SOULÈVE.MENTS
§ 465. pourquoi il faut MiippoHcr des redressements. -^
Les dépôts arénacés et coquilliers que nous trouvons à la surface solide du globe so présentent fréquemment en couches sensiblement horizontales, comme ceux qui se forment sous les eaux, § 408 à 446. Dans ce cas, les galets aplatis, les valves d'huîtres ou d'autres bivalves, sont déposés à plat, et les coquilles turriculées couchées sur leur longueur, fig. 442 , circonstances qui s'accordent avec l'idée d»» formation lente par des matières livrées à la seule action de la pesanteur. Cependant il arrive souvent aussi que nous voyons ces couches plus ou moins inclinées dans certaine partie de leur étendue, redressées même jusqu'à la verticale, et quelquefois renversées; or, on y reconnaît encore alors tous les caractères de l'horizontalité princiitive, car les débris de coquilles et les galets aplatis se trouvent toujours disposés parallèlement aux plans des couches, fig. 443, comme dans la partie demeurée horizontale. Certains dépôts renferment aussi des géodes d'agates dans lesquelles on voit des stalactites
dont Taxe est plus ou moins incliné, fig. 4 4 1 , ce qui est directement opposé à la manière dont se produisent ces sortes de configurations.
Fig. 112.
Fig. 113.
Fig. 114.
Fig. lis.
Il résulte de là que ces dépôts ne se sont pas formés en couches redressées comme nous les voyons aujourd'hui : car, d'un côté, les débris de coquilles et les galets auraient culbuté pour se placer en équilibre stable, ou rouler au pied des talus; de l'autre, les stalactites se seraient formées suivant la verticale, fig. 445. Tout nous montre donc que les couches étaient d'abord horizontales, et qu'elles ont été dérangées de cette position naturelle postérieurement à leur formation ; c'est là un des grands phénomènes géologiques dont nous avons à rechercher la cause.
§ 466. Pour nous guider dans cette étude, nous avons, comme point de comparaison , les effets produits pendant les tremblements de terre, et ceux qui résultent des phénomènes volcaniques. D'un côté, les crevasses qui se forment alors dans le sol, jusqu'à une profondeur plus ou moins considérable, ne peuvent être évidemment que l'effet d'un soulèvement ; car l'écartement des parties ne résulte ici ni du dessèchement ni du refroidissement qui auraient pu produire des retraits dans la masse. Aussi remarque-t-on , dans le voisinage des fentes, que le sol no se trouve plus sur le même plan que le reste de la contrée, qu'il est alors plus ou moins bombé, et que souvent u-ne des parties est plus élevée que l'autre, § 30. Or, |K)ur que le sol ait été soulevé, il faut bien que les couches inlérieures aient été dérangées de leur position ; par conséquent, lorsque, dans un terrain à couches horizontales, il se fait une fente en ligne droite, comme § 30, fig. 9, il faut que les couches se trouvent Inclinées de part et d'autre sur toute sa longueur, comme les deux pentes d'un toit. Lorsqu'il se fait plusieurs fentes divergentes, comme fig. 40, les lambeaux de terrain doivent s'incliner symétriquement autour de l'axe de soulèvement.
Nousavons aussi, d'un autre côté, lès phénomènes qw^^t^i'à^tAa
134 (iÉOLOGlE.
le Monte Nuovo, d'abord soulevé, puis crevé au sommet, et nous montrant jaujourd'hui , relevés autour de son axe, tous les dépôts qui se trouvent en couches horizontales dans le reste de la Campanie. Enfin , sur une plus grande échelle, nous avons les couches relevées autour du centre d'action de Santorin, et tous les faits du même genre que nous voyons dans un grand nombre de lieux où l'action volcanique se manifeste encore de nos jours , § 39 à 54.
Maintenant, si nous trouvons que toutes les couches inclinées que nous observons à la surface du globe peuvent être rapportées à Tune ou à l'autre de ces dispositions, nous serons en droit de conclure qu'elles ont été relevées par les mêmes causes ; or, c'est précisément ce que nous allons reconnaître partout.
§ 467. vaiiiea. — Nous avons vu que quand il se fait une crevasse il arrive souvent, § 30, que l'une des parties du terrain se trouve plus élevée que l'autre, tant lorsque la fente demeure ouverte, que quand elle se referme subitement. Or, les mêmes dispositions se présentent très-fréquemment à la surface du globe, et il est à présumer qu'elles ont été produites par une circonstance sem-
blable , par un soulèvement. Les couches sont alors inclinées de part et d'autre, fig. 446, et l'une des parties se trouve plus ou moins éle^ vée au'Klessus de celle qui lui est , ^ ^ .,, ' adjacente: à lajonction on distingue
tic. i 16, Exemple de faille, i r- i * ?
^ quelquefois, par les travaux souter-
rains, soit une fente ouverte, ou remplie postérieurement de gravier, soit une fissure légère, ou tout au moins une surface de séparation, dont les plans sont lisses, et quelquefois polis ou striés Verticalement, ce qui annonce une crevasse fermée , un glissement d'une partie sur l'autre. Ces dispositions ont été désignées sous le nom de failles, de l'allemand fall , chute, affaissement, parce que l'une des parties se trouve plus basse que l'autre ; elles se manifestent dans toute espèce de terrain, et présentent alors des crétos qui s'étendent sur de très-grands espaces, à peu près en ligne droite, quelquefois interrompues çà et là, mais dont les différentes parties se trouvent dans la môme direction. 11 en résulte des croupes de montagnes plus ou moins élevées, assez communes à la surface de la terre, et dont les Vosges, le Jura , les Alpes , les Cévennes , etc. , nous offrent un grand nombre d'exemples.
Si les failles se manifestent à la surface du sol par des crêtes plus ou moins relevées , on les reconnaît aussi à l'intérieur de la terre
par les dérangements qu'elles ont occasionnés dans les dépôts exploités pour les besoins des arts. C'est ainsi , par exemple , que dans les houillères une même couche de combustible, a, 6, c,
fig. in, se trouve quelquefois tellement dérangée çà et là de sa position, que le mineur, après ravoir exploitée sur une partie de sa direction, de d en c, par exemple, la voit tout à coup Fig. 117. Couche disloquée par des failles, ^j^j^ 11 abandonnerait évidemment tous les travaux si Texpérience ne lui avait appris qu'en suivant la faille il retrouvera le dépôt soit au-dessus, soit au-dessous du point où il s'est trouvé subitement arrêté.
Quelquefois il est aussi résulté de ce dérangement des couches de funestes erreurs pour les spéculations. Voyant, par exemple, à la surface du terrain divers affleurements de matière exploitable, a, h, c, d, Bg. 448, on en a conclu la présence d'autant de couches différentes, et par conséquent une grande apparence de richesses, pour lesquelles on pouvait faire toutes les avances possibles, lorsqu'on réalité ce n'était que la même couche, disloquée et remontée à différents niveaux par des failles successives.
Fig. 118. Dislocation donnant à une seule couche Vapparence de pluitieurs.
