii d's rch i lec tu re , ai t été p lacé de manière que le sol en fiU constamment couvert d'eau .

pas plus qu'il n'est probable que la voie antique de Baja, les édirices élevés par Agrippa, plusieurs autres antiquitésqui se trouvent aujourd'hui en tout ou en partie sous les eaux, nient été construits dans celte position. D'un autre c4lé, les trois colonnes qui restent debout présentent, ù partir do 3 mètres au-dessus du pavé, et sur une hauteur de 3 mètres, une zone perforée par des coquilles litliophsges, ce qui n'apuavoir lieu quesous les mers. Ainsi ce temple, cerl ai nement construit sur un endroit constamment à sec, à quelque hauteur que ce soit, s'est trouvé plus tard sous le» eaux jusqu'à 5 mètres , et de nouveau a été remis au niveau de la m^. Or, puisque la Méditerranée n'a pas changé de niveau , c'est aux oscillations du sol qu'on peut uniquement rapporter ce phénomène. Il est probable que le terrain s'est trouvé d'ahoti ii\\\* wsttaine hauteur su-dessus de la mer, etqnec'w\. a.\ow.of.w \çi*\»».\**

M. Templr lit Srri

antiquités dont nous voyons les restes ont été construites ; que plus tard il s'est fait un affaissement dont nous ignorons la valeur, et qu'enfin un soulèvement de 5 mètres, qui a été jusqu'à 7 en quelques points, a remis le temple à sec en laissant les autres édifices en partie submergés , ce qui prouve que l'affaissement avait été plus fort et plus étendu que le dernier soulèvement.

§ 458. c^neianioii de« teita». — En reconnaissant ainsi que des dépôts très-étendus , formés de coquilles qui vivent actuellement dans nos mers, ont été évidemment soulevés à des hauteurs plus ou moins considérables , ne devient-il pas infinimenl probable qu'il en a été de même de tous les autres? Pourquoi, en effet, n'en serait-il pas ainsi des terrains des environs de Londres et de Paris, de ceux des plaines de la Gascogne, de T Autriche, de la Hongrie, de la Pologne, etc. ? Â la vérité, les coquilles qu'on y trouve ne sont pas toutes analogues à celles qui vivent dans nos mers ; mais il y en existe encore en quantité notable, § 284 à 295, et leur conservation est à peu près la même. Et si l'on admet le soulèvement de ces dépôts, pourra-t-on refuser d'étendre l'hypothèse aux terrains crétacés qui les enveloppent de toutes parts , | 270 à 282, puis aux calcaires jurassiques qui les avaient précédés et qui constituent la plus grande partie des montagnes calcaires de la France, § 255 à 269 , enfin à tous les dépôts coquilliers dont les débris organiques attestent l'origine sous-marine? En preuve de cette extension du phénomène, nous allons bientôt citer toutes les dislocations qui en sont nécessairement la suite.

§ 459. AffAliMiemeiitfi de dlvem dépota anciens. — S'il est clairement établi que, de nos jours, il s'est fait à la surface du globe des affaissements aussi bien que des soulèvements, § 32 à 36, l'observation montre évidemment qu'il s'en est fait également à toutes les époques dans les dépôts divers qui constituent nos continents.

On observe sur plusieurs points des côtes de France et d'Angleterre, à marée basse, des dépôts très-élendus de végétaux semblables à ceux qui vivent dans nos climats, et que tout annonce être encore à la place où ils ont vécu, parce qu'on y voit des arbres debout et des racines fixées au sol. Ces dépôts reposent sur des matières terreuses Jonchées de feuilles entassées les unes sur les autres, et sont recouverts par des argiles remplies de coquilles d'eau douce; ils renferment des bouleaux, des noisetiers, des chênes, des sapins, des débris de diverses espèces de cerfs, etc. Or, ces forêts sous-marines, ainsi qu'on les a nommées, n'ont pu végéter que sur un sol découvert ; et comme elles se trouvent aujourd'hui placées au-dessous des mers, et ne se monlreTil c^vx^ daci^ les grandes marées, il

ANCIENS EFF£TS DE SOULÈVEMENTS OU D'aFFAISSSMENTS. tS9

faut bien que le terrain se soit affaissé depuis Tépoque de la végéta» tion actuelle. On a aussi rencontré plusieurs tourbières les unes au-dessus des autres en creusant des puits artésiens en Hollande et à Venise, ce qui montre même plusieurs affaissements successifs.