§ 4 68. Disposition craiérirorme. — La formation connue du Monte Nuovo, en nous faisant comprendre le relèvement des couches que présente sa cavité cratériforme, § 40, 54 , nous conduit à attribuer aussi à des soulèvements, dont les époques sont inconnues, la structure de plusieurs autres buttes de la même contrée, telles
que celles de la Solfatare do Pouzzoles, deCamaldoli, d'Astroni, etc., où les couches sont toutes relevées vers l'axe de
l'excavation qu'on trouve au
Fig. 119. Disposition cratériforme avec centre. Dans cesbuttes, le fond
hutte de trachyte au centre. ^^ ^^ ^a^jt^, SUrtOUt à Astroni,
fig. 449, présente souvent la pointe d'un dôme ltac\ï^\Àc\\\Ç'^ a^\\
mam donto, «n se soulevant comm» à Sanbirin, g (9, &7, a produit la nlèvement dei couches du (ur ponceux environnant. Ch MlH à CTstèrfs ex pi iciuent immédiatement toutes celles des Champs- Pbélégréens , qui sont pleines a»
sommet, mais dont toutes les couches se relèvent également autour d'un axe, lig. 120; probablement il SD trouve aussi à leur base quel' que pointe de cône qui ne s'est pas Mrée n«c axez de forco pour crever le sommet. Ce qu'il est Impartnrt de remarquer, c'est que ces bulles isoléeâ ee trouvent f^ nénlonent alignées par Hles dirigées toutes rie la même manière, t» qù Mnible indiquer des crevassa sur la direction desquetle», 1 BOUS l'avons vu dans les volcans brûlants, g 6G, les matières
■ tendaient à sortir,
■ trouvons en beaucoup de lieux des circonstances tout à bK e plus grande échelle. Dans le Cantal et le Nonl
ftdea nappes basaltiques et Irachy tiques (voyez Minén^egii]. d'après leur unirormi té d'épaisseur, ne peuvent avoir étédé- M que sur un sol horizontal, S^î.^ trouvent maintenant niecentres, laissant vers leur point de convei^nce un bas^o cnt*riforme plus ou moins ëtaidi.
ou se dressant au tour d'un dio* Irachytique, iig. I £1 , q'uelqueft* élancé , comme le pic de Té* rifTc, au-dessus des escarpflwrt qui l'entourent. Des masHtp»
nitiques, comme au hameau du Pat, près de Monpezat en VJTMiii présentent également des cirques au milieu desquels s'élëvenllH buttes de basaltes ou de scories, dont l'apparition a sans doute mri la première explosion , comme au Monte Nuovo et à l'Ile Sût' Georgcfl, S 39, 40. Le bassin de Schemnitz, en Hongrie, n'eslatt> qu'un vaste cratère de soulèvement, à peu près libre, n'ajflM qu'une butte basaltique au centre, et dont le pourtouresl engrwi partie Tormé par des couches de porphyre vert qui sont relerévdi toutes parts. D'autres porphyres forment de même un cirque, <W les sommeU sont couverts de neige , autour de l'Elburz , le [»e tfr cbytique le plus élevé du Caucase. Dans tous ces cas, lamMM^ l'enceinte circulaire se trouve coupée par des vallées profindM, résultat corrélatif du soulèvement, et qui rappellent inévitabloaMl les barancoB de Palma , g S) ; c«s ruptures, en un mot, ' "
tous les caractères que nous avons indiqués dans les cratères de soulèvement.
§ 469. Mais ce n*est pas seulement dans les contrées qui présentent des basaltes, des trachytes, des scories et des ponces, que ces dispositions cratériformes se manifestent; elles ne sont pas moins communes dans beaucoup de localités où la nature des roches ne rappelle en rien les volcans. Et d'abord au milieu des Alpes, on voit des calcaires, des schistes, diverses sortes de roches former, par leurs couches relevées, un vaste cirque au milieu duquel s'élève le Mont Blanc, à peu près comme le pic de Ténériffe dans son enceinte basaltique. Plus loin, à l'ouest, dans l'Oisan, le cirque qui entoure le hameau de la Bérarde, si bien décrit par M. Ëlie deBeaumont, présente, par la disposition de ses couches de gneiss relevées, par ses crevasses au pourtour, par l'unique vallée qui y donne entrée, les caraclôres les plus positifs qu'on puisse observer dans les cratères de soulèvement. Les cirques qui se trouvent dans le haut de la plupart des grandes vallées des Alpes et ceux que l'on voit sur divers poinis des Pyrénées, offrent encore des circonstances semblables ; c'est-à-dire qu'on y voit des couches relevées de toutes parts vers leurs centres, mais quelquefois interrompues, comme au pied du Mont-Rose, par des roches massives où la slratiGcation disparaît, % 116. Partout, au milieu des granités ou des porphyres divers , on rencontre des cirques analogues, dont les parois escarpées sont découpées par des vallées plus ou moins profondes, dont le centre est occupé par un lac, et où les rivières prennent leur source ; c'est ce qu'on voit dans les Vosges au pied des ballons, dans le Morvan , dans les montagnes de Tarare, etc. Ailleurs, des buttes de porphyre noir, ou mélaphyre, se trouvent ainsi au milieu d'un bassin, autour duquel les couches de schiste et de grès houiller se trouvent relevées, comme à Bitschwiller dans les Vosges, etc.
§ 470. Même dlupottltlon dans les terrains calcaires. — Les
contrées calcaires nous présentent tout aussi bien que les autres ces sortes d'acddents ; seulement les cavités cratériformes, au lieu d*ètre à peu près circulaires, comme celles que nous avons indiquées jusqu'ici, sont le plus souvent allongées et très-irrégulières, comme on le voit surtout dans les montagnes du Jura. Ce sont, en général, des effets produits en longueur, comme les fentes, qui 3'étendont quelquefois à de très-grandes distances, et ont formé sur leur direction des buttes allongées, alignées entre elles, offrant çà et là des sommets plus saillants. Or, ces sommets sont le plus souvent déchirés, et présentent ce qu'on a nommé des vallées ^eTmèç%
OMdetvaUêetd'Mér.'ation.fig.iîî, qui, en définitive, nesontqw des rretèrfs de soulèvement.
Fia. i« P''
Les déchiremenls des montagnes calcaires ne présentent pas M- JOUTS l'uniformité cratériforme que nous avons jusqu'ici indiquée. D'une parL, il arrive que sur l'une des pentes les couches déchiiéis sont restées en arriére, tandis que sur l'autre elles ont étésoulevto' le déchirement se présente alors, dans la coupe transi'ersale, conntt n^. 133. Ailleurs, les couches supérieures se sont comme retirés
Fig. IÏ4.
dans le sens horizontal, et, les couches inrérieures se boinbantsW se fracturer, il en est résulté des dispositions comme fig. (2i. Sm vent, parmi les couches soulevées, il en est qui se désagrègent 1* facilement et dont la saillie se trouve bientôt culbutée, ce qui ntraîtie laehnle des couches solides supérieures; il en résulte divnsn créles de roches parallèles les unes aux autres, si^parées par de prtites vallées, souvent fermées, oii se rendent lcseau\ pluviales, rt qui se rouvrent alors de végélalion : la crête générale de la mmtii|;nc se présente alors dans la coupe comme lig. i 2'J. Quelquefoi* nussi le sommet no présente plus qu'une masse de blues calcaire entassés les uns s»r les autres, et qui se Iniuveni disposés en l^«*
comme si on les avait réunis par nature de pierre. Enfin remarquons que quand il s'est formé deux soulèvements parallèles, comme fig. 426, il arrive quelquefois qu'une portion a du terrain s'est trouvée emportée , et qu'elle forme alors le point culminant de tout le massif, en présentant l'apparence d'une répétition de certaines couches dans le même dépôt.
Dans les terrains calcaires que nous venons de citer, la partie centrale du soulèvement cratériforme ne présente le plus souvent que l'une des couches sédimentaires composantes , qui se trouve alors plus ou moins bombée. Mais il arrive quelquefois aussi qu'il apparaît au centre du déchirement des matières en masse, d'une nature ou d'une autre, très-différentes de celles du terrain bouleversé. C'est ce dont nous avons vu des exemples dans les Champs-Phélégréens, par les buttes trachy tiques qui se trouvent au fond des cratères de soulèvement formés au milieu des couches sédimentaires d'agglomérats ponceux, fig. 449. Nous en avons aussi dans les Alpes, comme dans beaucoup d'autres contrées, où nous voyons des masses granitiques, et beaucoup d'autres roches cristallines, crevasser et redresser les divers dépôts de sédiment sous lesquels elles apparaissent, et les traverser quelquefois comme par une vaste boutonnière qoi s'est faite au milieu d'eux. Nous apprécierons plus tard la valeur de ces faits.
§474. BelèTement et eonCournement sans dislocation. — — Si le redressement des couches est souvent accompagné de ruptures , il arrive fréquemment aussi qu'il se fait sans aucune dislocation apparente. Nous l'avons déjà remarqué dans les monticules isolés des Champs-Phélégréens, fig. 420, et on le voit également sur des longueurs plus ou moins considérables qui présentent alors des côtes plus ou moins saillantes, ou des lignes anticlinales, suivant une expression reçue, formées par des couches relevées de part et d'autre comme les deux pentes d'un toit : cette circonstance présente encore des effets comparables à ceux qu'occasionnent les fentes, mais produits alors sur des couches susceptibles d'un certain degré de flexibilité, comme les matières placées au centre des figures précédentes. Les montagnes du Jura nous en offrent un grand nombre d'exemples ; on y voit souvent diverses crêtes parallèles de ce genre que les plus simples cartes indiquent très-clairement, et qui laissent entre elles des vallées plus ou moins larges , sur les deux pentes desquelles les couches se trouvent relevées. Il en résulte de grandes ondulations de couches, qu'on remarque surtout dans les escarpements produits par les divers déchirements, ou cluses, qui coupent tran&vOi^'saSfement les crêtes en un grand nombre de Weiiy.. CÎe^ c»w^\3\'aNXw>s» ^^
grand, qui sont repréaenléesfig. <37, nesont iolerrompuesquepi les décfairenienis cratéri formes àvs sommets, comme en a, que not avons indiqués précédemment.
Les contour-
nements se font aussi remarquer dans d'autres circonstances , où il semble que les couches, à un certain état de Qexibiliié, ou peut-être à l'état pâteux, ont élè plutôt comprimées en deux sens opposés que soulevées. C'est en effet l'idée à laquelle on est naturellement conduit par certains faits qu'on observe dans les dépôts de matière» structure schisteuse. Souvent il arrive que les feuillets de cesdépAts, au lieu de se continuer sur un même plan, horizontal ou incliné.se trouvent tous extrêmement contournés sans cesser d'être parallèles, ou repliés sur eux-mêmes en zigzags plus ou moins aigus, fig. iîi. L'idée de la cause d'un lel plissement a élé vérifiée jadis par sir
Fig lai CtmtoHrafmnu in
James Hall, qui, après avoir plact les unes sur les autres desgalellei d'ar^ite humectée, et \es a\off t^iat^te, 4'vkv\ wtïtain çoids, iraa-
BEDRESSEMENTS ET DISLOCATIONS ANCIENNES. lit
gina d*en comprimer latéralement l'ensemble. Toutes les couches ^e replièrent à la fois, comme il Tavait pensé, et prirent une disposition tout à fait semblable à celle des dé[>ôts schisteux qu'il avait observés. Le même effet s'obtient avec des feuilles de carton mince détrempées suffisamment, et qui ont l'avantage de conserver en se desséchant la forme qu'elles ont prise pendant l'expérience.
On observe fréquemment dans les terrains houillers des circonstances complètement analogues : toutes les couches de ces dépôts, tant argileuses que combustibles, se trouvent repliées à la fois, et souvent sous des angles vifs, comme fig. 129. C'est ce qu'on observe surtout d'une manière très-remarquable dans les houillères des environs de Mons en Belgique.
Maintenant, comment ces compressions ont-elles eu lieu ? C'est ce qu'il faudrait en quelque sorte expliquer pour chaque localité; mais on conçoit que, dans un dépôt à couches inclinées dont la masse est poussée de bas en haut, la partie supérieure presse de tout son poids sur la partie inférieure, et que les couches de celle-ci, placées dès lors entre deux forces opposées, peuvent se replier sur ellesmêmes si elles sont assez flexibles. D'un autre côlé, comme des matières en fusion se sont souvent introduites de vive force dans les dépôts de sédiment, on conçoit qu'il en soit résulté des compressions latérales qui ont produit les mêmes effets,
§ 473. Origine deii vallées. — Si les montagnes ne sont que les résultats des dislocations qui ont eu lieu à la surface du globe, les vallées ne peuvent plus nous offrir aucune difficulté. Les premières idées qu'on s'est faites sur leur origine ont eu pour base le creusement par l'action érosive des eaux ; mais alors, les montagnes devant être préalablement formées, il est clair que les eaux auraient toujours dû suivre la pente naturelle du sol, et le sillonner uniquement dans ce sens, comme font aujourd'hui les pluies d'orage ; lorsqu'elles se trouvaient arrêtées par un obstacle , ou dans un bassin , elles auraient dû couper préférablement les dépôts de sables et de graviers, ou se déverser par le point le plus bas. Or nous voyons précisément le contraire de ces actions naturelles : les vallées ne suivent pas, en général, la pente réelle du terrain; ce n'est pas par la partie la plus basse des bassins que les eaux se sont généralement déversées , ni à travers les terrains meubles qu'elles se sont fait un passage. On ne voit pas, en effet, pourquoi la Meuse ne vient pas se jeter dans la Seine, en suivant la pente naturelle du sol, et pourquoi elle coupe au contraire les Arden nés à contre-pente; pourquoi \a Hhin se détourne vers Mayence, en coupatvlww leTY^\tv^ç\\^^^'^^-
tôt que de suivre sa direction à travers des terralus plus bas et plus incohérents pour se jeter dans le Weser; pourquoi le Rhône, parvenu à Saint-Genis, ne coupe pas les terrains arénacés qui lui barrent le passage pour se continuer vers la Tour-du-Pin, et se détourne brusquement au nord pour aller passer à travers des calcaires bien plus solidement agrégés et plus difficiles à entamer. Partout on peut faire des observations du même genre , et il semble que les rivières aient toujours reculé devant les dépôts qui, précisément, leur offraient le . moins de résistance.
La conséquence à tirer de ces faits, c'est que les rivières, au lieu d'avoir creusé leurs lits, comme on l'a pensé, se sont tout simplement dirigées par des canaux qu'elles ont trouvés tout établis. Or, il n'est pas difficile de remonter à l'origine de ces canaux, ils sont évidemment le résultat des soulèvements qui ont bosselé et déchiré la surface du sol jusqu'alors horizontale. Il est clair , en effet , que les couches inflexibles ont dû alors se briser, et qu'il s'est fait en conséquence un nombre plus ou moins considérable de fentes; comme dans la coupe transversale , fig. 430. Ces fentes sont deve-
Fig. 130. Production dp^ vallée» par dislocation.
nues des vallées, placées de différentes manières les unes par rapport aux autres, suivant les circonstances du soulèvement : parallèles si l'action , ayant lieu sur une certaine direction , s'étendait suffisamment en largeur ; divergentes si l'action se manifestait en un point, comme dans certains massifs de montagnes ; souvent enfin perpendiculaires à la direction des chaînes soulevées, comme les fentes secondaires qui se manifestent pendant les tremblements de terre, § 30, fig. 9 , ce qui dut avoir lieu surtout lorsque l'action intérieure forçait quelques matières cristallines à sortir par la fente principale. On conçoit facilement que les crevasses soient restées plutôt ouvertes dans les matières solides que dans les dépôts arénacés, dont les éboulements tendent à combler successivement les vides; et voilà pourquoi les rivières semblent avoir fui les terrains meubles, qu'elles auraient pu si facilement entamer si elles n'avaient trouvé un lit préparé dans une autre direction. De même, dans les bassins successifs que la plupart des vallées présentent , et qui s'offrent à nos yeux comme autant de lacs, § 48, on reconnaît aisément la cause des défilés par lesquels les eaux s'échappent : ce sont encore des crevasses qui ont dû s'o\\\m çwtVwxV. d^w^ les matières solides.