§ 460. La couche de boue de Porlland , § 438, qui renferme des arbres encore en place, atteste l'existence d'un sol végétal, d'un terrain à peu près sec , qui reposait sur des dépôts marins. Cette couche a été ensuite recouverte par des dépôts de calcaire lacustre très-puissant, et le tout passe sous les grès verts qui préludent à la craie , § 274 , et qui sont de formation marine. Il est donc clair qu'il y a eu dans ces lieux un certain soulèvement aes calcaires marins inférieurs, sur lesquels s'est établie une végétation terrestre; qu'il s'est fait ensuite un lac, ou un estuaire profond , dans lequel se sont formées des couches de calcaire, de sable et d'argile remplies de coquilles fluviatiles, dont l'ensemble at^teint parfois une épaisseur de 200 à 300 mètres. Plus tard même tout ce terrain s'est recouvert de dépôts marins, de grès vert et de craie, qui dans certains points ont eux-mêmes une épaisseur encore plus grande. Enfin il faut qu'un dernier soulèvement ait remonté le tout au niveau que nous observons aujourd'hui.

§ 464. Tous les détails dans lesquels nous entrerons successivement nous feront connaître des faits du même genre, même sur de grandes étendues et avec des circonstances beaucoup plus remarquables encore que celles qui viennent d'être indiquées, § 465 à 472 , 327 à 375 ; mais nous citerons encore un exemple frappant de ces oscillations du sol , et il nous sera fourni par les empreintes de pieds et de pas de certains quadrupèdes, fig. 4 40, qu'on a trouvées à

Fig. 110. Empreintes de pieda de qwtdruitède».

Hersberg, près de Hildburghausen en Saxe, sur les faces de séparation de certaines couches de grès, et celles de pieds tf oiseaux dw^x?».

Fig. 111. Empreintes de pied* d'oiseaux.

fig. 444 , qu'on a observées dans la vallée du Gonnecticut, aux

États -Udîs d'Amérique, dans les mêmes dépôts. Ces empreintes attes- j tentque le terrain conservait une I certaine mollesse, quoiqu'il fût en partie desséché , ce qui est mis en évidence parles rides qu'il présente, et que par conséquent il fût hors de l'eau ; or la couche où ces animaux ont marché se trouve aujourd'hui recouverte par une autre qui s'est modelée sur leurs traces , puis par des dépôts considérables des mêmes matières, qui n'ont pu se former que sous les eaux : donc il a fallu que le terrain , d'abord soulevé pour que des animaux terrestres pussent y marcher, s'affaissât successivement ensuite pour recevoir tous ces sédiments , et qu'en définitive il ait été de nouveau relevé pour arriver au point où nous le voyons aujourd'hui.

§462. AlfolMiemeiii de la f^aspleniie) cratères ^eANidrement. — £n voyant clairement, par les faits modernes, S 32 à 36 , et par les phénomènes que présentent les dépôts anciens dont nous venons de parier, qu'il s'est fait de tout temps des affaisse ments à la surface du globe aussi bien que des soulèvements , nous sommes naturellement conduits à expliquer de même différents foits qui ne sont pas moins remarquables. Si le niveau de la Caspienne et de toute la contrée environnante se trouve aujourd'hui au-dessous de l'Océan , § 23, nous sommes portés à croire que c'est par l'effet d'un affaissement du sol, qui se trouve en relation avec le soulèvement des hautes cimes volcaniques qui forment le centre de l'Asie. Il en a été probablement ici comme de la formation du grand IK Mitsou-Oumi , dans l'île de Nifon , qui eut lieu dans une nuit en l'an 286 avant notre ère, au moment où le Fousi-no-Yama , la plos haute montagne du Japon, s'éleva du sein de la terre. Quelque chose d'analogue s'est passé sans doute au milieu de la Judée, ob toute la contrée du Jourdain, de la mer Morte au lac de Tibériade, se trouve aussi plus bas que la Méditerranée. La mer Morte est entourée de montagnes Irachytiques, dont l'apparition fut peut-être une des causes médiates du grand châtiment infligé aux villes coupahles que renfermaient ces coivlrées.

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