REDRESSBMEISTS KT DISLOCATIONS ANaBNNES. 143
g 474. Influence des eanx rar le« ▼nllée«. — Il ne faudrait pas conclure cependant que les eaux n'ont jamais eu aucune influence sur la configuration des vallées. 11 est à croire, au contraire, que dans les événements qui ont si subitement crevassé une contrée, et ont fait écouler tout à coup les eaux qui s'y étaient rassemblées, il s'est produit des courants d'une force effrayante qui , en arrachant et déblayant toutes les parties fracturées par le soulèvement, ont modifié les passages qui leur étaient offerts, § 92 à 96. On ne peut douter que tous ces débris, charriés avec une vitesse prodigieuse, n'aient sillonné fortement toutes les roches qui restaient en place, et contribué pour beaucoup à l'élargissement et à l'approfondissement des gorges que la rupture avait commencées ; nous en avons pour témoins l'usure des roches et les sillons que nous apercevons sur le flanc des vallées, dans la direction des blocs qui ont été transportés au loin à l'époque de ces grandes convulsions de la nature , § 302 à 309. La plus grande partie de nos vallées ont été évidemment façonnées postérieurement par les eaux, et il n'y a que celles qui ont apparu les dernières, comme dans les Alpes du Valais, dans les Andes, etc. , qui conservent des traces plus nettes de leur première origine.
Il est probable aussi que certaines vallées qui traversent des terrains meubles, peu disposés à se fracturer, ont été entièrement produites par l'action des eaux. Les vallées auxquelles on peut attribuer cette origine présentent des caractères fort différents de ceux des premières : d'un côté , elles suivent les lignes naturelles des pentes; d'un autre, elles se dérangent de leur direction à l'approche des masses qui offrent plus de résistance, et autour desquelles elles tournent , pour rester constamment dans les dépôts meubles. Telles sont les vallées qui sillonnent les grands dépôts de cailloux roulés qu on trouve au pied des Alpes occidentales , dans la Bresse , dans
le Bas-Dauphiné , tout le long de la vallée du Rhône et dans celle de la Durance, § 209. La plupart de nos grandes rivières ont ellesmêmes creusé leurs lits dans des alluvions anciennes, fîg. 431 , fort Fig. 131. Vallée d'érosion daiis les différentes de celles qu'elles forterrainsmeMes, ^^^^ aujourd'hui : tel est, par
exemple , le cas de la Seine , à Paris , qui a creusé son lit dans un dépôt de cailloux roulés fort différents des graviers qu'elle déposé maintenant.
§ 475. Diverses espèces de vallée». — Ow N^\\.^ ^^\f^^
144 (;boux;ie.
ces observations, qu'il y a lieu à distinguer des vallées de diverses origines, et qu'on peut les rapporter à trois espèces principales.
i" Vallées de déchirement, — Ce sont celles qui ont été produites par des fentes de toutes dimensions, quelquefois colossales, formées pendant les soulèvements qui ont amené nos continents à leur relief actuel. Elles présentent, en général, des escarpements rapides, sur lesquels on aperçoit les traces des couches fracturées, et où les angles saillants d'un côté correspondent souvent à des angles rentrants de Tautre. Les cirques qui les terminent fréquemment dans le haut, ou ceux qui les divisent sur leur longueur, sont autant de cratères de soulèvement, dont la plupart sont nettement cai-aclérisés, soit par leurs couches relevées, soit parles barancos qu'ils présentent. Les vallées des Ardennes, des Vosges, des Alpes, des Pyrénées, etc. , nous présentent de beaux exemples de cette formation. Dans diverses contrées do la France, nous trouvons également des vallées do même origine , mais la plupart sont beaucoup plus modifiées par les érosions qui ont eu lieu à diverses époques : tel est le cas, par exemple, des vallées qui sillonnent le plateau central de la Franco dans le Limousin, l'Auvergne, etc.
On a distingué aussi des vallées d'effondrement ; mais il paraît en exister peu de véritables , § 52 et 463, et qui soient dues purement à cette cause. Les effondrements sont fréquemment corrélatifs des soulèvements; et les vallées aussi bien que les cratères de soulèvement peuvent offrir à la fois l'un et l'autre effet, qui doivent avoir eu lieu surtout dans les circjues qu'on trouve sur leur longueur et à leur extrémité supérieure.
"1° Vallées de ploiement ou de plissement. — Elles sont produites par deux soulèvements voisins qui ont déterminé les couches de terrain à se relever de part et d'autre, en laissant un espace libre dont leurs plans forment alors les pentes : c'est ce que nous avons fait remarquer dans les parties hautes du Jura, § 171, fig. 4 27. Plusieurs rivières coulent ainsi dans des vallées qui résultent de deux redressements opposés du terrain : tel est, par exemple, le cas de la Loire, après Briare, qui se détourne tout à coup à angle droit en se jetant dans une dépression de ce genre.
3° Vallées d'érosion ou de dénudation. — Elles ont été formées la plupart dans des terrains meubles ou dclayables, comme les ravins que les eaux d'orage produisent sous nos yeux en emportant aveo elles les matières qui constituaient le sol. Les derniers encaissements des grandes rivières sont formés de cette manière, et c'est aux érosions qui se font iournellement dans les grandes crues que sont
dus les changements de lit que nous remarquons si souvent dans quelques-unes d'elles.
S 476. Origine des cavernes. — Voici encore un de ces phénomènes que l'on a attribués à l'action érosive des eaux; mais, bien qu'on rencontre au niveau des mers quelques sillons, quelques cavités peu profondes, que l'on peut attribuer à l'action répétée des vagues, il est diflBcile de penser que ces grands couloirs qui ont quelquefois plusieurs lieues d'étendue, aient été creusés de la même manière. On a si bien senti le peu de part que les eaux ont pu avoir dans ce creusement, qu'on a regardé les espaces, aujourd'hui libres, que nous rencontrons, comme étant autrefois occupés par des masses de sel que les eaux auraient plus tard dissoutes et emportées.
Au lieu de recourir à de telles suppositions, il est à présumer que l'origine première des cavernes est duc à des crevasses qui se sont opérées dans l'intérieur du sol. Nous savons, en effet, que pendant les tremblenients de terre, il arrive tout à coup que des rivières ou des lacs prennent un écoulement souterrain, tantôt momentané et tantôt continu, § 30 à 32 ; ce que l'on conçoit par des crevasses intérieures qui ont procuré les conduits nécessaires. Le phénomène coïncide quelquefois avec l'apparition soudaine de quelque source abondante dans des lieux plus ou moins éloignés; mais souvent aussi les eaux ne reparaissent nulle part, et il faut croire qu'elles vont déboucher immédiatement dans les mers. Ces circonstances nous e&pliquent la disparition de certaines rivières qui s'engouffrent aujourd'hui sous terre, après un cours superficiel plus ou moins étendu, ainsi que les sources que nous voyons tout à coup sortir des flancs d'un rocher. Elles nous montrent la formation et l'existence des canaux souterrains, et nous font concevoir que, mis à sec par un soulèvement plus ou moins considérable, ces canaux ont pu former les cavernes, aujourd'hui libres, que nous rencontrons à toutes les hauteurs, aussi bien que celles dont le fond est encore occupé par un ruisseau alimenté par les eaux qui suintent de toutes les petites fissures ou qui sont fournies par les lacs ou les rivières supérieurs.
S 477. Cependant, si l'origine première de ces cavités souterraines ne peut être douteuse, si l'on trouve évidemment toute l'irrégularité d'une fente dans quelques-unes d'entre elles, il faut reconnaître aussi que souvent elles ont subi postérieurement des changements importante. Il est évident d'abord que leurs parois ont dû subir çà et là des éboulements, et ensuite qu'elles ont été modifiées par des eaux courantes chargées sans doute de sables et de limons arrachés de toutes parts ; c'est ce que montrent les formes arrondies, l'usure et le poli des surfaces, les sillons qu'on y rencontre. Des excoriations partie u-
lières, qui afTectent même jusqu'à la paroi supérieure des voûtes, indiquent une action corrosive dont Teau seule n*est pas capable, et qui conduit à penser que ce liquide a pu être chargé souvent d'acide carl)onique dont l'action s'est ainsi manifestée. On sait, en effet, que cet acide se dégage fréquemment par toutes les fissures du sol, surtout après les tremblements de terre, et que les eaux de sources en sont souvent chargées.
DEPOTS ANCIENS ATTRIBUABLES A l'aCTION VOLCANIQUE.
^ 178. Céneu voleanlqii«ïii ei eourant» de lavet». — LofSquà la surface du globe nous rencontrons des monticules coniques, tantôt isolés, tantôt alignés plusieurs ensemble sur une même direction, et couverts de scories, quelquefois avec des cavités cratériformes au sommet, entourés de rapilli, il est évident, par analogie avec cequi se passe sous nos yeux, que ce sont des cônes volcaniques , quelle que soit l'ignorance où nous pouvons être de leur époque d'activité. Si, sur le flanc des montagnes, quelle que soit d'ailleurs leur nature, nous voyons des masses étroites, allongées, terminées dans le bas par un culot, se creusant sur le milieu, s'amincissant et finissant dans le haut par une pellicule de scories disloquées, fig. 32, nous ne pouvons encore douter de leur origine, quand bien même toute autre trace de volcanicité aurait disparu. Des dépôts étroits plus ou moins allongés, dont l'épaisseur varie avec la pente sur laquelle il^ se trouvent, dont la surface est scoriacée, tourmentée ou disloquée de diverses manières, doivent être reconnus pour des courants de laves, § 67 à 69 ; si nous voyons ces matières en galettes, en nappe? plus ou moins étendues, compactes à leur partie inférieure, poreuses, celluleuses ou scoriacées à leur partie supérieure, à surface à peu près unie, nous devons conclure qu'elles se sont accumuItH^ sur un sol sensiblement horizontal, ou qu'elles sont venues à un éiat plus ou moins liquide se rendre dans un bas-fond. Ce sont là évidemment des dépôts sortis du sein de la terre à l'état de fusion , ot les caractères en sont assez tranchés pour que nous n'ayons pa> môme besoin de nous occuper du point de départ ; celui-ci n*e>l utile que pour les considérations subséquentes.
C'est par des observations de ce genre qu'on reconnaît partout les volcans éteints ; par exemple, ceux de l'Auvergne, si manifestt^ et si frais, malgré leur antiquité, qu'on les croirait prêts à boule verser encore la contrée. Ces volcans, qu'il ne faut pas confondre avec h^ montagnes trachytiquos dont nous parlerons plus tard, ;^ 191. si*
DÉPÔTS ANCIENS ATTRIBUABLES A l' ACTION VOLCANIQUE. 147
trouvent tous sur une ligne dirigée à peu près du nord au sud , en passant par Clermont , qui peut avoir huit lieues de longueur, et qu'on nomme la chaine des Pays, fig. 432. Là se manifestent aussi
Fig. 132. Vue d'une partie de la chaine des Puys.
nettement qu'au Vésuve, et avec bien plus de diversité dans le^ circonstances, toutes les particularités que nous avons indiquées dans les volcans brûlants, § 50 à 78 ; une soixantaine de cônes plus ou moins élevés, formés ou couverts de scories, présentent des cratères non équivoques, les uns entiers , les autres ébréchés par la sortie des laves ; on y reconnaît la formation de nouveaux cônes au milieu d'anciens cratères démantelés, les décompositions produites par les émanations gazeuses, toutes les formes, tous les accidents des coulées, dont les unes n'offrent que des pellicules de scories sur des pentes rapides, et dont les autres , qu'on nomme chères, présentent les grandes dislocations des pentes de 3 à 5", § 67, en s'étendant souvent à de grandes distances. Tous les environs sont couverts par d'immenses dépôts de rapilli et de cendres volcaniques ; enfin, rien ne manque à l'observation, si ce n'est la gerbe d'artifices et l'incandescence des laves.
§ 479. Plusieurs parties du Velay et du Vivarais ne sont pas moins caractérisées que les précédentes. Deux lignes, dirigées à peu près du sud-est au nord-ouest, l'une dans la partie occidentale du Velay, l'autre dans lé bas Vivarais, nous présentent encore des cônes à cratères avec de véritables coulées, soit dans les vallées, soit sur le flanc des montagnes. Mais les produits de ces courants ressemblent beaucoup moins aux laves des volcans modernes ; plus rarement poreux, ils se rapportent généralement à ce qu'on nomme les basaltes, § 312 { , c'est-à-dire à des roches d'un noir plus ou moins foncé, à base compacte de labradorito, renfermant du pyroxène noir et presque toujours de l'oxyde de fer magnétique , fréquemment du péridot, et quelquefois des feldspalhs en cristaux, qui lui donnent la structure porphyrique (voyez Minéralogie), Ces courants forment des dépôts ordinairement assez épais, fréquemment divisés ^w v^^-
lonneâ prismaliques, quelquefois en graodes pièces irrégulières, toutes circonstances qui indiquent un refroidissement lent,.§ 69. Une des plus belles coulées est celle qui a rempli la vallée d'Aulîère près de Montpezat, sur la route qui conduit du haut Vivarais à Aubenas. Une partie en a été enlevée sur la largeur, sans doute par la force des eaux qu'elle avait arrêtées ; mais le reste repose sur les cailloux roulés qui formaient jadis le fond du ruisseau : c'est là qu'on peut voir, sous la lave, une multitude d'appendices cunéiformes qui proviennent de l'introduction de la matière liquide dans les crevasses du sol ancien dégradé aujourd'hui par les eaux. On peut suivre ce courant jusqu'à la montagne d'où il est sorti , où l'on trouve un des plus beaux cônes à cratère de la contrée, et d'où l'on peut suivre une coulée semblable du côté de Thueyls. Toutes les autres coulées du pays sont plus ou moins analogues à celles dont nous parlons, soit par la nature de la matière, soit par la position.
Sur les bords du Rhin, dans les contrées d'Eiffel et de Neuwied, les volcans à laves poreuses et à laves basaltiques sont en quelque sorte entremêlés , comme pour montrer qu'ils appartiennent à une seule et même opération de la nature : quelques-uns même ont fourni, par diverses bouches, tantôt un des produits, tantôt l'autre, ce qu'on voit surtout au volcan de Mosenberg. •
§ 4 80. oépdis iMMalilques de dlvenies sortes. — S'il existe des basaltes en courants bien déterminés qui se rattachent à des cratères, il se trouve aussi des matières semblables dans des positions très-différentes. Il en est beaucoup qui forment des nappes très-étendues dont l'épaisseur est souvent considérable, et qui constituent de vastes plateaux ; d'autres forment des lambeaux éparpillés sur diverses montagnes, au même niveau, se correspondant entre (^ux , et semblant se rattacher les uns aux autres comme les parties d'un même tout et les témoins d'une vaste nappe disloquée. Il en est encore qui forment des masses isolées, des buttes au milieu des plaines, quelquefois très-éloignées de toute autre formation du même genre. On en trouve enOn en filons plus ou moins puissants, tantôt encaissés dans le terrain qui les recèle, tantôt s'élevant çà et là comme des murailles, § 72, ou représentant diverses buttes alignées sur leur direction.
Toutes ces dispositions des dépôts basaltiques se rencontrent quel- (^uefois ensemble dans la même contrée, en même temps que la disposition en coulée, comme cela se voit dans le Velay, le Vivarais et sur les bords du Rhin. Ailleurs, au contraire, comme dans le midi de Ja France, dans diverses parties de l'Allemagne et dans un grand
DÉPÔTS ANCIENS ATTHIBCABLES à l'aCTION VOLCANIQUE. 149
nombre de localités, il n'y a pas la moindre trace de cônes volcaniques ou de courants. Dans tous les cas, cependant, la roche principale présente sensiblement les caractères généraux des basaltes en coulées, et semble reposer indifféremment sur toute espèce de terrain, même sur la terre végétale, comme dans quelques parties du plateau de Uirabelle dans les Coyrons.
§ 1 SI . KwMite en napp». — Les basaltes en nappes ne peuvent manquer de rappeler les grandes nappes de l'Islande, surtout celles de l'éruplion de 1783; ils offrent d'ailleurs, tous, les caractères des laves qui se sont arrêtées sur des terrains horizontaux, ou qui ont rempli des bas-fonds, $ 67 à 69. La partie inférieure est compacte, cristalline, le plus souvent divisée eu colonnes )Hismatiques vertic^es, fig. 133; et la partie supérieure est poreuse, celluleuse, scoriforme, divisée irrégulièrement, se terminant par une surface plane, sensiblement horizontale. Lorsque la masse se compose de plusieurs assises, les séparations sont quelquefois formées par de petits lits de rapilli; et, le plus souvent, elles se distinguent par les alternatives de matière compacte et de matière poreuse qui annoncent divers épancbcmenis particuliers.
Ces caractères ne peuvent déjà laisser aucun doute sur l'origine ignée de ces dépôts; mais il en existe encore plusieurs autres. Lorsqu'on peut parvenir sous les nappes basaltiques, comme dans le cas où elles reposent sur des terrains meubles, on voit presque toujours que la partie inférieure de la masse présente une multitude d'appendices, Bg. 13i, qui pénètrent dans ce terrain, et indiquent une matière liquide qui s'est moulée dans des crevasses. Les terres sur lesquelles la masse s'est placée se trouvent souvent caMw^e^
150 GÉOLOGm.
sur une épaisseur plus ou moins forte, et les débris de v^élaux qu'elles renferment sont charbon nés, ce que roo voit sur les escarpements du plateau de Mirabelle en Vivarais, en descendant- vers Saint-Jean le Noir.
D'un autre côté, on trouve assez fréquemment à la surface de ces nappes basaltiques des points de scorification, des boursouflements particuliers et même des dépressions cratériformes, vers lesquelles la matière fondue semble s'être retirée en un certain moment avant de se solidifier. C'est ce qu'on observe dans beaucoup de lanfibeaux basaltiques des plateaux d'Auvergne, et surtout dans l'immense plateau des Coyrons en Vivarais.
§ 482. Ces caractères ne peuvent laisser de doute sur Torigine des nappes ou des lambeaux basaltiques qui les présentent. Il esta présumer que ces matières sont arrivées au jour par certaines crevasses et se sont répandues sur les surfaces horizontales où elles aboutissaient, § 67. Les dépressions cratériformes qu'on y trouve quelquefois sont peut-être les points principaux de l'éjection, vers lesquels la masse liquide s'est affaissée au moment où la colonne a cessé d'être poussée par la force intérieure qui la sollicitait. Or, l'ensemble des faits qu'on observe dans un grand nombre de plateaux, ou de lambeaux basaltiques, parait prouver suffisamment, dans la même contrée, pour ceux qui n offrent pas une aussi grande somme de données, et fournit tout au moins une grande probabilité lorsque, les matières celluleuses et les points de scorification ayant cessé d'exister, il ne reste plus que l'identité de la roche principale.
Tout ce que nous venons de dire concourt à prouver que les basaltes en nappes se sont répandus sur un sol sensiblement horizontal. Si Ton en trouve quelquefois aujourd'hui sur dos pentes plus ou moins inclinées, allant même jusqu'à 8, 10 ou 15*», il faut admettre qu'ils ont été relevés après coup, puisque des courants de matières fondues ne peuvent prendre une surface unie et une épaisseur constante sur des pentes de cette espèce. Nous avons vu, en effet, § 67, que les laves ne peuvent s'amonceler sur des plans inclinés de plus de { degré, et qui doivent l'être beaucoup moins encore, lorsque la matière a beaucoup de fluidité, comme cela paraît avoir été le cas du basalte, vu la cristallinité des masses principales. Si nous trouvons en beaucoup do lieux des nappes de basalte inclinées, comme au Cantal, au Mont-Dore, dans la partie nord de l'Auvergne, nous reconnaissons en même temps une foule de circonstances qui nous indiquent des soulèvements du sol postérieurs à leur formation.
DÉPÔTS A^CIBNS ATTBIBUABLES A l' ACTION VOLCANIQUE. 151
§ 183. saaalte en bnllcrt. — Ces bultes sont de diverseti
sortes : il en est qui se préaenUtnt oimmG des restes d'une nappe
élenduo qui aurail été eu partie détruite, et dont il n'y a plus que
quelques témoins; la masse principale de la butte apparUent alors à un terrain d'une espèce ou d'une autre, et le sommet seul est basaltique. Pour d'autres, au contraire, toute la butte est formée de basalte, et le pied so perd dans des masses de sables et do débris qui empêchent do voir ce qui se passe au-dessous; es enBn se rattachent à des liions, comme nous allons
le
Dans un grand nombre de butlcs de l'une ou de l'autre sorte, on trouve une composition semblable à cello que nous venons d'indi- <|uer pour les nappes ; c'est-à-dire une ou plusieurs couches compacles plus ou moins cristallines, assez souvent divisées en prismes verticaui;, et une masse supérieure, poreuse, celluleuse ou scoriacée. La masse compacte manque quelquefois, 'et loule la bulle se compose alors de scories; ailleurs, c'est le contraire, et le basalte [iroprement dit est la seule matière apparente. Rarement la surface qui forme le sommet présente ces points de scôrificalion, qu'on trouve daus quelques plateaux.
§ 184. BaMiiM f-m sions. — Le basalte, ovoc tous les caractères que nous lui avons attribuos, g 180à 18Î, 312 t, se présente fréquemment en filons; le centre do lu France, où l'action volcanique se manifeste si rré(|uemment . en offre beaucoup d'exemples, aussi bien que les bords du Rhin. Le plus souvent la masse du lîlon est compacte ou fendillée irrégulièrement, mais il arrive aussi qu'elle se trouve partagée en prismes, fig. 135, perpendiculaires auï parois de la fente, qui deviennent alors les surfaces de refroidissement; c'est un effet semblable â celui que noua avons déjà fait remarquer, g 69, dans les graudes coulées de laves, dont la masse, arrivéesur un sol horizontal, qui en soutire
•riunaliqut
Ffg. m. Filon de baulli )ji .,
alors la chaleur, se divise en prismes verticaux. Rarement les matières qui remplissent ces filons sont scorifiées, et cependant on ou trouve quelques exemples, comme dans le Vivarais, le Volay et l'Auvergne, notamment auprès do Murât, au pied du Cantal.
in
La plot KOTBiit les Bkma tiiMllii|iit !« protongeat ji^qu'^J itufacadu lemia où ils prësestent knê afneurements; maîsl •inra Mqiunnmeiit auaei qa IsaetanmiKnlparle haut en maasi "'Ses t ii6, quel furquées, Be perdent dansl) roche qa e es traverseot. Celle (xmsUu nd que posittTemoil e ce n est pas par le haut qw mslière s eot introduite .
qu ellfl ne peut être que le tés tatdnoe njeclion de rimàil.
' Bstrineur Quelquefois IcMf I aegluaacn e leux couclK>9,q<1 . „ . smt alon- ur une étendue ri»
"^"""^SS" 00 mon» 0 sdérablejouhiaifl
* ^^ luce en si raoïiQani, une [>iirt
de n masse dansleiiriatarvalle, et finit par s'y terminer en cuimi s'y répandre dans toutes les petite* fissoreâ de la roche.
S 186. On peut prendre uns idée trtft-jieiU' de l'origine des EM boaaltiqaes, aussi tùen que des effets qu'ils ont pu pfoduire, pr» j hameau du Pal, en Vivarais, au-desros de lu petite vil le de iloi peut, où nous avons indiqué un dee ploBpnnds cratèroâ d'éruplil basaltique, % 119. Là, au bout d'an défila ûlroit, entre deux aà tagnes abruptes, on trouve un cirque entourn de monLagnrs gcii tiques, escarpées vers son intérieur, et au milieu duquel s'élèv* trois cènes de scories. Or, le granité y est crevassé dans tou9 i sens, et traversé par des Glons basaltiques, les uns assez considl^ râbles, les autres très-minces, et dont la niali^re a pénélréja|i dans les plus petites fissures, ce qui indique à la Fois sa fluidii' la force avec laquelle elle élait poussée. L'un des grands ti court précisément dans la direction d'une coudée basaltique pli à l'eitérieur du cirque, qu'on voit sortir évidemment du granit»,! qui se dirige vers Uonlpezat. C'oe montagne de Chamarelle, prèedeVilleneuTp contrée, ce basalte a traversé des masses c dans leurs moindres lissures, et de telle sorte que sur un êchunliUi de quelques centimètres on rencontre quelquefois plu^icui; livea de calcaire et de basalte. Quelquefois niis.si le tilon s' duit entre les couches dont il a suivi quelque temps la slralifii comme nous l'avons déjà indiqué fig. 136.
§ M6. Sur la direction des filons basaltiques, dont on Toilli aflleurements à la surface du terrain, il arrive fréquemment qi^
voit sortir évidemment du graniti^l C'est de la même manière q>i'll deVilteneurp-de-Berg, dans la mJÉ des masses calcaires, s'csl jolniili
DÈrdrS AKCIBHS ATTRIBUABLES A L'aCTIOH VOLCANIUUS. 153
aperçoit diverses huttes isolées, fig. 1 37, dont souvent plusieurs se succëdent à des distances plus ou moins rapprochées, et qui paraissent n'être autre chose que des éj'eclioDs partielles, comme les canes qui se forment sur une même fente dans les énipl ions modernes, § 66. Le plus souvent elles sont à peu près entièrement composées de scories, mais ii s'en trouve aussi qui sont formées de basaltes purs. Quelquefois, au lieu de buttes, ce sont des épaochements en forme de galettes, fig. lits, qu'on trouve aussi çà et là sur la direction du filon.
Ces circonstances, dont on voit un assez grand nombre d'exemples dans le bas Vivarais, vers itochemaure , Villeneuve-de- Berg, elc. , et dans les montagocs qui séparent celte province du Velay, tendent ù nous expliquer la formation des buttes isolées, aussi bien que les séries de buttes alignées qui se trouvent dans un grand nombre de localités où les filons intérieurs ont rencontré çà et là quelques issue?!. Nous y trouvons encore l'origine de quelques plateaux basaltiques; de ceux môme qui n'offrent aucune des traces ordinaires de volcanicité, § 1S1, ISi, parce que sur les escarpements des montagnes on les voit en communication avec des filons de même nature qui traversent tout le terrain.
g tSl. AeMon 4«t bSMllea Hiir Iva rMlics uljMeKMM. —
A toutes ces preuves d'origine iguée, il s'en joint plusieurs autres qui résultent de l'action des basaltes sur les matières avec lesquelles ils ont été en contact. Nous avons cité,§18), la calcination des argiles sur lesquelles ils reposent, et la carbonisation des débris végétaux; nous devons ajouter que les granités traversés par des filons basaltiques sont fortement altérés, que les portions de c«3 roches, qui ont été enveloppées dans le basalte, sonlsouvent fondues à leur surface, que le quarz et le feldspath y sont fendillés, quelquefois enveloppés ou pénétrés do matière vitreuse; c'est ce qu'on voit au volcan du Pal , tant dans les buttes de scories que dans les filons et dans la coulée basaltique. Les calcaires terreux en contact avec le, basalte ou traversés par ses filons, et surtout \e% lv%%'nvenv\& &% >:k»<
matièm antralnés dacB la masg« basaltique, sont convertis eo al' caira oompecte, quelquefois uccbaroïde, comme quand, eougnu fort* pressiOD, suivant le procéda de sir James HelII, od les foRd i une hante tempénture. C'est ce qu'on voit quolquefoiâ à ViUenenKde-Be^, au plateau de HirabellË dans lesCoyrons, etc. Ailleurs co calcaim sont devenus en outre mugiiésiens et présentent de réri- Udtles dolomies (voy. Minéralogit), qui se distinguent du reste deli BMMe par leor lente efferfeacence : c'est ce qu'on indique à Rocbt maure et i Chenavari , dans le voisinage des dikps; c'est ce qti'oi voit ansà autour des dépôts bnsaltiques de Lodëvi pirintsdii plateau de Lariac, où h delomisation parait dueà la présence des [woduils ignés qu'on voit çâ et ta dans [a contrée. Loffque tea filons basaltiques ont traversé des dépâts charbonam. hs argiles sont caldnéês, les charbons sont privés de leur btloMO aBèctent une structure bacillaire, corame au Heisner en HesH-
$ 1S8. *f i«e» *r» tawiiM. - Les dépôts basalttqu» sH> beaucoup plus éparpillés à la surface du globe que les laveBCBtsiranls déterminés, ce qui tient suns doute à leur mode d'éï ' nes'éteit point fait alors de centre volcanique; oL l'action duglobe,s'exerçant partout, s'est manifestée, dans les pMntsdeplis ftiibleré^tance, par desdéchiruresquiçà et là ont donné passas^ >■> éjections. En France on trouva des basaltes depuis la partisHpId^ trionale de l'Auvergne jusqu'au delà de Montpellin-, BtintHW core par lambeaux isolés jusqu'au delà do Toulon. Surlesbonb* Bhin l'ensemble des dépôts basaltiques s'étend depuis les Ardenn» jusqu'au delà de Cassel , et se prolonge à l'est, dans la Saie, l> Bohème, etc. L'Islande en renferme une grande quantité, etcef* encore les mêmes roches qui dominent aux Antilles, à Sainte* ^ lëne, à l'Ascension, etc., et dans la presque totalité des Iles dtk ^ mer du Sud.
Les terrains basaltiques ont été partout constamment par suite de la tendance des roches principales à se diviser en! prismes, dont les di^iositions variées ont excité souvent I' tion des curieux. Ici tous les prismes janvergent an bulle, qui se présente alors comme un gerbier ; là ils offreot fontifuIei'magniDques, de l'aspect le plus pittoresque; ailleurs les colonnes, brisées sur un même niveau, présentent des composés de pièces à pans reguhÈrement accolées, s'élendMt! un espace plus ou moins considérable, et quelqucluis placés en ■" phithéâtre les uns au-dessus des autres. La grandeur, l'aspect iai sant de ces pavés leur ont fôit donner le nom de paoéi ou dho» (le* GèanH.
DBPdrS ANCIENS ATTHIDrADI.ES A L' ACTION VOLCANIUL'B. 155
% 189. Pendant longLempa on a cité l'Irlande pour ses immenses eX pittoresques chaussées des Géants; mais sans sortir de Francp, le Vivarais nous présente des nSe\s non moins admirables, surtout cuire Vais et Entrai^tucs, sur les bords de la petite rivière du Votant, dont la figure 139 représente une partie. Les colonnades do
Chenevari, près de Bochemaure, Tig. 133, les clikos qui sontprès de cette ville, fig, 137, et une multitude d'accidents de toute espèce, ne sont pas moins dignes do captiver notre attention. Un voyage à travers le Vivarais, le Vclay, si remarquable surtout aux environs du Puy, et l'Auvergne, est d'un attrait immense sous le simple rapport des curiosités naturelles.
g 190. Il s'est fait quelquefois aussi au milieu des masses basaltiques, ou des roches trappietmes, $ 312 it, qui leur ressemblent, des excavations dont quelques-unes otTrent des grottes, ou des ponts naturels, fort remarquables. Il en existe dans le basalte proprement dit, comme on en voit quelques-unes en Vivarais , et l'on en cite une assez renommée sur les bords du Uliin , entre Trêves et CoblentK, près de Bortricli-Baden, dont les colonnes sont formées du pièces arrondies, qui les ont fait comparer à des ^Um. (l*> ttwtïwj,»*.
i CÉOLOGIB.
il le nom de Grolle de» Fromages (die KflâegroUe} usilé dans k a. Hg. lio. Lu plus célèbre de toutes eât la grolte dite de Fingal,
dans rtle de Slaffa, l'une des Hébrides, fig. U I , qui est fomiM i milieu des trappe divisés alors en colonnes prismatiques de lapliî
DÉPÔTS ANCIENS ATTRIBUABLES A l'aCTION VOLCANIQUE. 157
§494. ForinatloB trachytlqve. — Il existe encore à la surface du globe une autre formation d'une étendue immense, qui constitue en Auvergne le Puy-de-Dôme, le Mont-Dore, le Cantal, ainsi que le Mézenc et le Mégal sur la limite du Velay et du Vivarais ; on la retrouve à la droite du Rhin dans le Siebengebirge ; elle forme des groupes immenses en Hongrie, en Transylvanie, au Caucase, dans la Grèce, où elle se prolonge, par les îles de Milo et d'Argentiera, jusqu'au centre actif de Santorin, § 47; on la retrouve aux îles de Lipari, dans la Campanie, dans les monts Euganéens, dans les Açores, les îles Canaries, l'Amérique équatoriale, le centre de l'Asie, plusieurs des Iles adjacentes, jusqu'au Kamtschatka.
Cette formation ne présente pas seulement des buttes coniques isolées, des coulées en bandes étroites, des nappes éparpillées à la surface du globe; mais de puissantes montagnes, le plus souvent réunies en groupes très-étendus, qui forment des masses très-élevées, ordinairement les plus hautes de la contrée, et couvertes d'aspérités; leurs flancs sont déchirés par des vallées et des gorges profondes, à pentes escarpées et avec tous les accidents des hautes chaînes. Toutes ces circonstances font éminemment contraster la formation trachytique avec les dépôts ignés que nous avons vus jusqu'ici, et permettent de la distinguer dès le premier moment, quoiqu'une étude approfondie puisse ensuite y faire reconnaître diverses relations avec les dépôts de basalte ou de lave.
§492. Les roches qui constituent la formation trachytique sont extrêmement variées , chacune des montagnes agglomérées en offrant pour ainsi dire une espèce particulière. La plupart, comme •le nom l'indique, ont quelque chose d'apre au toucher, parce que le plus souvent elles sont finement poreuses, quelquefois caverneuses, scoriacées, ponceuses; cependant il en est qui sont tout à fait compactes, et qui présentent la structure porphyrique, § 312 n, fréquemment avec des teintes grises, rouges, brunes et noires, sur lesquelles se détachent des cristaux blancs d'albite et quelquefois d'orthose. Il en est qui sont plus ou moins terreuses, ordinairement de teintes claires, et qu'on désigne plus particulièrement sous le nom de Domite, parce que le Puy-de-Dôme en est composé. La base de toutes ces roches, inattaquable par les acides, est albitique, formée d'une multitude de cristaux microscopiques entremêlés , dont l'ensemble constitue une masse plus ou moins compacte. Les substances disséminées sont l'albite en cristaux plus ou moins volumineux, quelquefois l'orthose ou l'oligoclase, les micas noirs, l'ampTiibole hornblende, rarement le pyroxène augite. Le quarz en cristaux, et la calcédoine en petits rognons, s'y trouvent aussi
quelquefois, et surtout dans certaine espèce très-caverneuse qu'on n'a rencontrée jusqu'ici qu'en Hongrie, dont la pâte renferme aussi beaucoup de petites boules striées de sphérolithe.
On nomme phonoHthes des roches assez analogues à certaines variétés de trachytes, mais qui en diffèrent en ce qu'elles renferment une partie zéolitique attaquable par les acides, et laissant un résidu feldspathique. Ces roches présentent le plus souvent des matières compactes, grisâtres ou verdâtres, quelquefois porphyroïdes, mais dans lesquelles les substances disséminées sont rares. Elles se divisent fréquemment en plaques ou en feuillets plus ou moins épais, et dans certains cas toute la masse est partagée en colonnes prismatiques le plus souvent divergentes ou contournées. On a quelquefois confondu les phonolites avec certaines variétés porphyroïdes de trachyte, qui présentent à peu près les mêmes accidents, mais non les mêmes caractères do solubilité.
Il existe aussi dans les terrains trachytiques des dépôts plus ou moins considérables d'obsidienne et do perlite avec tous leurs passages à la ponce (Minéralogie). Leur abondance et leurs caractères varient beaucoup suivant les diverses localités; elles sont prépondérantes dans certaines contrées, tandis que dans d'autres il ne s'en trouve pas même de traces.
§ 493. Souvent, au milieu de montagnes formées de matières homogènes et purement cristallines, s'élèvent des buttes qui se trouvent uniquement composées de blocs ou de fragments scoriacés, liés fortement entre eux par des pâtes poreuses, compactes ou vitreuses. Cesmalières fragmentaires, nommées jadis conglomérats trachytiques, sont quelquefois extrêmement abondantes, comme en Hongrie et dans lé Cantal, et les masses de trachytes sont fréquemment noyées au milieu d'elles. Souvent aussi on trouve des nappes trachytiques séparées les unes des autres, comme au Cantal et aux monts Dore, par des débris analogues, qui se rencontrent à toutes les hauteurs et souvent jusque sur les sommets les plus élevés.
Outre ces dépôts fragmentaires qu'on observe au centre même des groupes, il s'en trouve d'autres à l'extérieur, qui sont quelquefois immenses, tantôt composés de matières ponceuses, soit en fragments distincts, soit en poussière fine et souvent altérée, tantôt offrant des poudingues où toutes les variétés de trachytes se rencontrent en fragments ou en cailloux roulés, quelquefois libres, le plus souvent agglutinés par des matières terreuses. Ces nouveaux dépôts semblent annoncer un remaniement des roches par les eaux, et d'autant mieux qu'on y trouve quelquefois des débris organiques divers, comme dans la Campanie et la Hongrie.